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Entretiens

Communautarisme de séparation et communautarisme de domination, le point de vue d'Alain Soral

Avec le style polémique qui le caractérise, Alain Soral livre ici, dans un entretien à l'Observatoire du communautarisme, un véritable brûlot à propos des éruptions identitaires.



Alain Soral (droits réservés)
Alain Soral (droits réservés)
Entretien réalisé par courrier électronique en septembre 2003

Vous qui avez consacré une large place dans vos derniers ouvrages (*) à la montée du communautarisme, comment analysez-vous le débat actuel autour de la laïcité et de la question du foulard islamique en particulier ?

La bonne foi m'impose de constater une certaine déraison quant à la question de l'anticommunautarisme actuellement en vogue.
Depuis les années 70 jusqu'au 21 avril 2002 (pour faire simple), le discours dominant, officiel, nous interdisait de nous plaindre des délinquants Nord-Africains sous prétexte qu'ils étaient jeunes (argument 68), qu'ils étaient différents (argument communautaro-différentialiste), qu'ils étaient pauvres (argument marxiste) et surtout que leur ressentiment légitime leur venait de l'odieuse colonisation française.
Ainsi, en réponse à l'insupportable délinquance Nord-Africaine subie par le beauf depuis qu'il fut chassé des centres-villes, le bourgeois, pourtant responsable de son sort, le traitait invariablement de "facho" comme on le lui avait appris. "On" désignant plus précisément l'intellectuel français souvent issu d'une communauté très en pointe dans le secteur des idées depuis son émancipation des ghettos au dix-neuvième siècle, et plus encore sur le terrain du discours après la défaite nazie.

C'est d'ailleurs ce que Finkielkraut disait lui-même récemment dans un dossier de l'Express consacré aux français juifs (10 octobre 2002) : "Nous avons pu jouer un rôle dans le désamour de la France vis-à-vis d'elle-même en contribuant à répandre une vision unilatérale et pénitentielle du devoir de mémoire".

Oui, chose étrange, depuis que le beur de banlieue n'aboie plus "sale français" mais "sale feuj" pour cause de solidarité "imaginaire" (comme dirait Alain Finkielkraut) avec les petits palestiniens de l'Intifada, ces mêmes intellectuels français, eux qui nous avaient interdit de nous plaindre, eux qui exigeaient même que nous battions notre coulpe de vilains colons exploiteurs, nous intiment l'ordre, dans autant de médias à la botte, de châtier les vilains beurs, ni jeunes, ni différents, ni pauvres, ni victimes désormais ; seulement machos et antisémites.
Message on ne peut plus clair : dans la République Française, être anti-français ce n'est rien, mais être anti-Israélien c'est impardonnable... surtout pour des intellectuels français qui ne manquent pas une occasion d'afficher leur soutien à ce champion contemporain du fascisme colonialiste et dont le chef vient d'être démocratiquement réélu haut la main, j'ai nommé l'Etat d'Israël du coolissime général Sharon !
Une bouc-émissairisation des Maghrébins de France qui s'est encore accrue depuis la chute de Bagdad, qu'on peut aussi comprendre comme la victoire des intérêts américano-israéliens et la défaite des non-alignés, défenseurs des petits peuples et de la cause palestinienne...

Comment expliquez-vous ce renversement ?

Entre la seconde Intifada et l'épopée Chirac-Villepin, certains intellectuels non-affidés, dont moi-même, avaient osé relever la tête, mais comme les résistants eussent été sans doute moins nombreux après 43 si les allemands avaient gagné à Stalingrad, depuis la victoire du cercle de la Bible et du Club de l'Armageddon, les candidats à l'héroïsme de la juste cause se font plus discrets, la soumission aux puissantes pressions et l'appel à la ratonnade atteignant des sommets : on oublie d'un coup dix ans de complaisance envers le Franco-Antillais délinquant junkie néo-yéyé Didier Morve-vil (dit Joey Starr), pour ne plus voir dans nos futurs artistes taggeurs-rappeurs de banlieue en d'autres temps encouragés par Jack Lang, que d'ignobles violeurs Arabo-Musulmans profanateurs de lieux de culte.
Un vaste plan de ratonnade mondiale, divisée par zones et par sexes, dans lequel Madame Fitoussi de Elle se voit notamment chargée de sauver les filles réputées "ni putes, ni soumises" pour mieux stigmatiser les garçons. Ces jeunes mâles Franco-Maghrébins d'origine arabo-musulmane pouvant en effet, s'ils réchappent au piège du rap et du biz, comme à la colère d'un peuple qu'on excite à dessein, constituer demain la communauté des citoyens français la plus hostile à la mainmise de la communauté qui lui fait face ici comme en Palestine, et qui, telle le roi Hérode, essaie aujourd'hui de tuer la rébellion dans l'œuf.
Mais les faits sont têtus et, contrairement à ce que s'efforce de faire croire le magazine Elle aux ménagères, le foulard à l'école c'est entre 100 et 150 cas en France l'année dernière contre mille il y a dix ans. Un problème statistiquement marginal qui touche au demeurant des filles bien scolarisées et souvent en rupture avec leur environnement. Un environnement dévasté qui ne leur propose pas - contrairement à ce que feint de croire le champion du formalisme républicain Max Gallo (formalisme dénoncé en son temps par Georges Darien dans La Belle France et qui explique le parcours consternant d'un Jean-Pierre Chevènement aux dernières présidentielles) - qui ne leur propose pas, dis-je, l'alternative : "musulmane intégriste" ou "citoyenne" style Louise Michel, mais l'insoumission identitaire du foulard contre la pétasse à nombril percingué Britney Spears, en attendant de faire lofteuse ou actrice de hard.

Ainsi, plutôt qu'un sursaut contre le différentialisme, vous voyez plutôt dans la radicalisation du discours contre le foulard le signe d'une accélération du communautarisme ?

Je pense qu'après l'échec de l'assimilation des populations immigrées des banlieues, dont les causes sont multiples et parfaitement identifiées : passif de la colonisation et de la guerre d'Algérie, ghettoïsation, sous-prolétarisation, disparition du père, choc du néo-matriarcat néo-libéral et du patriarcat des sociétés traditionnelles... Nous assistons chez les jeunes franco-maghrébins à un désir de fierté des origines comparable à la "pride" gay, et qui ne pouvant puiser dans le non-passé des banlieues se tourne vers l'Islam, comme culture et civilisation millénaire...
Contrairement à la lecture formaliste, rigoriste, à la Max Gallo, je pense que ce désir de fierté, cette recherche de racines, correspond, après le nihilisme du rap, à une démarche d'intégration. Devenir d'abord quelqu'un dans la société française avant de pouvoir devenir français. Ce qu'on appelle "islamisme" est donc, selon moi, une transition possible vers l'assimilation. La génération du foulard redécouvre la fierté d'être et avec cette fierté d'être, le projet de réussite sociale : le chemin de l'université. Ainsi peut se constituer demain, par les études et le diplôme, une classe moyenne arabo-musulmane de France dont les enfants seront fiers d'être français, comme tous les enfants d'immigrés dont les parents ont réussi en France... Une assimilation en trois temps en somme, dont nous vivons actuellement le deuxième : refus haineux de l'autre et de soi, intégration par la fierté des origines, assimilation...
Je crois en outre que le communautarisme qui se développe actuellement dans la communauté maghrébine est un "communautarisme de séparation" sur le modèle asiatique. N'oublions pas que les vietnamiens de France, arrivés avec les boat people, sont le parfait exemple - à la deuxième génération - d'une intégration réussie par le refus absolu de l'assimilation. Ce qui pose bien sûr un problème sur le plan de la rupture avec le modèle assimilationniste français, mais aucun sur le plan de la délinquance et de l'économie... Pour ne pas employer la langue de bois, je crois que la peur, et surtout la médiatisation de la peur de l'"islamisme", provient d'une erreur de lecture de la part des organisations communautaires juives, très actives dans la propagation de ce message de soupçon et de rejet. Une "communauté" juive (en réalité convergence des réseaux des juifs communautaires sionistes qui parlent abusivement au nom de la diversité des français d'origine juive...) qui projette son "communautarisme de domination" sur ce récent communautarisme maghrébin, dont le modèle est plutôt le "communautarisme de séparation" asiatique. En clair, autant les juifs se sentent à l'aise, et chez eux, dans une société néo-matriarcale néo-capitaliste à l'américaine dont ils occupent de façon de plus en plus visible la superstructure, autant les maghrébins dit "islamistes" s'y sentent mal et veulent s'en éloigner... Ce qui entraînera bien plus sûrement demain, dans nos villes, la multiplication de quartiers musulmans, type quartier chinois du XIIIème, que le noyautage orchestré de l'appareil médiatico-politique français...

(*) Jusqu'où va-t-on descendre ? (Acheter en ligne) et Socrate à Saint-Tropez (Acheter en ligne, essais parus aux éditions Blanche.

Le site officiel d'Alain Soral
Le site "off" d'Alain Soral


Lundi 22 Septembre 2003
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