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Entretiens

Entretien avec un élu local : l'exemple du 19ème arrondissement de Paris

Stéphane Le Floch est élu au conseil du 19ème arrondissement de Paris depuis mars 2001 et exerce la fonction d'adjoint au maire chargé de la jeunesse et des sports. Il est également Secrétaire Général au Conseil de Paris, chargé de la coordination et de l'animation des séances du conseil municipal.



Stéphane Le Floch (droits réservés)
Stéphane Le Floch (droits réservés)
Entretien réalisé par courrier électronique

1)En quoi le 19è arrondissement de Paris témoigne-t-il d'un exemple fort de communautarisation de l'espace public ? Quelles en sont les causes ?

Le 19ème arrondissement, de par son histoire et sa situation géographique, est une terre d'accueil. Cet arrondissement s'est enrichi au cours des siècles passés des immigrations successives qui ont forgé son identité. La salle des mariages de la mairie est un témoignage de ce passé. Polonais, Russes, Italiens, Portugais ou personnes originaires du Maghreb sont les immigrants du 20ème siècle. Terre d'immigration, le 19ème arrondissement est aussi une terre de contrastes. C'est dans cet arrondissement que vit la plus importante communauté juive de France. Ce n'est pas pour rien qu'on lui a donné le surnom de « Jérusalem de l'Est ». C'est encore dans le 19ème, dans le parc des Buttes-Chaumont que la jeunesse de confession juive aime à se retrouver les beaux jours. Malgré les évènements douloureux que nous connaissons au Proche-Orient, il existe une vraie harmonie entre les différentes communautés confessionnelles du 19ème arrondissement. Les cas d'incidents sont rares et font toujours l'objet d'une attention particulière. Pour autant, les élus et les pouvoirs publics ont bien conscience que cet équilibre est fragile.


2)En tant qu'adjoint aux sports êtes-vous confrontés à la revendication croissante d'horaires aménagés pour des publics spécifiques dans les équipements sportifs publics ?

En tant qu'animateur de la politique sportive dans le 19ème, je n'ai pas eu à m'opposer à des demandes particulières d'aménagement des horaires ou du fonctionnement des établissements sportifs placés sous ma responsabilité, sauf dans un cas précis : celui d'une association « féminine » souhaitant bénéficier pour sa convenance personnelle d'un personnel municipal exclusivement féminin. Je me suis naturellement opposé à cette demande au nom du principe de la laïcité qui doit régir, à mes yeux, le fonctionnement normal des équipements recevant du public. Il n'entre pas dans les attributions d'un élu de la République de fixer des normes spécifiques selon les convictions spirituelles, culturelles ou politiques de tel groupe d'individus en particulier. En clair, le communautarisme n'a pas sa place dans les installations sportives du 19ème arrondissement.


3)Quel lien établissez-vous entre développement du communautarisme et électoralisme de la part des élus ?

L'erreur serait de croire qu'il existe un vote « musulman, chrétien, bouddhiste ou juif ». En réalité, les convictions religieuses ne font pas les idées politiques. Il n'a jamais été démontré qu'il existait dans le 19ème arrondissement ou ailleurs, un vote réflexe en fonction de sa croyance religieuse. Le temps où le curé donnait ses consignes de vote du haut de sa chaire est révolu. L'école de la République et l'ouverture sur le monde forment des citoyens libres de penser par eux-mêmes et de se déterminer en conscience. Quant aux sectes religieuses lorsqu'elles existent, elles vivent le plus souvent repliées hors du monde. De la même manière, il n'existe pas dans la durée de vote stable propre à une classe sociale déterminée. Ceux qui se servent du logement social comme un outil électoral en sont pour leurs frais. Après un ou deux tours de scrutin, les résultats électoraux s'alignent toujours sur la tendance nationale. Alors, politique communautaire ou pas, si elle existe, elle n'a pas empêché l'alternance dans le 19ème entre la droite et la gauche en 1988, 1993, 1995 lors de ces différents scrutins.

Mardi 21 Octobre 2003
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