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Entretien de Julien Landfried avec Témoignage chrétien : « Une inflation de revendications »paru dans Témoignage Chrétien, 10 novembre 2005Le directeur de l'Observatoire du communautarisme répondait ici aux questions de l'hebdomadaire Témoignage chrétien qui consacre sa Une du 10 novembre à la question "Communautarisme : le faux procès".
Le terme « communautarisme » n'est-il pas un mot-valise que chacun utilise sans trop se soucier de sa définition précise ?
Julien Landfried : Il s'agit en tout cas d'un concept assez récent qui a tout au plus une trentaine d'années. Je crois que son entrée dans le Petit Robert ne date que de 2005. Il règne en effet une espèce de flou autour de ce terme. Ce qui n'empêche pas qu'on puisse chercher à en définir précisément certains sens. Mais sans aller jusqu'au « communautarisme », c'est déjà le terme « communauté » qui pose problème. D'abord parce que les communautés, ça n'existe pas. Montrez-m'en une ! Prenez l'exemple de ce qu'on appelle la « communauté » juive. De quoi s'agit-il ? De tous les juifs de France ? De ceux qui se reconnaissent dans certaines organisations qui se veulent représentatives, tel le Crif ? Dans ce cas, cela concernerait, d'après les chiffres fournis par le Crif, environ 100 000 personnes, sur 600 000 juifs en France. Et encore, ces chiffres ne sont que des compilations du nombre d'adhérents d'organisations qui elles-mêmes adhèrent au Crif, des chiffres indirects, donc. Pour les organisations musulmanes, l'UOIF doit avoir entre 30 000 et 40 000 adhérents, ce qui est très peu par rapport au nombre de musulmans en France. Quant à la « communauté » homosexuelle, une organisation comme Act-up ne regroupe tout au plus qu'une cinquantaine de militants, l'Inter-LGBT est aussi un groupuscule. Parler de « communautés » est la plupart du temps un abus de langage dont usent volontiers les journalistes. Est-ce à dire que l'objet de votre Observatoire n'existe pas ? JL : Non, bien sûr. Nous nous intéressons à l'action et à la stratégie des organisations communautaires qui, elles, sont très concrètes, et parfaitement analysables voire mesurables. Ces stratégies sont diverses mais on peut discerner un certain nombre de constantes, comme un usage systématique de la victimisation, un message volontiers universaliste qui justifie des projets de fait anti-universalistes, un usage du droit qui en transforme complètement le sens. En quoi les revendications communautaires changent-elles le sens du droit ? JL : La loi est là non seulement pour réguler certaines activités mais aussi pour donner un cadre général à la société. Elle est la même pour tous, elle n'est pas là pour régler les problèmes de tel ou tel groupe. D'autant que cela est souvent lié à une sorte de concurrence des « victimes » où l'on perd de vue l'universel. La loi n'a pas à entrer dans ce jeu-là qui conduit à une inflation des revendications sur un mode quasi-consumériste. C'est pourtant ce qui s'est passé avec la loi Gayssot en 1990 à propos du négationnisme, la loi Taubira en 2001 sur la traité négrière ou la loi du 23 février 2005 qui prétend faire enseigner les « bienfaits » de la colonisation. Même chose avec la Charte des langues régionales ou les revendications des homosexuels concernant le mariage ou l'homoparentalité. Certaines mesures de discrimination positive, comme la parité, ne peuvent-elles pas faire avancer les choses ? JL : La parité ne change rien à la réelle fermeture des sphères du pouvoir. Les femmes qui accèdent à des postes convoités sont celles qui sont déjà dans les réseaux de pouvoir. On a moins de « fils de » ou de « neveu de », mais on les remplace par des « filles de » ou des « nièces de ». L'homogénéité sociologique demeure. Le reste n'est pas essentiel. Il peut y avoir aussi des effets pervers à la discrimination positive: on aura par exemple un Arabe de service qui sera réduit à son aspect communautaire. De plus, une fois qu'elle est instituée, il est très difficile de revenir sur une loi soi-disant transitoire instaurant une discrimination positive car de vraies rentes de situation se sont instituées. Toutes ces mesures sont des caches-sexes politiques qui sont prises au moment même où l'on abandonne les questions sociales. Cela illustre bien la dérive de la gauche française du social vers le sociétal. Recueilli par Jérôme Anciberro Le site de Témoignage chrétien Jeudi 10 Novembre 2005
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