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Communautarisme mode d'emploiLe lecteur aura sans doute remarqué combien les discours des porte-parole communautaires partagent une rhétorique semblable, au point qu'ils ne se distinguent parfois que par la mention – aisément interchangeable - du groupe au nom duquel ils sont tenus. Cette convergence de forme en masque une autre, plus fondamentale : une même stratégie dans la conquête de l'influence.La prison et ses geôliers
(C) 2004 - Frank Resplandy
Il existe de nombreux groupes humains qui partagent en commun des situations, des aspirations ou des intérêts spécifiques différents de ceux du reste de la population. Pour autant, tous ne succombent pas aux sirènes du communautarisme.
Comme le montre très bien Joseph Macé-Scaron dans son essai La Tentation Communautaire (1), la condition nécessaire (mais non suffisante) pour que le mécanisme fonctionne réside dans la définition qui est donnée desdites communautés. Seules les « communautés d'appartenance », par opposition aux communautés de choix et d'adhésion, s'exposent à ce risque. Le premier travail des idéologues communautaires consiste donc à forger, puis à imposer comme opinion commune, un concept de communauté dont la particularité est que l'individu n'a pas son mot à dire quant à son appartenance ou non au groupe. Peu importe, au demeurant, que les critères discriminants qui vont déterminer pour l'idéologie communautaire l'appartenance ou non au groupe soient vécus comme essentiels ou même pertinents par ses membres. Il faut et il suffit seulement qu'ils permettent sans doute aucun d'opérer une partition au sens logique du terme entre ceux qui ne font pas partie du groupe, et ceux qui y « appartiennent », et que ni les uns, ni les autres n'aient le choix de cette affiliation, ni pour y souscrire, ni pour la rejeter. Cette discrimination « positive » ressemble d'ailleurs à s'y méprendre à une autre, négative celle-là, qui est à la base de toutes les idéologies racistes et xénophobes (2). Ainsi ne choisit-on ni n'a-t-on la possibilité de contester des « évidences », quel que soit leur contenu « identitaire », telles que son sexe biologique, la religion de tel ou tel de ses ascendants, la couleur de sa peau, le lieu de sa naissance ou celui de ses parents, et vraisemblablement qu'assez rarement ses préférences sexuelles. Parfois, les mythes religieux et les représentations qui leur sont associées, viennent opportunément fournir l'appui d'un « corpus théorique » pré-existant. C'est, par exemple, le cas de la notion de « transmission » de l' « appartenance religieuse » par le jus sanguinis d'une filiation matrilinéaire en vigueur dans les canons du judaïsme. Mais ces constructions intellectuelles peuvent aussi être de facture beaucoup plus récente à l 'échelle de l'histoire. L' « invention », bien décrite par Elisabeth Badinter (3), d'un « genre homosexuel » au XIXème siècle par quelques médecins hostiles à la psychiatrisation et à la criminalisation des « invertis » (avec l'effet rigoureusement contraire à celui recherché), puis celle d'une « communauté homosexuelle », d'une « nation gay » et d'un « nationalisme féminin » par les ultras des mouvements homosexuels et féministes américains des années 60 le sont d'évidence. Virtuellement, toute différence objectivable et reproductible dont le choix échappe à l'individu peut faire l'objet d'une construction idéologique « communautaire ». Le cas limite en est sans doute fourni par la division parfaitement arbitraire opérée - selon le lieu de vie et le type d'activité (artisanat urbain ou agro-pastoralisme) et en dehors de toute spécificité «ethnique», linguistique ou religieuse - entre « Tutsis » et « Hutus » par le colonisateur du futur Rwanda. Avec le résultat que l'on connaît. Encore convient-il de préciser que par « reproductible », il n'est pas nécessairement fait référence à une transmission « génétique » - objective ou mythique - de caractéristiques discriminantes ; le cas de la « communauté homosexuelle » est là pour nous le rappeler. La reproduction du groupe humain ciblé peut être le fait de la glorieuse incertitude du hasard, l'essentiel étant que celui-ci puisse se perpétuer en tant que porteur de marqueurs spécifiques pour que la stratégie communautaire se déploie dans la durée. Un exemple du même type nous est offert par les dérives de certaines associations d'handicapés d'Outre-Manche, dont le discours sur la « culture sourde » et les revendications sur l'apprentissage généralisé de la langue des signes en rappelle étrangement d'autres (4). Généalogie de l'« homo communautaris »
(C) 2004 - Frank Resplandy
La magie dialectique ayant opéré son oeuvre d' « assignation à résidence communautaire », il est utile, et même indispensable, de donner à cette « appartenance » - au-delà des seuls critères discriminants qui ont servi à la définir - un contenu, de construire une représentation positive à laquelle puissent s'identifier une partie, même minoritaire, du groupe ciblé.
Car il s'agit bien, du moins dans une perspective contemporaine, d'une construction idéologique en rupture avec les traditions antérieures lorsqu'elles existaient. Ainsi les notions de « terre promise » et de « Jérusalem céleste », d'ailleurs communes au judaïsme et au christianisme, ont-elle été, préalablement à leur réutilisation par les promoteurs d'une « identité juive » moderne, dépouillées de leur contenu symbolique – la figuration de l'Utopie et de l'Uchronie - pour être investies d'un sens moderne, littéral, infiniment moins riche mais infiniment plus utile au service d'une lutte nationale. Un pareil glissement sémantique est discernable avec l'« oumma », dont la sens de « communauté des croyants » musulmans tend à s'estomper progressivement au profit de celui plus ordinaire de « nation », infiniment plus opérant au plan politique dans un contexte ou certains analysent précisément l' « islam politique » comme la résurgence - sur un autre mode - d'un nationalisme arabe vaincu naguère par les armes et par la ruse (5). Ces définitions s'éloignent en tout cas diamétralement des problématiques spécifiquement cultuelles, et laissent à penser que l'on est plus en présence de concepts modernes, et non d'une ré-actualisation de dogmes millénaires à la faveur d'un « retour du religieux » annoncé par quelques poètes ou prophètes. En dehors du champ religieux, la modernité - au sens historique - du contenu identitaire proposé à l'adoption des ressortissants communautaires est encore plus évidente. Sans doute est-il exagéré de parler de contenu à propos de la « culture gaie », en dehors de quelques codes attachés à la fête et au paraître. Cela n'empêche nullement des plumes modernes et d'un talent inégal de se présenter comme des « auteurs gays », et quelques « tourneuses de manivelle » de nous concocter un « cinéma lesbien » (interdit aux hommes) (6). Réjouissons-nous, pour le plaisir de la lecture et avant qu'ils ne soient relégués dans les rayons « LGBT » désormais ouverts dans nos bibliothèques (7), que Gide, Proust ou Wilde fussent écrivains avant d'être homosexuels... Ce chauvinisme communautaire n'est d'ailleurs que la version « soft » et marchande d'une « préférence communautaire » qui prendra, selon les cas, des formes diverses : appel (pas toujours entendu) à la solidarité du groupe, revendications en faveur d'une discrimination positive (la « corsisation » des emplois), etc... Les nationaux-régionalistes bretons ou corses, qui entendent imposer aux populations dont ils convoitent la tutelle l'apprentissage et la pratique d'une « langue régionale » de laboratoire (8) qu'ils ne connaissent parfois pas eux-mêmes (9), offrent un autre exemple saisissant d'une identité reconstruite de toutes pièces, le parangon de l'absurde étant probablement atteint avec l'implantation d'écoles bilingues « Diwan » (10) en pays gallo (et, plus récemment encore, dans le 14° arrondissement de Paris, au profit d'une « diaspora » bretonne, sans doute...). La thématique victimaire et le détournement de mémoire sont toujours présents dans le discours communautariste et souvent utilisés à l'appui de revendications de droits spécifiques. La formule « M2R » (Mémoire – Repentance – Réparation) est une figure de style de l'exercice, et fonctionne aussi bien avec les héritiers présomptifs des victimes du génocide des juifs d'Europe qu'avec ceux de l'esclavage ou de la colonisation. Mais cette étape, si nécessaire qu'elle soit pour percevoir les dividendes de la souffrance passée, n'est nullement constitutive de l'identité communautaire. C'est que l' « homo communautaris » est un homme nouveau, régénéré par l'adoption d'une identité synthétique et génétiquement modifiée. Sa naissance marque précisément la rupture avec un passé de persécutions, symboliques ou tristement réelles. « Plus jamais victime », il peut être « fier » de sa dignité chèrement reconquise au prix d'une moderne rééducation. Son combat, il le mènera seul si nécessaire, contre les autres si besoin est, parfois - souvent ? - contre les siens. Et gare à ceux qui ne l'auraient pas compris : ils partageront le triste sort des « traîtres », bien moins enviable, tous comptes faits, que celui des ennemis. Heureusement, ces délires, produits d'une idéologie poussée dans ses ultimes retranchements, ne rencontrent que rarement une adhésion majoritaire des « communautarisés ». Même Act-Up le constate : « La communauté que vous voulons n'est pas celle que nous avons ! »(11). Qu'importe ! Il suffira amplement au bonheur des avant-gardes militantes de monopoliser la parole du groupe qu'ils prétendent représenter. Le temps de l'imposture
La représentation des « communautés » par les associations qui s'en prévalent relève pour l'essentiel d'une imposture et d'une captation d'héritage.
Tout d'abord, et par principe, parce que ces communautés ne sauraient avoir d'existence politique reconnue au sein d'une République Une, Indivisible, Laïque et Sociale. Mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'aucun de ces organismes ne possède, au sein du groupe dont il prétend incarner les intérêts, la légitimité que lui procurerait l'onction démocratique d'un suffrage universel. Les «leaders» communautaires sont, au mieux, les élus indirects d'une nébuleuse associative et militante - ce qui l'est convenu d'appeler la « communauté organisée », au pire des chefs de groupuscules. Le paroxysme de l'imposture est probablement atteint au sein du « mouvement gay », ou des associations comptabilisant quelques centaines d'adhérents à jour de leurs cotisations réussissent à s'exprimer au nom de tous ceux dont l'inclination hétérosexuelle n'est pas exclusive, ce qui fait tout de même beaucoup de monde. Le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), n'a, comme son nom l'indique, de compétence qu'en matière cultuelle. Pourtant, nombreux sont ceux, y compris au sein de l'exécutif de la République, qui rêvent de lui voir endosser un rôle de représentation des « six millions de musulmans » dont moins de 10 % fréquentent plus ou moins épisodiquement une mosquée, et plus d'un quart se déclarent athées ... Succombera-t-il aux sirènes communautaristes ? Ses récentes déclarations sur l' « islamophobie » comme dirigée envers une « communauté » peuvent donner à le penser (12). Même le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), né dans la clandestinité de l'Occupation, admet à demi-mot ne fédérer, au moyen des 63 associations qui y adhèrent, qu'environ 100.000 membres et « sympathisants », soit au mieux 17 % de la « communauté » dont il revendique l'exclusivité de la « représentation politique auprès des pouvoirs publics ». 17 % : c'est précisément le chiffre obtenu lorsque l'on additionne les suffrages de toutes les listes « nationalistes » et autonomistes aux dernières élections régionales de Corse, dans un contexte où la plupart des partis traditionnels apportaient leur soutien à un projet de nouveau statut pour l'Ile dont on connaît l'issue référendaire. Contrairement aux partis politiques, dont le rôle est de concourir à la formation et à l'expression du suffrage, les associations communautaires ne s'exposent pas – hormis le cas spécifique des régionalistes – à la sanction parfois cruelle d'une consultation démocratique. Elle n'en ont d'ailleurs ni l'intention, ni le besoin pour diffuser leurs idées. Elles peuvent tout d'abord compter sur la passivité d'une « majorité silencieuse » qui ne se sent pas concernée par leur problématique puisqu'elle ne perçoit pas, contrairement à ce que présuppose l'idéologie communautaire, comme essentielle sa composante identitaire spécifique. Mais souvent, cette indifférence ne suffit pas à garantir l'absence de contestation des leaders communautaires par ses mandants virtuels. C'est ici qu'intervient la « police » communautaire. Police de la pensée, pour l'essentiel, bien que l'existence de milices musclées (Act-Up, Betar, LDJ) voire de groupuscules authentiquement terroristes (clandestins corses, ARB) montre que la stratégie d'intimidation ne connaît pas de limites théoriques. Qu'il s'agisse de dénoncer les immondes « traîtres » à la cause (13), de rappeler un artiste « dégagé » à ses devoirs envers sa « communauté » (14) , de dévoiler les préférences sexuelles d'une personnalité discrète, ou et a contrario de voiler la tenue peu islamique d'une « soeur » et néanmoins voisine d'immeuble, nos gardiens de l'ordre moral et de la loi du groupe veilleront à promouvoir la Vertu et à pourchasser le Vice dans toutes ses manifestations. Avec, il est vrai plus ou moins d'ambition et plus ou moins de succès selon les « communautés ». Pour le reste, les bonnes vieilles recettes de la propagande feront l'affaire. Du simple mensonge par omission au faux véritable, de la substitution des faits historiques établis par une « mémoire » revisitée à la lumière de convictions militantes jusqu'à l'arme suprême : la diabolisation de l'ennemi par l'anathème des « phobes » (islamo- ,judéo- , homo- , négro-, albo-, choisissez le vôtre...), rien ne sera épargné pour abattre l'Ennemi. Certes, de telles méthodes ne sont pas spécifiques au combat communautaire, et se rencontrent aussi dans la lutte politique « ordinaire ». A ceci près qu'elles constituent ici l'essentiel du discours produit, interdisant de fait tout débat dans la perspective d'une victoire totale, définitive, et sans compromis. En un sens, l'idéologie communautaire a fait sienne la conception du politique d'un Carl Schmidt (15), inspirateur de la stratégie du DAP (16) avant qu'il ne soit recyclé, après guerre, en intellectuel libéral grand teint dans le sillage d'un Raymond Aron. Le bal des hypocrites
Dans le contexte français, profondément marqué par les idéaux de 1789 et encore majoritairement laïque et républicain, les communautaristes de tout poil se devront, compte tenu du tabou qui pèse sur le mot et sur la chose, de s'avancer masqués. A l'exception notable d' « Act-Up » (et peut être du tout nouveau et groupusculaire « parti kémite » (17) ), aucune organisation communautariste ne prendra le risque de se positionner comme telle.
Mieux ! Elles se présenteront comme les meilleurs défenseurs de la République, et n'auront de cesse de dénoncer les dérives à l'oeuvre ... chez leur ennemi principal. Des communautés, donc, et pas de communautaristes ? Voire. Car aussitôt cette dénégation formulée, nos braves militants s'empresseront d'entonner en choeur l'hymne de la tribu : « Les .... (mettez ici le nom du groupe qui vous conviendra) pensent que ... » . Quelle sollicitude à porter une parole, qui n'est que la leur, au nom d'un groupe, qui, à supposer qu'il se considère comme tel, ne leur avait, dans son écrasante majorité, rigoureusement rien demandé ! La lutte se poursuivra sur le champ de bataille sémantique, avec l'objectif de détourner de leur sens originel un certain nombre de concepts familiers. Ainsi la nouvelle laïcité se devra-telle d'être, pour les convertis de fraîche date, « ouverte » (à tous vents ?), à la fois compatible avec le port de signes religieux à l'école publique, la référence aux « valeurs chrétiennes » et le « dialogue avec les religions », encore inscrit pour ce dernier dans le traité constitutionnel européen en projet. Il est d'ailleurs assez divertissant de constater à quel point la plupart des responsables religieux s'entendent sur ce sujet, taisant pour une fois leurs querelles séculaires. D'autres – par dépit ? - vont jusqu'à dénoncer dans cette séparation rigoureuse des champs politiques et religieux une forme de « communautarisme majoritaire », curieuse oxymore pour désigner une loi de la République qui fait pourtant largement consensus. La liberté de culte, ce concept poussiéreux, sera avantageusement remplacée par les « libertés religieuses » (18), comprenez par-là de celles qui permettront aux représentants très temporels desdits cultes de faire ce qui leur plaira sans contraintes, y compris au détriment de ceux qui les suivront. L'égalité des droits, principe il est vrai bien difficile à mettre en oeuvre (surtout lorsque l'on se refuse à y consacrer les moyens nécessaires), sera troquée contre une « égalité effective » (19), sympathique et nouvel avatar du droit positif qui cache cependant mal un vibrant appel à la création de nouveaux emplois réservés, avec en prime la reconnaissance officielle d'un « label égalité » (20) pour les entreprises qui s'y soumettront. Un tel dispositif permettra néanmoins de placer des amis sûrs à quelques postes clefs, notamment au sein de formations politiques désireuses de s'assurer les bénédictions des gardiens de troupeaux par l'emploi de quelques cautions emblématiques. A ce jeu de la « barbichette », nul ne sait qui rira le premier. Aussi les partis avisés prendront-ils la sage précaution de varier les plaisirs en diversifiant les « communautés » de la « société civile » dans lesquelles ils recruteront leurs supplétifs, au risque de produire, parfois, d'étonnantes et très dissonantes polyphonies du meilleur effet. En revanche, les postes les plus exposés à la sanction démocratique d'un scrutin majoritaire uninominal seront rarement occupés par de tels transfuges. Les bénéfices éventuels d'un « vote communautaire » sont, en effet et en règle générale, plus que compensés par l'effet contraire de querelles inter-communautaires. D'autant plus que cette voie d'accès au métier politique n'est pas toujours empruntée, loin s'en faut, par les candidats qui ont le plus de talent. Vers la fin d'une alliance objective ?
Les formes modernes des projets politiques communautaires, sont, on l'a vu, fort éloignées des principes républicains d'un gouvernement du peuple par ses représentants, choisis au terme d'un processus démocratique où chaque voix compte. Dans leur essence et dans leur pratique, elles seraient plutôt les incarnations d'idéologies totalitaires à rebours des pratiques démocratiques, et dont on voit le résultat lorsqu'elles parviennent à émerger ici ou là sous la forme de nationalismes « ethniques ».
Toute la manoeuvre des stratèges du communautarisme consiste, par la mise en pratique d'une méthode parfaitement éprouvée, à usurper la légitimité et à confisquer la parole des groupes qu'ils prétendent représenter afin de démultiplier l'influence de leurs idées, quelles qu'elles soient. Elle serait beaucoup plus réduite si l'on devait s'en tenir à leur véritable audience au sein de leur « communautés » respectives, et a fortiori encore plus à celle qu'ils obtiendraient au sein de la population dans son ensemble. Ils ne peuvent y parvenir sans une certaine bienveillance de la part des prescripteurs d'opinion que sont les politiques, et les media. De nos jours, la télévision a très largement pris la place qu'occupait hier la presse dans la fabrique de l'opinion. Favorisant par nature l'émotion par rapport à la réflexion, elle convient fort bien à la diffusion de messages simples, voire simplistes, et fort peu à la mise en scène de vrais débats et questionnements. Il est donc assez simple d'y faire valoir son point de vue, pour peu que l'on y ait accès et qu'on en maîtrise la grammaire, ce qui est le cas de nombreux spécialistes dont on peut aisément s'assurer les services. Et lorsque vos contradicteurs potentiels n'ont pas la maîtrise de ces techniques, la partie est déjà à moitié gagnée. La frilosité et le conservatisme d'entreprises étroitement dépendantes du marché pour leur survie vous garantira la reproduction de vos idées lorsque vous aurez réussi à les y imposer. La politique étant l'art du possible et du compromis, une forme d'équilibre – de symbiose ? - semblait jusqu'à présent s'être établie entre des partis pratiquant discrètement et à l'occasion une forme ou une autre de clientélisme, et des «leaders» communautaires détenteurs d'un pouvoir de nuisance potentiel mais satisfaits des dividendes qu'ils retiraient de leur état de courtisans. Depuis quelque temps, parfois à la faveur d'enjeux internationaux (beaucoup de « communautés » possédant cette dimension « transversale »), ces problématiques se sont invitées dans le débat national. Les responsables communautaires déjà établis ont imaginé faire monter le prix politique de leur caution (ou de leur rupture). D'autres, moins organisés à ce jour car représentant des « communautés » d'installation plus récente, ont commencé à exiger leur part du butin. Les uns et les autres ont sans doute perçu la profonde crise des élites qui secoue la société française dans son ensemble, le monde politique en particulier, et le parti qu'ils pouvaient en tirer au profit d'objectifs dont certains sont clairement étrangers aux intérêts de leurs « mandants », quand ce n'est pas à ceux de la communauté nationale toute entière. Mais les exigences croissantes en termes d'allégeance des divers groupes de pression suscitent l'exaspération d'une fraction grandissante de la population, à un point tel que les responsables politiques ne sauraient désormais l'ignorer, sauf à leurs dépends. L'alternative est aujourd'hui entre une poursuite de la décomposition politique qui touche maintenant aussi les formes habituelles et extrêmes du vote contestataire, et un sursaut citoyen dont les stratégies communautaires ne pourront que faire les frais. Notes
1) La Tentation communautaire, Joseph Macé-Scaron, Ed. Plon, Paris, 2001, voir en ligne
2) Voir Voyage au pays de l'antiracisme (1/2), Observatoire du communautarisme, 5/5/2004 3) XY, de l'identité masculine, Elisabeth Badinter, Ed. Odile Jacob, Paris, 1992 4) Voir Quand une chaîne de télévision britannique invente la « novlangue » des signes ... , Observatoire du communautarisme, 21/3/2004 5) Djihad, expansion et déclin de l'islamisme, Gilles Kepel, Ed. Gallimard, Paris, 2000 6) Voir Interdit aux hommes, Observatoire du communautarisme, 9/11/2003 7) Voir Le livre gay ghettoïsé, Observatoire du communautarisme, 13/10/2003 8) Voir l'excellent site consacré aux sources et aux dérives du régionalisme breton par Pierrick Le Guennec 9) Voir la très brève du 13/8/2004 sur le site de l'Observatoire 10) Voir Diwan, une école qui vient de loin, Observatoire du communautarisme, 17/8/2004 11) Voir L'affiche noire, Observatoire du communautarisme, 31/7/2004 12) Voir la très brève du 16/6/2004 sur le site de l'Observatoire 13) Voir Les « traîtres juifs » d'Alexandre Adler, Observatoire du communautarisme, 1/11/2003 14) Voir Quand un comique juif ne fait plus rire les censeurs de la « communauté », Observatoire du communautarisme, 28/9/2003 15) La notion de politique, Carl Schmitt, Ed. Flammarion, Paris, 1963 (traduction française de Der Begriff des Politischen, Berlin, 1932). 16) Deutscher Arbeiter Partei, Parti des travailleurs allemands, l'ancêtre du parti nazi (NdR) 17) Voir le site du Parti kémite : www.partikemite.fr.st 18) Voir De quelques modernes croisades en faveur des « libertés religieuses », Observatoire du communautarisme, 30/4/2004 19) Voir On a tout essayé ... mais a-t-on gardé le meilleur ?, Observatoire du communautarisme, 15/3/2004 20) Voir la très brève du 28/6/2004 sur le site de l'Observatoire ----------------- Cet article est paru sous une forme légèrement remaniée dans le numéro 31 de la revue Utopie critique : voir en format PDF Lundi 30 Août 2004
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