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Discrimination positive : polémique électorale aux États-Unis

Par David Pitts, rédacteur de la Gazette électorale, Washington, 30 mars 2000

Deux faits laissent à penser que la question de la « discrimination positive » pèsera lourd dans la campagne électorale de l'an 2000 : primo, l'histoire des campagnes électorales passées ; secundo, le fait que nombre d'États proposeront des « initiatives » sur cette question à leurs électeurs lors de l'élection générale de novembre.



(droits réservés)
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L'expression anglaise d'affirmative action, connue dans certains pays - en France notamment - sous le nom de « discrimination positive », se rapporte aux mesures prises pour remédier à la discrimination qui s'était exercée par le passé contre certains groupes de la population. Aux États-Unis, la situation est d'autant plus compliquée que la discrimination positive n'est pas un seul programme, mais toute une série de programmes qui ont évolué depuis 35 ans, et qui ont impliqué les trois pouvoirs du gouvernement - l'exécutif, le législatif et le judiciaire - à l'échelon fédéral, à l'échelle des administrations d'État et jusqu'au niveau local.

Le candidat quasi assuré du parti républicain à l'élection présidentielle, M. George W. Bush, gouverneur du Texas, et son concurrent démocrate non moins certain, M. Al Gore, vice-président des États-Unis, ne se sont pas encore affrontés sur cette question. Cependant, M. Gore a déclaré faire sienne la politique actuelle du président Clinton à l'égard de la discrimination positive selon laquelle il convient de la réformer mais non pas de l'annuler, tandis que M. Bush reste encore plus vague, préconisant un « accès » aux programmes plutôt qu'une « action affirmative directe », sans préciser le sens du mot accès.

Lors de l'élection présidentielle de 1996, le candidat républicain, M. Robert Dole, avait recommandé l'annulation des programmes de discrimination positive, s'opposant au président sortant, M. Bill Clinton, qui souhaitait en gros leur maintien.

Ces dernières années, les programmes de discrimination positive ont été supprimés ou réduits dans certains États, notamment le Texas et la Californie. Récemment, le gouverneur de Floride, M. Jeb Bush, frère du candidat républicain, a proposé d'éliminer la discrimination positive en matière d'admission aux universités, lui préférant un programme différent qui, selon lui, devrait se traduire par une représentation encore plus importante des groupes minoritaires dans les établissements d'enseignement supérieur. La Floride est un des principaux champs de bataille entre républicains et démocrates, ayant voté majoritairement républicain en 1992 pour basculer dans le camp démocrate en 1996.

Les adversaires de la discrimination positive affirment que, positive ou non, il s'agit bien de mesures discriminatoires et donc injustes. Ses partisans arguent du fait qu'il s'agit au contraire de mesures destinées à réparer des siècles de traitement inférieur réservé à certaines catégories de la population. Pourtant, si la plupart des gens considèrent la discrimination positive comme une politique visant à améliorer les chances des Afro-Américains, en réalité ce sont les femmes, représentant pas moins de 54 % de la population, qui constituent le groupe le plus nombreux à pouvoir en profiter. Il n'en reste pas moins que le débat politique sur ce sujet tourne le plus souvent autour des questions de race.

Par ailleurs, la discrimination positive a considérablement modifié le paysage social aux États-Unis, suscitant au passage les questions suivantes, entre autres :

• lieu de travail : les organismes publics et les entreprises privées doivent-ils avoir des règles d'embauche destinées à favoriser les minorités de manière à corriger une préférence séculaire accordée aux hommes blancs ?

• enseignement supérieur : les établissements supérieurs du pays doivent-ils appliquer des critères d'admission destinés à accroître la proportion d'élèves minoritaires, afin de redresser des décennies de ségrégation et de discrimination soit légales soit de fait ?

• politique : le ministère de la justice doit-il décréter que les frontières géographiques d'une circonscription électorale doivent être dessinées de manière à favoriser l'élection de davantage de candidats minoritaires, afin de corriger leur représentation insuffisante à des postes électifs ?

• justice : les tribunaux doivent-ils imposer des règlements de discrimination positive afin de remédier à une discrimination passée générale contre les minorités, ou uniquement lorsqu'est établi un cas précis de discrimination, ou doivent-ils s'abstenir de toute action ?

La question n'est pas tant de savoir si ces objectifs sont louables que de savoir comment les atteindre. Les détracteurs de la discrimination positive affirment que celle-ci a largement débordé son cadre originel et que l'application de ses lois coûte des milliards de dollars : la revue Forbes chiffrait ce coût en 1993 à 17, voire 20 milliards de dollars, rien que pour l'administration et le contrôle des programmes.

Les partisans de la discrimination positive répliquent que l'absence d'égalité au sein de la société est plus coûteuse encore, et pas uniquement sur le plan financier. Le ministère du travail estime en effet que dans un proche avenir les deux tiers des personnes accédant au marché de l'emploi seront soit des femmes soit des membres de groupes minoritaires. Il faut leur accorder un accès égalitaire à l'éducation et à l'emploi si on veut assurer le bien-être social, affirment les partisans de la discrimination positive.

Ces dernières années, le débat sur cette question s'est élargi à la notion de classe sociale aussi bien que de race. Les adversaires de la discrimination positive pensent que les programmes de ce genre ont eu pour résultat la naissance d'une nouvelle classe de « victimes » sans rapport avec le niveau de revenu. Un enfant noir de la classe « moyenne », par exemple, est-il plus désavantagé qu'un enfant blanc et pauvre ? Ne faudrait-il pas élaborer des programmes qui favorisent les personnes en fonction de leurs besoins plutôt qu'en fonction de leur race ou de leur sexe ?

Les défenseurs de la discrimination positive estiment, quant à eux, que les exclusions passées se sont exercées en fonction de la race ou du sexe et que, par conséquent, les remèdes doivent porter sur ces deux éléments, du moins pour l'avenir prévisible.

« Contrairement au débat sur les "bienséances politiques" ou sur le multiculturalisme, le débat relatif à la discrimination positive intéresse une large proportion de la population, qui y voit un enjeu personnel », affirme M. Nicolaus Mills, auteur de Debating Affirmative Action. C'est sans doute la raison pour laquelle cette question soulève, depuis nombre d'années, tant de passion lors des campagnes électorales.

Vendredi 8 Août 2003
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