Annoncée par ses animateurs, Virginie Elfira et Magloire, comme un moyen de faire évoluer le regard de la société française sur la question de l'homosexualité, l'émission Follement Gay donne à voir les homosexuels sous un angle extrêmement réducteur.
En effet, dans un décor de boîte de nuit, le programme de l'émission s'articule autour d'extraits de films tels que La Cage aux Folles ou Priscilla, Folle du désert et de séquences de variétés d'artistes connus pour leur homosexualité (Elton John, Freddie Mercury, Village People, Patrick Juvet) ou étiquetés comme "icônes gay" (Rika Zaraï, Chantal Goya).
On le voit bien, Follement Gay accumule les clichés. Mais pouvait-il en être autrement ?
Comment peut-on attirer à une heure de grande écoute un public large et diversifié sur une thématique explicitement minoritaire qui ne sent plus guère le soufre et qui fait l'objet d'une forte exposition au cinéma et dans les médias si l'on en croit le comptage fait par Media-G, l'Observatoire du traitement de l'homosexualité dans les médias (764 émissions de télévision ont abordé le thème de l'homosexualité en 2003) ? Pas en montrant, comme dans un documentaire d'Arte, deux employés de bureau pépères ou un couple d'agricultrices qui se lèvent le matin pour aller traire les chèvres. Non, pour attirer les curieux et faire plaisir aux annonceurs qui vont guetter l'audimat avec anxiété pour mesurer la rentabilité de leurs investissements, il faut du spectacle.
C'est ainsi que, pour les homosexuels, la visibilité que les associations gay n'ont de cesse de revendiquer agit comme un instrument à double tranchant. On l'a déjà vu avec la Gay Pride dont le succès populaire tient davantage à son aspect spectaculaire qu'à la pertinence de ses mots d'ordre. En effet, pour attirer une foule de curieux toujours plus nombreux, la Gay Pride se doit de ne pas décevoir son public émoustillé par l'extravagance prêtée au mouvement homosexuel. C'est pourquoi le défilé fait chaque année la part belle aux quelques drag-queens perchées sur des talons hauts dont l'excentricité occulte les Monsieur-tout-le-monde qui sont pourtant bien plus représentatifs de l'homosexualité ordinaire. L'exigence de visibilité est une machine à produire du cliché en subordonnant la réalité à l'imaginaire. De la même façon que les touristes vont en Amérique latine pour y voir des indiennes à chapeau portant leur bébé dans un tissu chamarré qui n'existent plus guère qu'en Bolivie, les badauds qui constituent le gros des troupes de la Gay Pride s'y rendent pour voir des tee-shirts moulants, des cheveux décolorés et des piercings se mêler dans une ambiance lascive. Et il ne faut pas les décevoir si l'on veut faire du chiffre. The show must go on… Et tant pis s'il faut pour cela tomber dans la caricature.
Follement Gay est une illustration supplémentaire de cette mécanique implacable, ce qui explique que cette émission soit décriée par de nombreuses voix homosexuelles. Lorsqu'elle est claironnée à tout va, l'homophilie -revendiquée notamment par M6- peut rejoindre l'homophobie la plus crasse en sombrant dans les poncifs les plus éculés : avec une telle représentation de l'homosexualité, est-on si loin des "phénomènes de foire" dont parlait Brigitte Bardot dans un livre qui lui a valu à juste titre une volée de bois vert l'année dernière?