Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme


Articles

Jurisprudence communautaire

La réponse des responsables politiques à certains faits divers entraîne une surenchère communautaire désastreuse.



M. Kamel Kabtane, président du CRCM de Rhône-Alpes (droits réservés)
M. Kamel Kabtane, président du CRCM de Rhône-Alpes (droits réservés)
Depuis que les responsables politiques, plutôt que de prendre le temps d'analyser les faits et laisser s'appliquer la loi, deviennent des spécialistes en communication, amateurs de communiqués de presse (1) et d'inflation législative, les responsables communautaires deviennent des adeptes d'analyse de la concurrence.

La règle est la suivante : pourquoi n'aurais-je pas (au moins) autant que le voisin ?

Après que la classe politique a surréagi à l'incendie du lycée juif de Gagny en se fendant de déclarations aussi indécentes qu'inutiles, une jurisprudence se fait jour.

Ainsi l'indendie de deux mosquées à Annecy a entraîné une véritable injonction de Kamel Kabtane (voir photo), le président en Rhône-Alpes du Conseil Régional du Culte Musulman (CRCM), qui déplorait la lenteur de la réaction des responsables politiques. Bien lui en a pris : le président de la République en personne lui passait peu après un coup de fil et le Ministre de l'Intérieur faisait le déplacement à Annecy, déclarant : "Lorsqu'un lieu de culte est incendié, qu'il s'agisse d'une mosquée, d'une synagogue ou d'une église, cela ne concerne pas seulement les fidèles mais l'ensemble de la communauté nationale"

Dans le même registre, André Santini, candidat UDF à la présidence de la région Ile-de-France, a déclaré entre deux promesses communautaires : "agresser la communauté homo, c'est agresser les valeurs de la République".

Une question survient dès lors, qui devrait faire réfléchir les brillants esprits politiques auquels l'époque nous condamne : agresser une personne âgée, un aveugle, un enfant, une femme, une personne de forte corpulence, etc., est-ce moins grave ?

En donnant le sentiment que l'unité de la loi républicaine est négociable, les élus rendent un bien mauvais service à la concorde civile !

-----------------------------------
1)"Tourner sept fois sa langue dans sa bouche...", Observatoire du communautarisme, février 2004
2)Les responsables musulmans déplorent le temps de réaction des politiques après l'incendie de deux lieux de culte, Cyril Bellivier (à Annecy) et Xavier Ternisien, Le Monde, 08/03/2004

Samedi 13 Mars 2004
Lu 9321 fois


Articles | Ouvrages | Entretiens | Références | Tribunes