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La Tentation communautaire

Par Joseph Mace-Scaron, Plon, 2001

Interview de Joseph Mace-Scaron, journaliste au Figaro



La Tentation communautaire, Joseph Mace-Scaron, Plon, 2001 Par Joseph Mace-Scaron, Plon, 2001 (droits réservés)
La Tentation communautaire, Joseph Mace-Scaron, Plon, 2001 Par Joseph Mace-Scaron, Plon, 2001 (droits réservés)
Interview réalisée par Génération République, septembre 2001

GR : Votre essai, La Tentation communautaire, dresse le tableau d'une France dispersée, dans laquelle le « cadre national » disparaît entre la mondialisation et le morcellement infini en tribus.

JMS : Dans mon livre, j'établis une différence fondamentale entre ce qui relève de la communauté, et ce qui est de l'ordre du communautarisme. Le communautarisme, je l'ai dit, naît quand on passe « du droit à la différence à des droits différents ». Il se sert des différences pour s'opposer aux autres groupes Or, toute communauté peut glisser vers le communautarisme, excepté la communauté nationale, qui repose, par définition, sur une culture commune, un langage commun, un rapport commun à la cité. Mais il faut distinguer la communauté nationale, fondée sur ce lien, de l'Etat, en tant qu'institution et en tant que pratique. La pente naturelle de l'Etat, et particulièrement de la pratique actuelle de l'Etat, héritée de l'ancien Etat-providence, est d'abandonner la redistribution sociale pour une redistribution des droits, beaucoup moins lourde à assumer. C'est tout le problème du Jospinisme, qui a renoncé a la vocation originelle de la gauche. On assiste actuellement à un double mouvement : d'un côté, la remise en cause de l'espace commun par des entités religieuses, ethniques, ou autres (Corses, « caillera », Bretons de Diwan…), et de l'autre, une évolution de l'Etat vers une nouvelle forme de gestion, qui consiste à donner des prébendes à certains groupes de pression. Et c'est là que la candidature de Jean-Pierre Chevènement trouve son sens, dans la mesure où il tente de reconstruire ce lien entre communauté nationale et Etat.

GR : Ce développement du communautarisme dont vous montrez tous les signes marque une crise de la démocratie représentative, puisque chaque groupe de pression n'envisage d'être représenté que par un de ses membres.

JMS : Le communautarisme est la négation même de la démocratie, puisqu'il
impose, on en voit les exemples en France, un système de représentation
autre que le système électif. Des leaders s'autodésignent, et négocient des
droits au nom de l'axiome « Je pèse tant, je vaux tant, j'ai droit à tant… ». Je le répète, l'urgence n'est plus seulement la question de la République, puisqu'on atteint ici la négation absolue de la démocratie même. Le devoir est donc aujourd'hui de revisiter l'une et l'autre, car la ligne de fracture n'est plus là où la voyait Régis Debray, entre républicains et démocrates, elle est aujourd'hui entre
républicains-démocrates et communautaristes. Il faut le souligner, le communautarisme n'est pas seulement un danger pour l'Etat, qui en est
plutôt le complice, c'est un danger pour les personnes, un servitude volontaire.

GR : Cette servitude volontaire n'est-elle pas également le fruit d'une acculturation ? On retrouve en effet dans votre essai des réflexions qui évoquent celles de Hannah Arendt sur « la crise de la culture ».

JMS : Tout est dans le livre de Hannah Arendt : la crise de l'autorité, des valeurs… On atteint aujourd'hui le stade ultime d'un processus d'asservissement de la culture, qui est l'aboutissement de la société de consommation. C'est le sens du relativisme culturel d'un Jack Lang : « Tout est culture », car la culture est devenue objet de consommation. C'est là qu'est le lien entre communautarisme et capitalisme : celui-ci produit des étiquettes, des identités de vitrine, des labels. La culture n'est plus une langue universelle mais une technique qui sert à faire passer des slogans. Voilà bien la différence essentielle entre ce qui est de l'ordre de la
communauté et ce qui est de l'ordre du communautarisme. L'approfondissement
culturel au sein de la communauté permet d'accéder à l'universel. Le communautarisme est au contraire fondé sur l'acculturation. Deux exemples
flagrants : les indépendantistes corses ne connaissent strictement rien à la langue et à l'histoire corses. Quant aux jeunes qui criaient « Ben Laden président » au Stade de France, ils n'ont jamais lu le Coran. L'identité des banlieues, c'est une identité « package » : le sweet à capuche et les slogans de Farrakahn.

GR : Dans ce contexte, quel peut être le rôle d'un candidat à l'élection
présidentielle ?

JMS : Le chantier est immense, pour lutter contre cette tentation de la servitude volontaire, mais tout se tient, communauté nationale, Etat, démocratie, République… J'en prendrai pour preuve le succès de la candidature Chevènement. Jean-Pierre Chevènement rassemble au-delà des anciens clivages. Les humanistes de droite, les centristes sont intéressés, justement parce qu'il transgresse les lignes de fracture idéologique, et montre que l'enjeu est au dessus de ces lignes de fracture, dans la préservation de la démocratie même.

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Mardi 22 Juillet 2003
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