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Anciens et nouveaux adeptes de la police de la parole

Par Claude Courouve, professeur de philosophie

Premier à avoir introduit la notion d'homophobie en France à la fin des années 1970, le philosophe Claude Courouve livre, en exclusivité pour l'Observatoire du Communautarisme, les réflexions que lui inspire le vote récent des dispositions législatives contre les propos homophobes.



Droits réservés
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Non seulement le Gouvernement s'est décarcassé pour faire adopter les articles 17 bis, 17 ter et 17 quater de la loi HALDE, malgré l'avis contraire de la CNCDH, mais le parquet général de la cour d'appel de Nîmes s'est pourvu en cassation contre la relaxe de l'humoriste Dieudonné. Il semble que ce Gouvernement et la direction de l'UMP aient décidé de doubler les néo-staliniens, je ne sais pas trop si c'est sur la droite ou sur la gauche, dans leur combat "politiquement correct" contre les libertés d'expression et d'information.

Je voudrais donc, avant la seconde lecture au Sénat du projet de loi HALDE, attirer l'attention sur les dangers que présentent ces articles du texte adopté par l'Assemblée nationale, et notamment la notion nouvelle de "diffamation à l'égard d'un groupe de personnes".

Avant même que la loi anti-propos dits homophobes soit définitivement adoptée, les Verts ont réclamé l'exclusion de deux députés du groupe UMP en raison (si on peut dire ...) de propos tenus par eux en séance publique. C'est dire si la pente sur laquelle se sont engagés le Gouvernement et l'Assemblée nationale est glissante et dangereuse. J'espère que Monsieur Robert Badinter se souviendra enfin de ce qu'il déclarait au Sénat en 1982 : "Chacun de nous est libre de critiquer ou d'approuver l'homosexualité, chacun est libre de choisir ou de ne pas choisir tel ou tel comportement sexuel ; cela relève du choix intime de la personne ; plus ce choix est intime, plus il est secret, et mieux cela vaut." (séance du 5 mai). Ce n'est pas la doctrine de l'UMP, semble-t-il ; l'UMP donnerait plutôt dans la "Gayssot attitude" : faire taire tout ce qui s'écarte de la pensée unique.

Sur l'homosexualité qui menacerait la survie de l'humanité, selon le député Christian Vanneste, on peut faire observer simplement qu'il en est de même du célibat ecclésiastique. Par ailleurs la surpopulation aussi menace la survie de l'humanité... Mais si des désaccords sont possibles sur ces points, l'important est d'être d'accord pour que les désaccords puissent s'exprimer, et que le Parlement, ou, à défaut, le Conseil constitutionnel, rejette la censure politiquement correcte des propos dissidents.

La conception générale de la liberté de parole semble avoir beaucoup changé en 22 ans. Voici les principales étapes de ces changements :

1 / Le projet de loi N° 1700, dicté par les associations puis abandonné, s'inscrivait dans la ligne ouverte par le procès fait en 1982 à Mgr Léon-Arthur Elchinger pour avoir déclaré en avril 1982 : "je respecte les homosexuels comme je respecte les infirmes" ; procès alors perdu (Cour d'appel de Colmar, 27 juin 1983), les homosexuels ne constituant pas "un corps légalement protégé" (Recueil Dalloz-Sirey, 1983, Jurisprudence, pp. 550-553..

2 / Le 6 août 1991, le ministre socialiste de la Santé, Bruno Durieux, demandait, sans succès, la démission de Professeur Albert German de son poste de président de l'Académie Nationale de Pharmacie, pour une dizaine de lignes sur l'épidémie du sida publiées au printemps 1991 dans le Bulletin de l'Ordre des Pharmaciens (N° 333, pp. 163-166).

3/ Le maire de Paris lui-même, Bertrand Delanoë, a été traité d'homophobe, dans les colonnes de Libération (30 avril 2004), simplement pour manque d'enthousiasme sur la question du mariage homo.

4 / La campagne, victorieuse cette fois, contre M. Buttiglione qui ne fit pourtant qu'exposer, en réponse à une question lors d'une audition, la doctrine de l'Eglise catholique : l'homosexualité comme péché.

5 / Enfin, les Verts ont réclamé l'exclusion des députés Christian Vanneste et Jean-Marc Nesme du groupe UMP de l'Assemblé nationale.

Dans ces cinq cas, il n'y avait aucune haine, mais simplement expression d'une opinion, comme c'est légitime dans une société pluraliste.

Il est inquiétant que ce soit le parti gaulliste qui fasse reculer la liberté d'expression et le pluralisme, sous prétexte de lutter contre les discriminations. Une discrimination est un acte, pas une parole, et "propos discriminatoires" est un non-sens ; bien mieux vaudrait parler, comme Salman Rushdie, de "propos contrariants". À qui le tour, se demandera-t-on, si cette loi passe telle quelle ; aux islamophobes ? aux Europhobes ? aux UMPhobes ?

Le président Chirac fit une erreur en promettant au mensuel Têtu une telle loi pendant la campagne électorale des présidentielles de 2002 (comme il en fit une autre en promettant à la Turquie l'entrée dans l'UE ...). Car là est la source des dispositions contestées, et non dans un discours plus tardif. J'espère en tout cas que la loi finale sera soumise au Conseil constitutionnel.

Le texte de ce projet de loi HALDE ne fait pas l'unanimité parmi les homos, puisqu'en dehors de moi-même - introducteur dans la langue française des termes homophobes et homophobie en 1977 (mon ouvrage Les Homosexuels et les autres), et responsable d'une association citée dans la presse en 1978 -, l'humoriste Laurent Ruquier s'est déclaré sur France 2 opposé au principe d'une telle loi ; de même Jean-Paul Pouliquen, initiateur du pacs (voir son article sur le site de l'Observatoire du Communautarisme) et ils ne doivent pas être les seuls.

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Visiter le site www.courouve.com

Acheter en ligne l'un des ouvrages de Claude Courouve, Vocabulaire de l'homosexualité masculine, Payot, 1985

Voir aussi le dossier de l'Observatoire du communautarisme consacré au projet de loi relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe

Mardi 14 Décembre 2004
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