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Brèves

Est-il raciste de préférer des locataires français ?

La société de location immobilière Foncia est accusée de racisme pour avoir recommandé à ses agents de considérer la nationalité comme un critère de sélection des locataires.



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Nous vivons à l’ère du lynchage.

Il suffit de quelques heures pour passer de la tranquillité, ou l’anonymat, à la polémique et la vindicte. Dernier exemple en date : Foncia. Jusqu’à mercredi dernier, ce nom évoquait vaguement une société spécialisée dans l’immobilier. Depuis, c’est un nom qui est sali par une accusation de racisme.

Ce jour-là, mercredi 2 novembre 2005, Le Canard Enchaîné a dénoncé les pratiques professionnelles appliquées dans le réseau Foncia (260 agences en France) dans un article intitulé « La préférence nationale fait toit chez Foncia ».

Selon l’hebdomadaire satirique, il est conseillé aux collaborateurs du groupe de tenir compte de la nationalité des candidats à un logement en vue de leur sélection : « L’expérience nous a prouvé par le passé que de nombreux problèmes sont apparus en cours de gestion et au départ de certains locataires n’ayant pas la nationalité française. En cours de gestion, il risque d’y avoir des problèmes non seulement de mode de vie, de coutumes ou d’usages incompatibles avec la bonne harmonie de l’immeuble et de ses occupants, mais aussi de non-respect de certaines normes de sécurité ou utilisation abusive et non-conforme à la destination du local ». (extrait du manuel « La mise en location », daté du 4 octobre 1990). Un principe qui conduit « à privilégier les candidats français ayant leurs attaches professionnelles et familiales sur le territoire ».

Dans la foulée de cette dénonciation du Canard Enchaîné, SOS Racisme s’est empressé de porter plainte contre Foncia. L’association anti-raciste qui, deux semaines plus tôt n’avait rien trouvé à redire au SMS raciste de Fogiel, s’indignait de la « discrimination raciale » pratiquée par Foncia. : "Il apparaît clairement que la société Foncia a donné comme recommandation à ses agents immobiliers de commettre des discriminations fondées sur la nationalité des candidats à la location en privilégiant les candidats français".

On peut certes trouver malheureuse la formulation du manuel de Foncia. Elle rappelle en effet certains propos sur « le bruit et l’odeur » tenus à la même époque par un présidentiable de droite (pour lequel et SOS Racisme et Le Canard Enchaîné ont fait campagne au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002). On peut aussi s’étonner de la défense maladroite des gens de Foncia qui ont commencé par répondre à la presse que le document incriminé était un faux avant de renoncer à ce déni intenable.

Mais de là à accuser de racisme une entreprise et à faire rejaillir l’opprobre sur ces 4.500 collaborateurs…

Les accusateurs de Foncia n’ont pas dû chercher à louer un appart depuis bien longtemps. S’ils l’avaient fait, s’ils avaient connu les files d’attente dans l’escalier, les visites collectives et les dossiers de plus en plus fournis qu’on laisse au propriétaire sans grand espoir, ils se seraient peut-être posé quelques questions avant de jeter la pierre à Foncia. Car, plus que le racisme, le problème soulevé par les pratiques commerciales de Foncia c’est celui des règles que les propriétaires imposent unilatéralement aux locataires potentiels. Du fait du déséquilibre qui existe aujourd’hui sur le marché du logement locatif, les demandeurs sont contraints de s’adapter aux exigences des bailleurs. Or, face à des propriétaires qui cherchent à tout prix à limiter le risque d’impayé, tous les locataires ne sont pas égaux : mieux vaut avoir un bon boulot qu’un emploi précaire, mieux vaut être fonctionnaire que salarié du privé, mieux vaut avoir des parents aisés qu’une mère célibataire sans emploi et, c’est une évidence, mieux vaut être français qu’étranger. En effet, un propriétaire préférera souvent éviter de courir le risque de voir se volatiliser un locataire étranger ou celui de ne pas pouvoir se retourner contre lui en cas d’impayé.

Tant que l'on ne comblera pas le retard pris par la France en matière de construction de logements, un fonctionnaire français bien payé dont les parents disposent d'un patrimoine conséquent aura plus de chances de trouver un appart qu'un pizzaiolo italien en CDD ou qu'un étudiant camerounais. C’est sans doute regrettable mais c’est rationnel. Ca s'appelle la loi du marché et les gouvernements qui se sont succédés depuis trente ans ont étendu son empire.

Alors, tous racistes ?



Samedi 5 Novembre 2005
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