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Charasse : l'Europe menace le modèle républicain

Dans un récent entretien accordé à Valeurs actuelles, le sénateur (PS) du Puy-de-Dôme , qui se définit comme un « laïc sourcilleux et intransigeant », revient sur ses craintes pour l'avenir du modèle républicain français face à une Europe qui ne le partage pas.



Michel Charasse (droits réservés)
Michel Charasse (droits réservés)

L’Europe fournit-elle une réponse ?
Je suis partisan de la construction européenne : elle nous apporte la paix dans la liberté. Mais nous sommes aussi en train de renoncer à des pans entiers de notre souveraineté. Le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas en Europe un seul pays républicain comme la France. Je suis donc effrayé qu’on donne le pouvoir à une communauté d’Etats qui n’est pas et ne sera jamais républicaine comme la France.

C’est que l’Europe n’est pas la France en plus grand…
Non. Et je crains pour la conception française de la République qui repose entièrement sur la souveraineté du peuple et sur la neutralité de l’Etat. Prenez l’exemple de la Banque européenne : elle n’est ni élue ni contrôlée par personne. Sur un sujet aussi régalien que la monnaie, l’Europe a confié le pouvoir à une communauté de banquiers. Vous voyez Philippe Le Bel accepter cela ? Aucun peuple, aucun Etat ne peut être gouverné par des organes sans légitimité populaire.

C’est précisément pour cela que la Constitution Giscard y remet de l’ordre…
Je suis très pessimiste sur le résultat d’un référendum sur le sujet en France. Je suis même prêt à prendre le pari : c’est le “non” qui peut l’emporter. Les gens voteront “non”, et encore plus s’ils ne peuvent pas s’exprimer sur l’élargissement de l’Europe, parce qu’à tort ou à raison ils ne supportent plus de payer pour les autres. Et ils s’y opposeront plus encore parce qu’ils craindront que nos traditions républicaines et populaires françaises soient remises en question par des règles venues d’Europe du Nord, d’Allemagne ou d’ailleurs et qui ne correspondent pas à notre tempérament.

Si nous légiférons contre le port du voile à l’école, les tribunaux européens ne viendront-ils pas casser nos décisions ?
C’est le même problème. Les tribunaux français jugent « au nom du peuple français », mais la Cour européenne, au nom de qui ? de personne ! Surtout pas de la laïcité ! Seulement des idées personnelles que les magistrats se font de la morale, du droit et de la justice : c’est un peu court, et nous n’avons pas fait la Révolution en 1789 pour cela !

[...]

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Valeurs actuelles, n°3478, 25 juillet 2003.

Vendredi 12 Septembre 2003
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