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Discours et positions

En finir avec la discrimination positive… y compris au PS !

Par Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel*, respectivement vice président du conseil général de l’Essonne et conseiller régional d’Ile de France, tribune parue dans Marianne, 1er juillet 2006

Non à des mandats électifs par quota : ils enferment les individus dans le carcan de leurs origines ! La vraie solution républicaine, c'est le mandat unique.



Marianne, n°480
Marianne, n°480
La République n’est pas seulement un cadre institutionnel. C’est un processus, un projet, un ensemble de valeurs. Parmi celles-ci, la laïcité est un phare qui éclaire notre action. Etre laïc, ce n’est pas seulement plaider pour une séparation radicale entre l’espace public et l’espace privé, entre les Eglises et l’Etat. C’est aussi une certaine conception de le la société, débarrassée de la tutelle de tous les clergés. Une société composée d’individus libres et autonomes, capables de s’abstraire de tous les déterminismes.

Militants laïcs, nous souffrons chaque jour davantage devant la progression vertigineuse du communautarisme. La droite, et notamment Nicolas Sarkozy, arguant de l’indiscutable exclusion qui touche les Français pudiquement appelés « issus de l’immigration », propose désormais d’instaurer dans notre pays la méthode anglo-saxonne de la « discrimination positive » qui consiste, peu ou prou, à réserver emplois, fonctions, mandats à des citoyens en raison de leurs origines ethniques, culturelles ou religieuses. Ainsi, le ministre de l'intérieur en charge des cultes cherche désormais des « préfets musulmans ». Il veut encourager une logique de « quotas » dans certains milieux (notamment les plus visibles : médiatiques, politiques) : c’est lui, par exemple, qui incite TF1 dans sa recherche d’un présentateur « black ».
Cette logique, si elle part d’un postulat juste (il faut mettre un terme à la discrimination en raison du faciès ou du patronyme), porte en elle les germes des pires dérives. Outre qu’elle ne permet de réparer une injustice que superficiellement, elle est profondément stigmatisante. Elle enferme les individus dans un carcan, celui de leurs origines. Elle les condamne à se définir prioritairement comme membre d’un groupe.
Cette poussée différentialiste n’épargne aucune sphère de la société, aucune famille de pensée. Ainsi, le Parti Socialiste rentre lui aussi dans cette course folle. En envisageant de « réserver » des circonscriptions aux « minorités visibles » au nom de la « diversité », il tourne le dos aux principes laïcs les plus élémentaires.

Au-delà des arrières pensées politiciennes peu ragoûtantes (les quotas permettent d’éliminer des concurrents gênants ou des minorités politiques), cette décision pose de graves questions. Elle s’inscrit d’abord dans le mythe illusoire et dangereux d’une assemblée qui serait la « représentation-miroir » de la société. Représentation au sens ethnique du terme, car d’un point de vue social, la réflexion semble totalement absente : l’absence de députés ouvriers ne semble plus scandaliser le parti qui a pourtant vocation à représenter la majorité du salariat.

Découper le corps social en autant de « groupes » et autres « communautés » susceptibles d’être représentés, c’est privilégier clairement une grille de lecture différentialiste de la France. C’est choisir l’essence plutôt que l’existence. Dans le débat qui s'ouvre, les différentialistes proposent un outil radical et rapidement mobilisable, le quota. C’est la voie dans laquelle se lance aujourd’hui le PS.

Des circonscriptions « gelées » seront « fléchées » pour un contingent de camarades appartenant aux « minorités visibles ». Camarades choisis par la direction des principales sensibilités en fonction de critères dont la définition échapperont totalement aux militants desdites circonscriptions. Le tout aboutissant à un résultat calamiteux : bien souvent, le gel favorisera des camarades ou des personnalités extérieures au détriment de militants du terrain eux aussi issus de l’immigration mais ne bénéficiant pas de l’audience nationale des premiers. De la discrimination positive à l’arbitraire positif, le pas est rapidement franchi.

Féminisation, rajeunissement, renouvellement : nous souscrivons tous à ces objectifs. La meilleure façon d’y parvenir, ce n’est pas le choix d’une solution à l’anglo-saxonne. Nous en appelons à une réponse républicaine, celle de la respiration démocratique : Elle passe par le non cumul des mandats, y compris dans le temps. Cela demande plus de courage et de volontarisme que les solutions aujourd’hui privilégiées. Comme par exemple d’appliquer aux candidats aux élections législatives de 2007 le principe du mandat unique… principe que le PS envisage de faire figurer dans son futur projet. Alors chiche : sans attendre, donnons l’exemple dès cette élection !

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*Membres des instances nationales du PS


Mercredi 5 Juillet 2006
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