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Brèves

L'autre affaire de « corsisation » des emplois

Survenue en fin d'été, la révolte des « capésiens » de Corse est presque passée inaperçue. Elle constitue pourtant l'exemple édifiant d'une corsisation rampante des emplois en vigueur depuis des années et qui pourrait bien, de surcroît, entrer prochainement dans les textes.



(droits réservés)
(droits réservés)
Fin août dernier, le rectorat de l'académie de Corse était sens dessus dessous. Début juin, trente-cinq enseignants fraîchement diplômés du CAPES avaient reçu leur affectation : Paris, Créteil, Nice... Tollé chez les jeunes fonctionnaires frais émoulus. Depuis une quinzaine d'années s'est en effet installée en Corse une sympathique dérogation : échappant à la règle commune à tous leurs collègues, les capésiens se trouvaient affectés en priorité sur l'île, ce qui leur permettait d'échapper à la délocalisation dans telle ou telle ZEP de la banlieue parisienne... Mais cette année, subitement, on leur impose un premier poste sur le continent ! Protestations, manifestations... le bras de fer dure tout l'été et, fin août, ces jeunes profs, sous aiguillonnés par les nationalistes, organisent un sit-in devant le rectorat. Rien n'y fait ; l'administration se montre inflexible. Le 23 août, un bref affrontement avec les policiers venus rouvrir l'accès au bâtiment rencontre quelques échos dans la presse nationale et sur Revue républicaine (1) mais si l'entrée du rectorat est libérée, le dossier, lui, reste toujours bloqué. Finalement, le 31 août, les manifestants lèvent le camp et semblent prendre acte de leur défaite. Quelques jours plus tard, un engin explosif détruit, comme par hasard, l'entrée annexe du rectorat. L'œuvre sans doute d'un sympathisant de leur cause marqué par le dépit... C'est sur ce bouquet final de style très local que s'achève l'épisode. « Sous la pression et la menace d'être considérés comme démissionnaires », affirme Pascal Peri, l'un des porte-parole du collectif des jeunes capésiens, les jeunes obtempèrent... mais gageons qu'ils retourneront à la charge le moment venu.

Car c'est là la fin d'un épisode, non celle de l'histoire. L'administration, soucieuse de tenir fermement la barre sur sa décision de mettre un terme à cette dérogation, réaffirme que celle-ci ne pouvait être considérée comme un « droit acquis », mais on apprend dans le même temps que les autorités académiques et le préfet de la région de Corse, Pierre-René Lemas, n'ont rien trouvé de mieux à opposer aux contestataires que des arguments budgétaires et d'organisation, comme si le principe d'égalité de traitement était, en Corse, insuffisant voire inconvenant... D'ailleurs le préfet lui-même affirme, comme pour s'excuser de faire appliquer le droit commun : « Cependant, il y a un an, nous avons mené une concertation avec les syndicats de l'enseignement pour mettre au point un dispositif de bonification d'ancienneté, afin que les professeurs d'origine corse puissent revenir sur l'île au bout de trois ans. »

En d'autres termes, l'administration discute avec le STC-Educazione - branche du très nationaliste Syndicat de travailleurs corses - et le SGEN Corsica pour la mise « hors normes » de l'académie de Corse. Comme le précise un des jeunes capésiens, il faudrait selon eux que le problème, qui ressurgit à chaque rentrée scolaire, se règle par la mise en œuvre de « mesures spécifiques prenant en compte l'enracinement bonifié par la compétence en langue corse », tant pour les affectations des capésiens formés dans l'île que pour les mutations en Corse des enseignants qui en sont originaires (2). Pourquoi certes se priver de demander davantage alors que l'État a pris l'habitude d'accorder à l'académie de Corse une traitement à part ? Le CAPES de langue corse, par exemple, a fait l'objet de dispositions tout à fait particulières. Comme s'en étonnait un élu territorial, « aberration pédagogique, [il] est le seul de France à ne pas être bilingue, alors que les linguistes recommandaient de l'associer au latin ou à l'italien. Mais, poursuit-il, l'objectif était de créer des emplois pour des militants nationalistes ! » (3)

Et d'ailleurs, les conseillers de l'Assemblée territoriale ne sont visiblement pas insensibles à ces arguments puisqu'ils ont récemment adopté, à l'unanimité et sans provoquer la moindre émotion sur le continent, une motion réclamant l'ancrage, à compter de l'année 2005, les postulants de l'académie sur l'île... Si ce n'est pas de la « corsisation » des emplois, qu'est-ce donc ?

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Texte tiré du site partenaire Revue Républicaine

1) Voir « Les capricieux capésiens corses », 25 août 2004.
2) Cité dans Le Figaro, 31 août 2004.
3) Cité dans Éric Conan, « Ce que dit la majorité silencieuse », L'Express, 4 décembre 2003.

Lundi 27 Septembre 2004
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