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Alain Finkielkraut : « Il est clair que nous avons affaire à une révolte à caractère ethnico-religieux »Dans un entretien au journal israélien Haaretz, Alain Finkielkraut met en avant le caractère "ethnico-religieux" des violences urbaines qui ont secoué la France et tient des propos outranciers sur les noirs et sur les arabes. Ou comment la volonté de polémique fait d'un philosophe une machine à généraliser, à massifier et à produire un discours d'une telle virulence qu'il exaspère, choque puis finit par lasser.
Alain Finkielkraut s'épanche dans Haaretz (droits réservés)
Philosopher, c'est apprendre à vomir.
Tel pourrait être le titre d'un entretien donné par le philosophe Alain Finkielkraut au journal israëlien Haaretz. Dans cet entretien, Finkielkraut tient des propos d'une telle violence que les journalistes avouent se pincer en réalisant qu'ils ne sont pas en train d'écouter un membre du Front National mais un philosophe emblématique de la gauche française ("it is not emanating from the throat of a member of Jean Marie Le Pen's National Front, but from that of a philosopher formerly considered to be one of the most eminent spokesmen of the French left"). Ainsi, Finkielkraut met l'accent sur le caractère "ethnico-religieux" des émeutes en banlieue : "On voudrait réduire les émeutes des banlieues à leur dimension sociale, y voir une révolte de jeunes contre la discrimination et le chômage. Le problème est que la plupart sont noirs ou arabes, avec une identité musulmane. En France, il y a d'autres émigrants en situation difficile. Ils ne participent pas aux émeutes. Il est clair que nous avons affaire à une révolte à caractère ethnico-religieux". Un jugement pour le moins hâtif tant il fait fi de l'histoire des vagues migratoires et de l'urbanisation en France. Un jugement qui n'est pas fondé sur l'analyse des faits, qui montre au contraire, parmi les individus interpellés dans le cadre des violences commises en France en novembre 2005 une certaine diversité, et qui ne permet en rien d'incriminer un quelconque "facteur musulman". Déjà théoricien d'un racisme anti-blancs qu'il discernait dans les violences qui ont parasité le mouvement lycée du printemps dernier, Alain Finkielkraut reprend cette idée en raillant de façon surprenante l'équipe de France de football : "La crise des banlieues est-elle une réaction au racisme dont sont victimes les Arabes et les Noirs ? Je ne le pense pas. On nous dit que l'équipe de France est admirée parce qu'elle est black-blanc-beur. (...) En fait, aujourd'hui, elle est black-black-black, et on se moque de nous dans toute l'Europe" déclare le philosophe, sans préciser d'où il tient une telle information... Pourtant, l'expérience tend plutôt à montrer que, où vous que voyagiez en Europe, les joueurs de l'équipe de France y sont reconnus, d'autant qu'ils évoluent dans les meilleurs clubs européens. En d'autres termes, il paraît étonnant qu'un philosophe qui fait assaut de républicanisme et de méritocratie critique l'équipe de France, qui est sans aucun doute beaucoup plus fondée sur le travail et la méritocratie -pour ne pas dire la capacité à faire face à une concurrence acharnée- que l'attribution des postes de professeurs de philosophie à l'école Polytechnique... Finkielkraut fait aussi de Dieudonné le principal porte-parole de cette radicalisation qui instrumentalise -contre les juifs- la fracture coloniale et l'esclavage comme l'avaient fait Louis Farrakhan et son organisation Nation of Islam aux Etats-Unis : "Au lieu de combattre son discours, on fait précisément ce qu'il demande : on change l'enseignement de l'histoire coloniale et de l'esclavage. Désormais, on enseigne qu'ils furent uniquement négatifs, et non que le projet colonial entendait éduquer et amener la culture aux sauvages." Il est là difficile de distinguer ce qui est de l'ordre de la critique du discours classique anticolonialiste et de ses postures et ce qui est de l'ordre d'une coupable indulgence face à l'entreprise coloniale. Ne reculant pas devant le discours de la concurrence victimaire, Finkielkraut soupèse de façon hasardeuse les souffrances respectives des juifs et des noirs : "Je suis né à Paris mais je suis le fils d'immigrants polonais. Mon père a été déporté de France. Ses parents ont été déportés et ont été assassinés à Auschwitz. Mon père est rentré d'Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine : ce qu'il a fait à mes parents fut bien plus violent que ce qu'il a fait aux Africains. Qu'a fait ce pays aux Africains ? Que du bien. A mon père, il a fait subir cinq ans d'enfer. Pourtant, je n'ai jamais été élevé dans la haine. Et aujourd'hui, cette haine que ressentent les noirs est encore plus grande que celle des arabes". Une virulence, une généralisation, une morgue qui décrédibilise les analyses intéressantes -et sans doute partagées par beaucoup en France- que peut par ailleurs tenir Finkielkraut sur les ratés de l'éducation, la sympathie des médias pour les casseurs ou la pauvreté des slogans anti-racistes qui font souvent figure de discours officiel. ----------------------------- Lire l'entretien en anglais d'Alain Finkielkraut à Haaretz : "What sort of Frenchmen are they?", by Dror Mishani and Aurelia Smotriez, Haaretz, 17 novembre 2005 Sur cet entretien et les réactions qu'il a provoquées, lire aussi La France mérite-t-elle vraiment notre haine ? Mercredi 23 Novembre 2005
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