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Discrimination positive : la mauvaise foi des patrons

De grands patrons français se rallient à l'idée de la discrimination positive.



Claude Bébéar, fondateur d'Axa (droits réservés)
Claude Bébéar, fondateur d'Axa (droits réservés)
Encore un coup de boutoir en faveur de la discrimination positive!

Cette fois, ce sont des grands patrons qui, dans un dossier du magazine L'Express (1), s'efforcent de convaincre les Français qu'il faudra bien en passer par cette approche profondément inégalitaire pour satisfaire l'aspiration légitime des Français d'origine étrangère à l'égalité des droits.

C'est d'ailleurs l'originalité de cette initiative de L'Express que de donner la parole, non pas à des politiques ou à des sociologues considérant trop souvent que leur rôle social se limite au discours, mais à d'éminents représentants du patronat français, réputés ancrés dans l'action.

On apprend ainsi que Claude Bébéar, fondateur d'Axa, Serge Weinberg, président de Pinault-Printemps-Redoute, et Raymond Soubie, président de la société de conseil en ressources humaines Altedia, soutiennent le principe de la discrimination positive qui se traduirait par une priorité à l'embauche en faveurs des "jeunes issus de l'immigration". Il s'agirait en effet d'une pratique "possible et souhaitable" (Soubie), et même d'une "démarche dans l'intérêt des employeurs" (Bébéar). Serge Weinberg, enthousiasmé par l'exemple américain, admet s'être ravisé sur cette question : "j'y étais hostile, j'ai changé d'avis". Et ces trois patrons de réclamer des mesures, voire une obligation légale, pour que les entreprises s'adonnent à la discrimination positive.

On ne peut que se réjouir de la conscience sociale nouvelle de ces tenants du grand capital qui jouent un rôle essentiel dans les affaires économiques du pays. On peut simplement leur rappeler que la solution préconisée par Claude Bébéar -"quand deux candidats de même qualité sont en concurrence, il faut donner la préférence à celui qui est issu d'un quartier difficile"- évacue un peu vite l'origine du problème -le fait qu'à compétence égale, le CV à patronyme arabe est souvent jeté au panier- et leurs responsabilités de chefs d'entreprise en la matière.

Sur le fond, on observe que, comme aux Etats-Unis, le débat sur l'égalité des chances dérive sur une réthorique où la question raciale ou ethnique (même si elle est abordée de façon moins abrupte en France) sert de paravent à la question sociale (sur laquelle le patronat est évidemment moins à l'aise). L'intégration des minorités dans l'entreprise se présente sous le même angle superficiel que celle du développement durable qui est devenu une tarte à la crème pour page d'accueil de site internet ou rapport annuel en papier glacé à destination d'actionnaires soucieux de garder bonne conscience.

Quant aux moyens avancés, nul besoin d'une loi pour qu'un patron rappelle à ses propres services de ressources humaines que les procédures de recrutement de l'entreprise doivent permettre un strict respect du principe constitutionnel de l'égalité en droit. Il est curieux que de grands capitalistes qui rejettent d'habitude toute intervention des pouvoirs publics dans la sphère économique en appellent soudain à la loi pour réglementer leurs politiques de recrutement.

Ces trois patrons ont raison de souligner qu'il est dommageable pour l'entreprise de passer à côté de bons candidats à cause de pratiques discriminatoires, mais ils ont le pouvoir de faire cesser de tels abus en donnant des consignes à leur encadrement, en contrôlant leur application et en sanctionnant d'éventuels manquements.

Au boulot!

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(1) "L'entreprise doit-elle pratiquer la discrimination positive?", L'Express, semaine du 9 février 2004.

Voir aussi le rapport de l'Institut Montaigne, présidé par Claude Bébéar, "Les oubliés de l'égalité de chance" en format PDF

Voir le dossier de l'Observatoire du communautarisme consacré au débat sur la discrimination positive

Samedi 14 Février 2004
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