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« Racisme anti-blanc » ? Réponse à Rudy Reichstadt (« Considérations sur le racisme anti-blanc »)

Par Sophie Ernst, philosophe de l'éducation

Dans le cas des violences du 8 mars, il est peu opératoire de « dénoncer ». Ce qui est typique de ce dévoiement, c'est qu'au bout du compte, tout le monde se désintéresse des violences, de ce qu'on pourrait faire pour les réparer ou les punir, pour les éviter, pour se focaliser sur une dénonciation de l'intellectuel d'en face, désigné comme « très dangereux ». Pour le reste et les dangers concrets, on laisse se débrouiller les gens dont c'est le métier… plus ou moins.



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Les textes de Rudy Reichstadt sur le site de « l'Observatoire du communautarisme » (1) m'ont souvent frappée par la qualité de leur documentation, l'ouverture d'esprit et la capacité à articuler des registres multiples d'analyse : bref, un sens de la complexité allié à une fermeté de conviction qui le distinguent dans ce genre difficile de la chronique. Pourtant, pas très convaincue cette fois-ci par ses « considérations sur le racisme anti-blanc », je voudrais les discuter. Il voulait avant tout s'attaquer à ce piège de la culpabilité et du victimisme qui a longtemps empêché la gauche de prendre la mesure des problèmes de violence. Même si, depuis quinze ans, les choses ont beaucoup évolué, il faut bien admettre que c'est un combat qui a encore du sens. Cela étant, il me paraît être entré dans cet autre piège qui est celui des polémiques préétablies, où chacun des extrêmes renforce l'autre.

Les violences de la manifestation du 8 mars sont mal connues (2), alors qu'elles ont été médiatisées de façon dramatique – paradoxe fréquent. C'est une affaire compliquée que personne ne maîtrise vraiment bien, il est important de pouvoir faire le réglage au millimètre qui s'impose. Du coup, il est gênant de bloquer la discussion avec les facilités d'une rhétorique convenue : ainsi de l'ironie sur la « bien-pensance », qui devient un poncif. Quant à l'hommage rendu aux briseurs de tabous… il me paraît saluer surtout des enfonceurs de portes ouvertes. Nous vivons dans une société de réseaux cloisonnés et de communication médiatique polémique, où il est très payant d'oser dénoncer les tabous du groupe d'en face sur la base des certitudes unanimes du sien ; je ne vois pas où est l'audace là-dedans.

Polémique et dénonciations

Si la pétition des jeunes du Hachomer était maladroite, elle était respectable et relevait d'un sentiment compréhensible ; au fond, c'était un acte de solidarité entre lycéens, dans un moment de fort traumatisme. Mais maladroite, oui. Et je le dirais, pas seulement d'un point de vue universaliste, mais aussi d'un point de vue judéocentrique, d'ashkénase paranoiaque : ce n'est pas bon pour les juifs, ça. Cette manie qu'ont les milieux du judaïsme organisé, depuis le 11 septembre, plus ou moins, de se mettre systématiquement du côté du manche, de jouer les bons élèves de la République, nous, nous sommes respectueux de l'universalisme des lois et mœurs françaises, nous sommes bien installés dans le judéo-christianisme laïque, rien à voir avec les autres (sur le mode, le foulard, c'est mal, la kippa, c'est complètement différent)… cette façon de se poser en bons communautaires, par opposition aux mauvais communautaristes, est-ce que ça ne va pas nous attirer des ennuis, à terme?

Mais bon, comme lettre de solidarité, elle avait aussi quelque chose de raisonnable et de gentil, et puis c'était et ça aurait dû rester dans le cadre d'une auto-organisation des lycéens. Chacun son registre. Si Jacques Julliard, qui sait ce que c'est qu'une « ratonnade », avait voulu apporter sa pierre, il était tout désigné pour signaler aux pétitionnaires les approximations fâcheuses dans leur texte, et leur éviter les abus de langage.

Il n'était pas sain ni dans l'ordre des choses que des intellectels en vue viennent signer la pétition et en rajouter. Ce qu'Alain Finkielkraut n'a pas manqué de faire avec l'emphase qu'on connaît. C'est à cette reprise bruyante, à mon avis déplacée et assez suspecte, qu'ont réagi les divers textes brocardés par Rudy Reichstadt. Instrumentalisation contre instrumentalisation.

Du coup ça s'est très vite configuré selon les lignes de force du seul problème que maîtrisent réellement les intellectuels de tous bords, parce que c'est alors une pure affaire de virtuosité discursive : la critique de l'anti-racisme d'un côté, la défense des stigmatisés de l'autre. La critique des aveuglements de toute la militance anti-raciste est on ne peut plus fondée, enfin, plutôt chez Julliard l'universaliste que chez Finkielkraut ou Djavann, qui ont l'amour de l'humanité plutôt sélectif ; quant à l'appel à la prudence devant les stigmatisations, malgré l'agacement que peut produire à la longue cet abus du stigmate généralisé, il est également fondé.

Mais la question posée par ces violences est faussée que d'être ainsi réduite à une logique binaire de dénonciation réciproque. Et puis, une pétition, c'est mignon, mais sur les délinquants et petits gouapes, ça a rarement de l'impact...

Ni l'un ni l'autre : ailleurs

C'est tout à fait vrai qu'il y a souvent de la culpabilité et du déni du côté de certaines organisations gauchistes et anti-racistes, que c'est exaspérant et nuisible, mais aussi, de l'autre côté, les intellectuels ont trop facilement tendance à croire que les gens font comme eux, s'appliquent à forger des représentations générales et agissent en fonction des représentations. Et à croire qu'on lutte contre ça à coup de dénonciations et de grandes empoignades verbales.

Pendant que les intellectuels de droite d'un côté, les anti-racistes de l'autre se disputent, on rame sur les terrains, avec une petite fonction publique très féminisée, très démunie, en perte d'autorité, de moyens, d'effectifs.

Je crois que c'était ce que voulait dire quelqu'un comme Esther Benbassa, ou peut-être aussi Michel Tubiana. Par ailleurs il y a aussi les anti-racistes aveugles pour qui il n'y aura jamais que des dominés stigmatisés. Mais la polémique met tout dans le même sac.

La structure polémique est peut-être l'une des causes de confusion et d'égarement des débats en cause. La polémique sélectionne dans les événements les plus opaques le sens qui lui convient et lui permet de reconnaître ses obsessions, elle durcit les désaccords et les rabat sur les affrontements binaires qu'elle maîtrise, elle ironise avec condescendance sur la moindre faiblesse, refusant de prêter un quelconque intérêt à ce qui se cherche parfois maladroitement. Elle déplace les raisons d'autrui jusqu'à leur point d'absurdité, et d'une vague ressemblance, crée des amalgames poisseux dont il devient impossible de s'affranchir.

C'est ainsi que la dénonciation des « bien-pensances » se retrouve assimiler les positions d'une Esther Benbassa à celles des associations anti-racistes qui ne connaissent que des dominants et des dominés, des oppresseurs et des victimes… Pour qui suit ses écrits, c'est un peu fort. Je connais peu de gens plus sains et plus subtils dans leur refus du victimisme, quant au courage des engagements intellectuels non-conformistes, elle est peut-être l'une des rares personnalités crédibles dans le rôle. Peut-être ses formulations ont été jugées trop banalisantes, ce qui a choqué les gens pour qui ces agressions relèvent d'une transgression majeure, en rupture avec toutes sortes d'autres manifestations pourtant bien ressemblantes. Peut-être sous-estime-t-elle la force qu'ont prise les segmentations ethnicisantes en France et les haines qui s'en nourrissent : elle a néanmoins l'atout rare en France d'une connaissance approfondie de sociétés beaucoup plus fragmentées, et sur la longue durée de l'histoire. Quoi qu'il en soit, on peut essayer de comprendre quelles difficultés elle cherche à résoudre en distinguant des formes de violence par leur généalogie et par leur équation psychologique. C'est de ce côté-là, également, que je tâtonne, avec des incertitudes, et un arrière-plan d'expériences un peu différent.

Comment faire valoir un point de vue qui ne tombe pas dans ces logiques de camps ? Ces dénonciations me paraissent infécondes, essentiellement parce que je suis confrontée à ces phénomènes et à leur évolution (c'est-à-dire leur aggravation) depuis vingt ans de pratique professionnelle, comme professeur, formatrice d'enseignants et animatrice de projets pédagogiques dans toutes les régions sinistrées. Comme formatrice, je ne suis pas conviée à dénoncer, mais à donner le truc qui permettra d'arranger la situation.

J'entre dans une classe, on me lance « Tire-toi pétasse ! ». Que faire ?

L'enseignement, dans ces conditions, c'est une école de bon sens. On ne s'attendrit pas sur les sales cons. Quand on a affaire à une bande dont la grande réjouissance consiste taper sur le ventre des femmes enceintes, on se sent assez peu enclin à leur trouver des excuses par la crise sociale et le racisme qu'ils subissent et on se demande pourquoi l'association anti-raciste locale le fait, avec un manque de sens commun évident. Tout en sachant aussi que c'est la crise sociale, le racisme, la vulgarité de la télévision, les impasses d'existence, le délitement de nos services publics qui nous rendent impuissants à éduquer de façon digne les plus petits et à prévenir leurs dérapages quand il est encore temps.

Violences anti-blancs ?

Il me semble donc qu'il y a un effet de trompe-l'œil dans cette catégorisation comme « racisme anti-blanc ». Je voudrais donc reprendre la construction de cette idée à la suite et en compagnie de Rudy Reichstadt. Je précise d'abord que l'idée en soi n'est pas scandaleuse, elle décrit une réalité patente. Toute la question est de savoir si le défi auquel nous avons à répondre est celui-là.

L'article de Luc Bronner dans Le Monde était plutôt intéressant : un reportage assez riche qui montre bien le côté passablement délirant et labile de ces haines (la fixation sur les gothiques ou les skateurs !). Par ailleurs, il met en évidence quelque chose de très important dans ces logiques de bandes, le sentiment de toute-puissance, la jouissance du pouvoir exercé dans l'impunité. C'est un renversement crucial : les victimes, ce sont les autres. Ce besoin fondamental de n'être pas une victime, mais quelqu'un qui a du pouvoir sur autrui.

Là où je serais plus réservée, c'est dans l'excès de cohérence du discours. Trop de subjectivité réfléchie et consciente d'elle-même, trop de « motivation ». Il y a certes des meneurs, intelligents, et qui maîtrisent la stratégie, très efficace. Mais le gros des troupes ? En ajoutant ces petits mots « explique », « affirme », « ajoute », les journalistes ont l'art de transformer en propos bien charpentés n'importe quel borborygme peu sûr (je sais par expérience de bafouilleuse, à qui l'on a fait « affirmer » avec autorité plus qu'elle n'en sait : pour moi c'était flatteur, pour les délinquants aussi mais peut-être trop…).

Or cet article a eu des effets démesurés, imputables à une forme de mise en page qu'on peut trouver excessivement sensationnaliste, pour un journal qui se veut une référence de sérieux. Ce journaliste m'avait auparavant paru très exigeant sur la scientificité du discours que le Monde pouvait cautionner. Il a sans doute été cette fois moins prudent. Car il a donné une étiquette et peut-être un excès de rationalisation à une réalité que je persiste à trouver difficile à cerner, à nommer, à comprendre.

C'est difficile parce que c'est nouveau, ressemblant à des phénomènes anciens et en même temps selon un réagencement contemporain inédit. Or, dès qu'on parle de racisme, on perd le sens de l'analyse : le racisme, c'est ce qu'il faut dénoncer parce que c'est ce qui mène inexorablement à Auschwitz, pour la morale contemporaine, c'est le mal absolu, du coup on se précipite dans les condamnations et on écarte toute nuance comme relevant d'un pacte avec le diable. Pourtant, s'il y a partout et toujours des formes de rejet hostile de l'autre, ces formes ne relèvent pas toutes des mêmes genèses psychologiques et idéologiques, des mêmes logiques de mobilisation sociale, ni de la même gravité politique. Il y a un effet de sidération, qui est exactement ce qui rend la catégorie utile aux polémiques, délicate et impropre à la réflexion pragmatique, parce qu'insuffisante.

S'il y a de la tartufferie chez les chercheurs (certes !), il n'est pas non plus absurde de rappeler qu'un reportage journalistique est un instantané impressionniste, qui n'est pas normé par des exigences de rigueur scientifique ; pas faux, mais pas exhaustif, encore moins systématique : un petit coup de sonde au hasard des rencontres, élégamment transcrit dans une certaine unité de ton. Il faut un peu de talent littéraire, mais la moitié des élèves de Khâgne sont à peu près capables de faire émerger n'importe quel portrait-type cohérent d'une petite ballade micro en main.

Pour les « jeunes de banlieue », c'est très facile, ils se précipitent avec délices devant les caméras et les micros pour fournir le tableau qu'on attend d'eux, dans les termes même que leur souffle l'air du temps. Au début, et il y a déjà vingt ans : la haine, ouais on a la haine. La galère, le rap. Le racisme, on est victimes du racisme. Puis ç'a été la Palestine, l'Islam. À présent, la mémoire, le colonialisme. Tout ça peut se succéder ou plutôt se télescoper dans des discours incohérents, à grande vitesse.

J'ai beaucoup vu ça avec des élèves même très jeunes, à la fin de l'école primaire, dès qu'il y avait léger décrochage scolaire, déception et perte de confiance. Les enfants s'installaient avec la panoplie complète (look, accent, phrasé, baratin) dans une identité « jeune des cités » qui devait beaucoup à la télévision, et que la télévision venait ensuite filmer. Ça les amuse beaucoup et ça leur donne une contenance, d'où, d'ailleurs, une certaine fureur lorsque les jeunes des quartiers riches, fascinés par la marginalité, se donnent un genre banlieue, avec tout l'attirail acheté cher et l'insulte facile pour les flics et les profs. On entre alors en compétition pour avoir le look racaille le mieux peaufiné.

Je suis bien incapable de distinguer les subtilités vestimentaires et identitaires entre vrais et faux pauvres… mais comment peut-on lutter contre les ressentiments haineux si on ne voit pas, en même temps, toute cette dimension d'une forme assez sordide en même temps que frivole de la lutte des classes, toute une économie de l'image et de l'identité qui déborde de toutes parts la représentation stable que nous avons du « racisme ». Ou alors, il faut parler de racisme post-moderne, et vu la labilité du concept, on n'est pas sorti des polémiques.

Le sociologue Luc Boltanski, qui avait voulu un temps faire une enquête sur cette jeunesse, avait été intrigué par cet effet de bouclage du discours, au point d'avoir eu le désir, finalement non actualisé (dommage), de construire sa problématique sur ce point précis : la fascination en miroir et le bouclage du discours des médias et des jeunes issus de l'immigration. Je regrette qu'il n'ait pas fait ce travail sur une forme très nouvelle de fonctionnement de l'idéologie et de la construction d'identité, que nous comprenons mal, mais je crois qu'on ne comprendra rien à ces nouveaux phénomènes si l'on ne garde pas à l'esprit cette configuration à bien des égards inédite dans l'histoire des sociétés.

Mais si je n'étais pas complètement convaincue par le portrait donné dans le Monde par Luc Bronner, ce n'est pas en vertu d'une enquête, et moins encore par un a priori compatissant. Plutôt une intuition d'ancienne prof. Un je-ne-sais-quoi qui ne fonctionne pas, où l'on vous monte un panneau. Trop rationnel, trop construit. Je n'y crois pas, à ce portrait-type, parce que ça ne correspond pas à ce que je connais intuitivement de ces auteurs de violences - non parce que je les vois comme opprimés, victimes etc… Mais parce qu'ils sont bien plus incohérents que ça, plus sordides, plus minables.

Avoir réussi à défier les puissants jusque sur leur territoire, les avoir vaincus en s'attaquant à leurs enfants, leur avoir piqué leur joujou high tech devant les policiers verrouillés par les ordres, en plus être passés à la télé, et pouvoir s'en vanter à la une du journal… C'est l'ivresse dans le sentiment de toute-puissance que je trouve très inquiétante dans les évolutions actuelles des violences.

Pragmatisme

Et s'il y a une chose dont je suis sûre c'est que « lutter contre le racisme », anti-blanc, noir ou rose tyrien, ne fera rien à l'affaire. On a d'abord de la déstructuration cognitive, de l'impulsivité, de l'agressivité déjantée, des radicalisations délinquantes, avec des phénomènes de bandes et des logiques de territoires (nous contre les autres), de l'envie, de la cupidité vulgaire, de la haine et du ressentiment. Et là-dessus, on peut leur souffler n'importe quoi qui ait vaguement l'air d'une justification idéologique, tout fera ventre et le journaliste trouvera toujours ce qu'il cherche à entendre.

Ça change tout, d'avoir un point de vue pragmatique. Dans ce cas, justement, ça me paraît peu opératoire de « dénoncer ». Ce qui est typique, d'ailleurs, de ce dévoiement, c'est qu'au bout du compte, tout le monde se désintéresse des violences, de ce qu'on pourrait faire pour les réparer ou les punir, pour les éviter, pour se focaliser sur une dénonciation de l'intellectuel d'en face, désigné comme « très dangereux ». Pour le reste et les dangers concrets, on laisse se débrouiller les gens dont c'est le métier…plus ou moins.

Je ne sais pas comment l'expliquer pour échapper aux polémiques actuelles, qui obéissent à des logiques binaires, « qui n'est pas avec moi est contre moi », comme dans les bandes des cités... Est-ce qu'on peut n'être du côté ni de Mouloud Aounit, ni de celui d'Alain-Gérard Slama ? Ce n'est pas pour minimiser et dire, « ce n'est pas si grave », c'est gravissime. Mais je ne pense pas que cette violence doive s'analyser avant tout selon la ligne d'explication du racisme. Si du moins le but est d'agir de façon réparatrice et préventive.

On n'agit pas de la même façon sur des conduites motivées par le racisme et sur des conduites déviantes à phraséologie raciste. C'est une petite nuance du point de vue de la dénonciation mais du point de vue de l'éducation, ce n'est pas négligeable. Cette exigence pragmatique peut nous amener à interroger de plus près cette catégorie chargée des angoisses et de la culpabilité du Xxème siècle : le racisme, et en différencier fortement les espèces, selon qu'il y a prévalence ou non de l'idéologie et de quelle sorte d'idéologie, selon qu'il y a genèse par la peur, ou par le ressentiment, ou par l'orgueil… il me semble que dans le cas des violences du 8 mars, nous avions affaire à un « racisme » de degré zéro, un « eux-nous » peu élaboré, où le facteur de rationalisation idéologique était faible. La nuance peut paraître minime ; pas pour qui s'interroge sur l'éducation.

De toute façon, qu'il s'agisse de violence avec ou sans racisme, nous sommes assez démunis sur le fond. Une certitude psychologique : il faut très vite poser des limites et ne pas permettre que se développe un sentiment d'impunité ou d'incohérence. Mais quant aux dispositifs de profondeur…La plupart de nos réponses actuelles, tant d'ordre explicatif que pratique, sont incertaines quant à leur théorie, et surtout incohérentes dans leur mise en application. Et c'est encore plus hasardeux en matière de racisme qu'en matière de violence. Disons simplement que les programmes éducatifs anti-racistes oscillent entre la pédagogie de l'horreur (transmettre la mémoire des catastrophes auxquelles ont mené les idéologies racistes du XIXème siècle) et l'éloge de la diversité (partager les cultures dans un monde harmonieux ). Des deux côtés, c'est assez rudimentaire et peu résistant à l'analyse.

Quelle prévention à l'échelle des individus et des populations ? Comment civiliser les conduites violentes ? C'est cette exigence pragmatique qui motive le besoin d'analyses précises, ce n'est pas une affaire de comparaison, de bon ou de mauvais points, d'excuses, de plus ou moins grande gravité.
Il y a plus de bouts à recoller que de tabous à briser…


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1) Rudy Reichstadt, « Considérations sur le racisme anti-blanc », Observatoire du communautarisme, 30/04/2005
2)Il n'y a, deux mois après les faits, toujours aucune enquête publique d'envergure, toutes les investigations relevant d'initiatives individuelles. D'où l'ouverture d'un appel à témoignages pour soutenir une demande d'enquête parlementaire. Cf. le site internet Enquête sur le 8 mars 2005

Samedi 21 Mai 2005
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