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L'« anti-communautarisme » sélectif et circonstanciel de Phillipe de VilliersLe vibrionnant président du MPF (Mouvement Pour la France), candidat déclaré du « patriotisme populaire » aux élections présidentielles de 2007, est l'auteur récent de déclarations tonitruantes stigmatisant « l'islamisation progressive de la société française, qui est en train de basculer dans le communautarisme», « la guerre civile ethnique » (1) et propose la « création d'une garde nationale pour contrôler les mosquées dans les quartiers islamiques ». L'« agité du bocage » vendéen déploie décidément beaucoup d'énergie pour mériter le sobriquet dont l'affuble chaque semaine un hebdomadaire satirique paraissant le mercredi, et pour ressembler à sa marionnette dans une non moins célèbre émission parodique. Osons dire qu'il nous fait, ces derniers temps, beaucoup moins rire.Janissaires et Turcopoles
Philippe de Villiers (droits réservés)
Bon public, ne dédaignant pas à l'occasion le comique de situation, nous avions beaucoup souri de voir le citoyen Villiers, dont le parti promeut l'abrogation de la loi Falloux et fait siennes des positions proches de celles de l'église catholique concernant l'avortement et l'euthanasie, se présenter, à l'occasion de la campagne référendaire et après tant d'autres nouveaux convertis, en chantre de la laïcité. Sa croisade contre l'adhésion de la Turquie à l'union européenne, quoi qu'on pense par ailleurs de cette éventualité, nous semblait, dans sa forme, nettement plus ambiguë compte tenu d'un référentiel implicite à une version très confessionnelle de l'identité nationale. Il ne faut jamais forcer son talent, car avec ce nouvel « appel au djihad », notre « bouffon du roi » vire insensiblement au camelot.
Dans la bouche du président du Conseil général de Vendée, l'anti-communautarisme devient très vite un slogan dont la cible principale, pour ne pas dire exclusive, est constituée de ces populations françaises ou résidant en France dont l'histoire personnelle les relie d'une façon ou d'une autre à la culture arabo-musulmane. Sans méconnaître le prosélytisme de prêcheurs radicaux, héritiers présomptifs des Frères musulmans ou disciples sourcilleux du prophète, ni le repli « communautaire » de quartiers-ghettos - prosélytisme et repli par ailleurs largement encouragés par de nombreux élus et la pratique de certains bailleurs sociaux, on a du mal à se résoudre à son intuition prophétique (auto-réalisatrice ?) d'une « guerre civile ethnique » qu'il conviendrait de circonvenir par des moyens militaires, ceux d'une « garde nationale » à créer. L'un des problèmes d'une telle vision, c'est qu'elle se heurte au principe de réalité. Les associations qui se revendiquent de l'Islam en France n'ont tout d'abord nullement le monopole d'un discours politique « communautaire ». Pour l'en convaincre, on ne saurait trop conseiller à Monsieur de Vicomte de parcourir plus fréquemment les colonnes de l'Observatoire. A moins bien sûr, qu'il n'ait déjà décidé qu'il existe certaines formes de communautarisme plus bénignes ou plus respectables que d'autres. Ensuite, la plupart des études nous indiquent que le double amalgame d'une ethnicisation de la question sociale et d'une confessionalisation de la question ethnique qui fonde cette théorie ne suscite que peu d'enthousiasme au sein du groupe concerné, plus demandeur, dans son écrasante majorité d'une application effective des principes républicains. Enfin, par ce que l'« état de siège » qu'elle impliquerait n'a que fort peu de chances de rencontrer l'adhésion d'une majorité de citoyens, quand, dans le même temps, le renforcement de la lutte contre l'islamisme par la création de « pôles régionaux de lutte contre l'islamisme radical » délivre ses premiers résultats. Ce n'est donc pas en raison de sa valeur explicative ou prédictive que cette version locale du « choc des civilisations » présente, pour l'animal politique souvent talentueux qu'est le président du MPF, un intérêt particulier, mais comme outil au service d'une entreprise nettement plus intéressée. Une occasion inespérée
La rumeur va bon train. Bon pied bon oeil il y a quelques années encore, l'éphémère député poujadiste, leader historique et indéboulonnable du Front National serait malade. Et même s'il ne l'était pas, les dures lois de la statistique laissent présager une inéluctable et prochaine disparition du "menhir", à laquelle sa créature politique aura bien du mal à survivre.
Car c'est une règle assez généralement vérifiée dans ce type de mouvements, où le « führerprinzip » joue un rôle essentiel. Plus encore, le « Front » est historiquement issu du regroupement de fractions et groupuscules qui auraient en d'autres circonstances toutes les raisons idéologiques de s'étriper sans l'intuition initiale de son démiurge : autoriser la double appartenance, au parti et au mouvement d'origine. Quoi de commun entre les adeptes de la messe en latin de la Fraternité Saint Pie X, les « pro-life » proches de l'Opus Dei, les anciens OAS et les soldats perdus de l'Algérie Française, les nostalgiques du Maréchal et les vieilles gloires de la collaboration, les monarchistes légitimistes et les maurassiens contempteurs des « quatre états confédérés », les nationaux-révolutionnaires partisans d'un « communautarisme européen » et les intellectuels païens de le « nouvelle droite », les ultra-libéraux conservateurs et atlantistes, les autonomistes régionaux défenseurs des « petites patries » contre le jacobinisme déclinant de l'Etat Républicain ? Pas grand chose à part le culte du chef et de l'autorité. Naguère encore, l'héritier Lambert pouvait se permettre de réduire au quasi-silence les infâmes « traîtres méghrébins » (2) qui suivirent « Naboléon » dans sa tentative de « pu-putsch », grâce à l'intercession providentielle de la justice républicaine qui lui rendît les clefs du coffre. Aujourd'hui usé, vieilli et fatigué, le commandant du « paquebot » de la rue Vauguyon hésite encore à désigner son successeur. Il faut dire que ni l'universitaire révisionniste lyonnais, ni la seule fille qu'il n'ait pas désavouée (et qui affecte de ne pas apprécier les dérapages verbaux de son géniteur, qui sont pourtant consubstantiels de l' « identité frontiste ») n'ont le charisme et le talent politique pour poursuivre l'oeuvre du fondateur, qui n'a même pas l'assurance de pouvoir se présenter au prochaines présidentielles, si d'aventure le hasard lui prêtait la vie et la santé. Rien d'étonnant à ce que l'éclatement annoncé du parti d'extrême-droite suscite des convoitises à la droite de la droite parlementaire et que ses électeurs deviennent les cibles privilégiés d'opérations de séduction très ostentatoires. La danse du ventre
Assurément, Phillipe le Jolis de Villiers de Saintignon n'est pas le seul à lorgner sur la déroute probable du parti lepéniste.
La surenchère sécuritaire et populiste du sieur de Nagy-Bocsay qui rêve de faire « payer les juges » qui appliquent la loi relève sans doute d'une tentative du genre. Mais son clientélisme multi-communautaire et sa vision « à l'américaine » de l'action politique lui aliène une grande partie des courants historiques de l'extrème-droite française, à l'exception des libéraux conservateurs. D'autres comme le souverainiste républicain Jacques Myard, co-signataire d'une proposition de loi parlementaire rétablissant la peine de mort, s'essaient aussi à l'exercice. Minoritaire dans le parti majoritaire, adversaire déclaré du bouillant ministre de l'intérieur, il peut tout au plus espérer ramener dans le giron de l'ex-parti gaulliste quelques anciens combattants ou identitaires. Le président du conseil général de Vendée dipose, quant à lui, de sérieux atouts pour s'octroyer la part du lion dans le dépeçage de l'animal blessé. Aristocrate vendéen, héritier des valeurs d'une droite catholique conservatrice qui n'a jamais accepté 1789, patriote plus que républicain, il fait preuve d'un talent oratoire certain, et dispose d'un appareil partisan à son service exclusif. Son positionnement est aussi celui qui se révèle le plus compatible avec le plus grand nombre des tendances de la « droite nationale ». D'ores et déjà, 37 % des 7.000 nouveaux adhérents engrangés par le MPF à l'occasion de la campagne du « non de droite » sont d'anciens militants FN. Si les transfuges sont encore rares parmi les cadres, l'appel lancé lors de la dernière université d'été a le mérite d'être explicite, et le transfert pourrait s'accélérer si le parti lepéniste venait à rencontrer de nouvelles difficultés, notamment dans la candidature de son président aux prochaines présidentielles, qui, ne l'oublions pas, seront suivies de législatives, et, un an plus tard, de municipales. Les avaries du « paquebot » pourraient alors susciter des vocations. Mais il lui faut aussi conquérir un électorat souvent peu impliqué dans les subtilités doctrinales. A ceux-là, on va proposer du « Le Pen Light », une sorte de générique de substitution débarrassé de la réputation sulfureuse de la drogue originale. C'est ce qui explique la radicalisation du discours du Vicomte. Sous l'impulsion, dit-on, de son « spin doctor » Guilaume Peltier, ancien membre du bureau du FNJ (mouvement de jeunesse du FN) passé par le MNR (Mouvement national républicain), c'est l'ensemble des thématiques frontistes qui sont reprises, revisitées et réinterprétées par le notable vendéen. Une véritable entreprise de clonage programmatique qui s'étend jusqu'aux mesures préconisées (cf. la création d'une "garde nationale"). La différence ? Le président du MPF, ou ses conseillers, sont plus malins, et plus modernes. Inutile de s'exposer au risque d'une sanction judiciaire infamante en stigmatisant les maghrébins («les gris » (2) dans le vocabulaire des militants frontistes) puisque l'actualité leur fournit un substitut « politically correct » et directement opératoire avec « les islamistes ». Et puisque Monsieur Sarkozy est le premier à théoriser la confessionalisation de l'appartenance à des minorités ethniques visibles, pourquoi se gêner ? La lutte contre le « communautarisme » a parfois bon dos, et la cuisine électorale une drôle d'odeur. ___________________________________________________________________________________________ (1) Pour un pot-pourri des récentes déclarations du président du MPF, voir les pages "Politique" des quotidiens nationaux. (2) Specimens d'humour frontiste d'origine contrôlée. Pour se faire leur propre idée des convergences programmatiques entre le MPF et le FN, les lecteurs tireront profit de la consultation des sites internet de ces mouvements, dont les adresses respectives (URLs) leur seront indiquées par leur moteur de recherche préféré. Lundi 12 Septembre 2005
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