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Comment on a fait de Tariq Ramadan une star...

La polémique médiatique parisienne déclenchée par la tribune de Tariq Ramadan aura eu un effet strictement inverse à celui recherché. Ramadan est passé du statut de gourou des islamistes à celui d'intellectuel médiatique en l'espace d'un mois. De quoi faire réfléchir aux meilleurs moyens de lutter contre le communautarisme...



La tribune de Ramadan

Tariq Ramadan (droits réservés)
Tariq Ramadan (droits réservés)
Le 3 octobre 2003, une tribune de Ramadan "Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires" est publiée sur le site musulman "Oumma.com" (1), puis circule sur les listes de diffusion électroniques (et non le site Internet) du Forum Social Européen (FSE). Cette tribune a été refusée par Le Monde et Libération, bien que l'auteur ait déjà publié plusieurs tribunes dans ce type de journaux.

Tariq Ramadan est alors essentiellement connu dans les milieux islamistes. Ecrit avec Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique "L'Islam en question" a également rencontré un certain succès pour ce type d'ouvrage. Il est un inconnu pour le grand public, même s'il est un habitué des médias (Libération en brosse même un portrait assez complaisant intitulé "La langue d'Aladin" dans son édition du 8 juillet 2003). Ramadan est alors, via son réseau Présence Musulmane, lancé dans une entreprise de séduction du mouvement altermondialiste, ce qui n'est pas sans susciter de vifs débats au sein de celui-ci (2).

BHL donne le la

Bernard-Henri Lévy est le premier intellectuel à réagir publiquement au texte de Ramadan. Il rédige pour son bloc-notes hebdomadaire du Point (3) publié le 10 octobre un texte intitulé "Tariq Ramadan et les altermondialistes" qui donnera dès lors l'orientation de la polémique :
1)le texte de Ramadan est antisémite ;
2)le FSE ne doit pas permettre à Ramadan de s'exprimer lors d'une de ses innombrables conférences.

La plupart des intellectuels mis à l'index par Ramadan camperont dès lors sur cette position, à l'exception d'Alexandre Adler qui ne reprendra pas à son compte l'accusation d'antisémitisme (3). Finkielkraut, Gluksmann, Kouchner, Taguieff, etc. approuvent la position de BHL.

La polémique prend une autre dimension avec son passage sur le petit écran. Tariq Ramadan est en effet invité à l'émission de France 2 "Tout le monde en parle" animée par Thierry Ardisson et diffusée le 18 octobre 2003 où on l'oppose à Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur qui avait égratigné le théologien dans son journal (5). Ramadan sort gagnant par KO de son duel avec Askolovitch, s'exprimant avec calme et détermination face à un interlocuteur transfiguré en procureur. Quel que fut le fond, le téléspectateur ressent une certaine empathie pour Ramadan, suivant un réflexe habituel au médium audiovisuel. Même sentiment au cours de l'émission "Ripostes" de France 5 du 2 novembre où Ramadan n'a aucune peine à se défendre face à Alain Finkielkraut.

Les pages tribunes des grands quotidiens, notamment Le Monde, accueillent alors une multitude de textes sur cette fameuse polémique qui ne brillent guère par leur analyse (6). Au total, seule l'UEJF annonce engager des poursuites contre Tariq Ramadan dans un communiqué du 27 octobre 2003. Il s'agit de la seule organisation à prolonger sa critique du texte de Ramadan d'une action judiciaire. (7)

Ramadan pouvait-il espérer mieux ?

Ramadan réussit l'effet de levier maximal grâce à la fenêtre de tir médiatique créée par BHL : en focalisant le débat sur la participation de Ramadan au FSE, ce dernier voit la longévité de la polémique artificiellement perdurer, les préparatifs et la tenue du FSE prolongeant la "période" médiatique. Ainsi Le Parisien fait sa Une sur Ramadan vendredi 14 novembre, donnant ainsi à ce dernier un accès à un nouveau public, plus populaire.

Clou du calendrier médiatique, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, accepte de débattre avec le théologien islamique lors de l'émission "100 Minutes pour convaincre" le jeudi 20 novembre.

Il y a deux mois Tariq Ramadan était un théologien musulman en vue dans les milieux islamistes. Aujourd'hui il est connu d'un nombre bien plus important de Français. On a crié à l'antisémitisme, on a fait des beaux mots, mais on n'a pas expliqué en quoi le communautarisme réel de Ramadan était une stratégie personnelle bien comprise. Il est désormais suffisamment sulfureux pour qu'un futur "présidentiable" trouve un intérêt à se confronter à lui sur une chaîne de télévision du service public.

Tariq Ramadan pouvait-il espérer mieux du système médiatico-parisien ? Il est permis d'en douter...

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1)"Quand un intellectuel communautaire critique... les intellectuels communautaires", Observatoire du communautarisme, octobre 2003
2)"ATTAC confronté aux revendications d'associations musulmanes", Observatoire du communautarisme, septembre 2003
3)"Tariq Ramadan et les altermondialistes" (www.lepoint.fr/edito/document.html?did=136023), Bernard-Henri Lévy, Le Point, 10/10/2003
Ce texte sera communiqué à l'Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) et mis en ligne sur son site Internet (www.uejf.org) 24 heures avant publication dans Le Point, soit le 9 octobre.
4)"Epître à Tarik Ramadan", Alexandre Adler, Le Figaro, 16 octobre 2003
5)"L'encombrant M. Ramadan" (www.nouvelobs.com/articles/p2031/a218643.html), Le Nouvel Observateur, 09/10/2003
6)A noter cependant le texte nuancé d'Esther Benbassa, "Tariq Ramadan et l'islam "mou" de Turquie", Le Monde, 19 octobre 2003
7)L'UEJF a perdu plusieurs procès depuis deux ans : contre Daniel Mermet, présentateur de l'émission "Là-bas si j'y suis", ou contre l'humoriste Dieudonné, tous deux accusés abusivement d'antisémitisme.
Voir "Les dangers de l'abus de langage", Observatoire du communautarisme, novembre 2003

Mardi 18 Novembre 2003
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