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Ce que vous n'avez pas vu sur Pink TV

Un an après son lancement en fanfare, la chaîne homosexuelle dont le bilan est des plus mitigés revoit sa programmation pour garder ses abonnés. Au risque de devenir une chaîne comme n'importe quelle autre...



Les animateurs du Set (droits réservés)
Les animateurs du Set (droits réservés)
On en parlait depuis des années. Ce devait être l'événement télévisuel de la décennie. Une vraie révolution.

Et puis ça a fini par arriver.

Depuis, Pink TV traîne comme un boulet l'attente que ses concepteurs avaient orchestrée auprès de certains grâce à une campagne de promotion médiatique d'une ampleur inédite (souvenez-vous de la fameuse soirée de lancement où célébrités et politiques de tous bords étouffaient dans une queue compacte).

Car Pink TV, il y a ceux qui en ont parlé -beaucoup- et ceux qui l'ont regardée -peu.

Ceux-là ont d'abord du avaler les rediffusions en boucle de séries américaines comme Wonder Woman et L'homme de l'Atlantide que l'on n'avait plus vues depuis la mort de La Cinq. Ils ont aussi baillé devant les soaps bas de gamme (sans doute achetés en bloc par la chaîne) dans lesquel évoluent laborieusement des « personnages homosexuels récurrents » sous des rires enregistrés. Ils se sont très vite assoupi après le lancement du pétard mouillé qu'a été L World, la série grise qui voudrait faire croire que les lesbiennes sont toutes des filles libres, drôles et sexy et multiplie les scènes de sexe qui reproduisent finalement les clichés masculins sur les femmes entre elles. Heureusement, l'abonné de Pink TV avait parfois tenu jusqu'à la diffusion tardive de Queer As Folk (version US), série réaliste soutenue par de très bons scénarios et des acteurs étonnamment justes. Encore fallait-il ne pas avoir déjà vu cette série remarquable sur Canal Jimmy qui la diffusait bien avant la naissance de Pink TV…

Mais bon, après tout, c'est souvent ça une chaîne du câble : un magnétoscope qui rediffuse sans cesse les mêmes cassettes. Or, Pink TV avait autrement plus d'ambition qu'une vulgaire chaîne du groupe AB. C'est pourquoi elle avait fait appel à Michel Field dont la société de production devait livrer des programmes susceptibles de créer l'événement. On regarda donc Le Je/Nous de Claire, talk-show rasoir ronronné par Claire Chazal et des invités aussi rares dans les médias que Claude Berri, Daniel Auteuil ou Zazie. On subit aussi Elevons Le Débat qui aurait du s'appeler Supprimons Le Débat puisqu'il s'agissait d'un débat entre militants homosexuels structuré autour des dogmes de « la communauté » sur des sujets aussi passionnants que l'importance de la Gay Pride, une culture gay dont Pink démontre chaque jour qu'elle n'existe pas, le culte du corps ou la place de la fête dans le milieu gay. « La liberté, ça se regarde » disait le slogan publicitaire de Pink TV… Peut-être, mais plutôt sur une autre chaîne.

Il y avait aussi et surtout Le Set, la quotidienne de Pink TV. Une émission qui se voulait la vitrine de la chaîne et que ses concepteurs définissaient comme « un nouveau Nulle Part Ailleurs ». Dès ses débuts, Le Set frappa par l'amateurisme de ses animateurs et l'ennui qu'installaient la plupart des chroniqueurs en débitant, non sans bafouiller, leur texte convenu. Les Queers de TF1 étaient nettement plus drôles ! La production tenta visiblement de dynamiser l'ensemble mais ni les rescapés de la télé-réalité (Stéphane de Koh-Lanta 1 et Gia des Colocataires de M6…) ni les décolletés de plus en plus plongeants des animateurs ne permirent de capter véritablement l'attention. Quant aux invités, on vit d'abord défiler des sous-stars déchues (Julie Piétri, Jeanne Mas, Jil Kaplan… vous vous souvenez ?) essayant de se relancer en se présentant comme des « icônes » du public homosexuel « qui ne les a jamais abandonnées ». Puis la chaîne reçut des invités plus fashion et le passage au Set de Pink TV devint une étape banale dans la campagne de promo d'un film, d'un DVD ou du dernier album « déjà dans les bacs ». De ce point de vue, Pink TV ne se distingue absolument pas de la tendance au télé-achat prise par les chaînes du PAF : « aujourd'hui, on vous parle d'un film qu'on a adoré… de la sortie en DVD d'un film qu'on a adoré et dont on vous avait parlé il y a quelques mois… d'un super roman… de la sortie en poche d'un super roman… d'un gadget dément qui ne coûte que 129 euros… d'un créateur génial qui nous a reçus dans sa boutique…».

Pas de quoi claquer les 9 euros par mois de l'abonnement à Pink TV, la chaîne la plus chère du câble. Même ceux qui s'étaient abonnés pour les films pornos, les fameux « programmes de catégorie 5 » qui devaient être le produit d'appel de la chaîne, ne cachent pas leur déception sur le forum internet de la chaîne : trop de productions à petit budget de l'Est !

La direction de la chaîne annonce pourtant qu'elle a « dépassé les 50.000 abonnés ». Il y a six mois, elle annonçait déjà le même chiffre qui ressemble plus à un plafond qu'à un seuil. C'est sans doute pourquoi Pink TV diffusera désormais Le Set en clair après avoir viré une bonne partie de ses animateurs en faisant appel à des valeurs sûres de l'entertainment télévisuel comme Marc-Olivier Fogiel, Marianne James, Ariel Wizman ou Frédéric Mitterrand.

Et c'est ainsi que la chaîne qui prétendait refaire le coup de Nulle Part Ailleurs s'est finalement rabattue sur ce que l'on voit partout ailleurs.

Mercredi 05 Octobre 2005
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