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L'outre-maire de Paris

Extrait du livre Pariscide, Les gâchis de l'ère Delanoë, de François Devoucoux du Buysson, éditions La Table ronde, 2005

Coup de projecteur sur les multiples attentions dont font l'objet les parisiens originaires des Antilles de la part de la municipalité parisienne. Non sans arrière-pensées électoralistes car, pour le maire de Paris, comme pour ses prédécesseurs, la population issue des départements d'outre-mer est un enjeu de taille.



Editions La Table Ronde (droits réservés)
Editions La Table Ronde (droits réservés)
En Ile-de-France la population originaire de Guadeloupe et de Martinique avoisinerait 300.000 personnes, avec une plus grande concentration dans les banlieues situées au nord et à l'est de la capitale. Dans Paris intra-muros, les Antillais ont pour la plupart élu domicile dans le 19ème et le 20ème arrondissement.
Des arrondissements qui sont au cœur du dispositif assurant une majorité à Bertrand Delanoë et ses alliés.

En majorité fonctionnaires, les Antillais sont particulièrement bien représentés dans l'administration parisienne. On estime ainsi leur nombre à environ 5.000 à la mairie de Paris sur un total de 40.000 fonctionnaires municipaux. En outre, on recense 12.000 Antillais parmi les agents de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris et 2.500 au Centre d'action sociale de la Ville de Paris. C'est dire si le bien-être de cette population est essentiel à la paix sociale au sein de l'administration parisienne. On mesure mieux à cet étalon l'importance de la mission confiée par Bertrand Delanoë à sa collaboratrice George Pau-Langevin.

Plus qu'une simple collaboratrice de cabinet, George Pau-Langevin occupe aux côtés du maire de Paris la fonction d'adjointe officieuse à la communauté antillaise. Bertrand Delanoë a d'ailleurs créé spécialement pour elle une « délégation générale à l'outre-mer » dont les attributions couvrent de nombreux domaines. Outre l'organisation de manifestations culturelles spécifiques (carnaval, concerts...) et la « valorisation des artistes originaires des DOM-TOM », George Pau-Langevin assure la relation avec les élus d'outre-mer. En tant que déléguée générale à l'outre-mer, elle supervise aussi le Centre Municipal d'Action et d'Information pour les originaires des DOM-TOM, un organisme chargé de « faciliter les démarches administratives des natifs ou originaires de l'Outre-Mer et de favoriser leur insertion professionnelle et sociale dans la capitale ». En d'autres termes, un bureau de placement communautaire.

Curieusement, ces tombereaux d'attentions particulières ne satisfont pas l'ensemble de la population à qui ils sont destinés. En effet, malgré la part considérable des Antillais parmi les employés de la Ville de Paris, les plus revendicatifs d'entre eux -comme le très virulent Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais-, se plaignent de subir des discriminations. Décidément prêt à se mettre en quatre pour les Parisiens des DOM-TOM, Bertrand Delanoë s'est empressé de confier à George Pau-Langevin la tâche d'engager une « réflexion sur le statut spécifique des Agents de la Ville de Paris originaires d'outre-mer » et de mener une étude sur la discrimination. Quant on sait que plus de 90% des agents antillais de la Ville de Paris n'ont pas de diplôme, on ne peut s'empêcher de penser qu'une telle enquête à quelque chose d'indécent dans une ville qui a un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale. Si les fonctionnaires des DOM-TOM sont frappés de discrimination à Paris, c'est de discrimination positive qu'il s'agit !

Les attributions de George Pau-Langevin sont si étendues qu'elles empiètent sur celles des adjoints au maire. Ainsi, les dossiers de subvention aux associations antillaises sont traités en amont par l'inévitable " déléguée générale" avant d'être soumis au vote du Conseil de Paris par Marie-Pierre de La Gontrie, l'adjointe chargée des associations.

D'ailleurs, la municipalité sait se montrer généreuse lorsqu'il s'agit de subventionner tout ce qui porte l'étiquette de « l'identité antillaise ». De ce point de vue, la séance du Conseil de Paris de septembre 2004 mérite de rester dans les annales. En un clin d'œil, une vingtaine de subventions sont attribuées à des associations au nom fleurant bon les îles. Rien que pour l'organisation du Carnaval Tropical de Paris, c'est toute une brochette d'associations folkloriques (Karaïb+, Zebe Citronnelle, Calypsociation, Tout Neg En Transit, l'Association des Musiciens d'Outre-Mer…) qui se partagent plus de 60.000 euros. Mais la générosité des élus avec l'argent des Parisiens ne s'arrête pas à quelques chars colorés. Ce jour-là, dans un bel enthousiasme, on finance aussi bien des groupes à vocation culturelle (des troupes de théâtre, comme La Compagnie de la Comédie Noire, Espace Caraïbe ou Guyane Art Théâtre, et les danseurs de salsa d'Afro Caraïbe Culture) que des associations à but ouvertement communautaire telles que la Fédération des Associations et Organisations d'Intérêt pour les Originaires des Antilles Guyane (FAAG).

Hasard ? Cette cascade de subventions intervenait quelques semaines à peine après un voyage officiel de cinq jours de Bertrand Delanoë dans les Antilles. Un voyage qui, selon un communiqué de la mairie, avait pour but de « renforcer les liens entre les départements d'outremer et Paris ». Noble intention, assurément. Néanmoins, on ne se souvient pas que Bertrand Delanoë ait entrepris une tournée à Lille, Roubaix et Tourcoing pour renforcer les liens entre les ch'timis et la capitale.

On croyait que la drague électoraliste des Antillais était l'apanage de la droite parisienne depuis que le chanteur Frankie Vincent avait apporté son soutien à la candidature de Jean Tibéri, n'hésitant pas à le faire se trémousser sur les estrades électorales (« Vas-y Titi, c'est bon, vas-y Titi, c'est bon bon bon… »). On se trompait.


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François Devoucoux du Buysson est co-fondateur de l'Observatoire du Communautarisme et du Perroquet Libéré
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Quatrième de couverture de Pariscide, Les gâchis de l'ère Delanoë de François Devoucoux du Buysson, La table ronde :

Loin des espérances suscitées par son élection surprise en 2001, voici la vérité que Bertrand Delanoë ne peut plus cacher.
Loin des mises en scène de sa personne et de sa politique-spectacle, voici les vrais résultats d’une gestion qui allie despotisme et impuissance.
Loin du renouveau promis, voilà la révélation de pratiques clientélistes, de gabegies et d’abus qu’on croyait révolus.
Loin des slogans et de la propagande sur « le nouvel art de vivre urbain », voici le tableau cru des problèmes de millions d’habitants laissés en jachère.
Loin de la vision idyllique véhiculée par les fêtes à répétition et les discours démagogiques, voici comment, derrière les extravagances de la culture bobo, Paris agonise.
Loin de son rêve présidentiel, voici comment, à force de réduire la politique à la communication et au communautarisme, le maire échoue banalement.

Une enquête sans précédent, qui fait la lumière sur les réseaux de Bertrand Delanoë, les nouvelles affaires de la mairie, et en révèle les dossiers cachés. Un portrait sans concession du maire de Paris au moment où celui-ci affirme ses ambitions nationales. Un essai drôle, impertinent, ravageur.


Sommaire de Pariscide :

Introduction : Mourir sur Seine

1ère partie : Une Nouvelle Ere... de déjà vu
1 : La permanence du système politique parisien
2 : Le clientélisme municipal

2ème partie : Tout sur mon maire
1 : Mon maire, ce héros
2 : La technique du double com

3ème partie : Quand Paris devient Versailles
1 : Vers la ville-musée
2 : La Cité interdite
3 : A la Cour du Maire-Soleil

Conclusion : Paris, c'est fini ?




Mardi 10 Mai 2005
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