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Délicieuse contradictionSamedi 31 janvier a eu lieu le dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF). Celui-ci a rassemblé cette année seize membres du gouvernement ainsi que la quasi-totalité des dirigeants des partis politiques (à l'exception du Front National et des Verts). La question demeure pourtant : peut-on se rendre au dîner annuel du CRIF et prétendre lutter contre le communautarisme ?
Jean-Pierre Raffarin et Roger Cukierman (droits réservés)
Le CRIF reconnaît représenter environ 100 000 personnes, soit un sixième seulement des Français de confession juive (1).
En dépit de ce constat qui tendrait à relativiser sa représentativité, question qui par ailleurs devrait n'intéresser aucun réel républicain, puisque la République ne reconnaît en théorie aucun pouvoir aux "communautés", le CRIF réussit le tour de force de réunir une portion très significative du gouvernement et des forces politiques de France (2). Car malgré une direction très critiquée (3), y compris au sein du CRIF, l'organisation communautaire a suffisamment influencé le débat public pour qu'une absence à son dîner puisse être lourde de conséquences pour celui qui s'y risquerait (4). Il est désormais parfaitement possible en effet pour un responsable politique de déclamer des discours enflammés contre le communautarisme et de venir cautionner par sa présence (représentant l'Etat ou son parti politique) la politique d'une organisation communautaire. L'intervention du président du CRIF, Roger Cukierman, a d'ailleurs porté pour une large part sur la politique étrangère de la France au Proche-Orient, puisque celui-ci a demandé : "Est-il judicieux que la France contribue à éviter au Hezbollah l'opprobre européenne du statut d'organisation terroriste ?" (5). Les responsables politiques présents ont-il bien conscience que la voix du Président du CRIF, quelle que soit la pertinence de son propos, n'a pas à être traité de manière différente de celles d'autres citoyens ? Doit-on s'attendre à ce que demain, une organisation communautaire musulmane demande à la France, sous l'oeil embué de champagne d'un parterre de ministres, de modifier sa politique étrangère dans tel ou tel sens, en raison de considérations ethniques ou confessionnelles de surcroît ? Les délices de la table, dont la France doit sans doute s'enorgueillir, ne doivent pas conduire à pratiquer, ici comme en d'autres domaines, l'art du "double-langage"... --------------------------------------- 1)Ce qui prouve bien qu'une communauté n'est rien d'autre que l'appellation politiquement correcte désignant les organisations communautaires, poursuivant leurs propres buts. 2)S'il est légitime que le Ministre des cultes se rende à ce type d'événement, il n'en est pas de même pour les autres représentants du gouvernement. Celui-ci, qui compte 39 ministres et secrétaires d'Etat, était représenté par 16 de ses membres. Le dîner annuel du CRIF doit être le second événement de l'année, après la garden party de l'Elysée du 14 juillet, à accueillir autant de ministres. Du pouvoir des petits plats.... 3)"Roger Cukierman, dérapages contrôlés ?", Observatoire du communautarisme, août 2003. 4)"Le dîner est obligatoire", Observatoire du communautarisme, 28/01/2004 5)Consulter le discours de président du CRIF : (http://crif.org/index.php?menu=5&dossier=34&id_doss=2352) Dimanche 01 Février 2004
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