L'interassociative lesbienne, gay, bi et trans (LGBT) demande au président de l'UMP de prendre des sanctions contre un député de son parti, Christian Vanneste, pour des propos exprimés à la radio.
Invité le 11 mai à s'exprimer dans l'émission de radio de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 (
cliquer ici), Christian Vanneste a réitéré ses critiques à l'égard de l'homosexualité, qui lui avaient valu une condamnation pour injure du tribunal en janvier 2006 (1). Le député a estimé que les
"comportements homosexuels sont objectivement désordonnés".
"Moi je n'ai rien contre les homosexuels", a-t-il ajouté, mais
"je suis tout à fait hostile aux mouvements homosexuels qui sont des mouvements intellectuellement terroristes". Revenant sur sa condamnation par le tribunal correctionnel de Lille, il a dénoncé
"un véritable attentat contre la démocratie, attentat fait au profit d'un lobby qui est un lobby terroriste sur le plan intellectuel (...) C'est ce qu'on appelle les khmers roses " . Des propos qui ont suscité la colère du président de Pink TV, Pascal Houzelot, lui aussi invité par Morandini (qu'il a bien connu à TF1 à l'époque où ce dernier lançait le concept prometteur de "télé-poubelle") qui a immédiatement menacé le parlementaire UMP de poursuites.
C'est cet échange qui a inspiré à l'Inter-LGBT un communiqué vengeur, immédiatement reprise par de nombreux médias (2). La réaction de l'Inter-LGBT mérite d'être analysée en détail.
Ainsi, les militants de l'Inter-LGBT estiment que le député du Pas-de-Calais s'est
"exprimé avec violence contre les homosexuels, en parlant de « comportements désordonnés » et en qualifiant l'homosexualité de « trouble »". Pire aux yeux de l'Inter-LGBT, Christian Vanneste
"s'en est également pris aux mouvements associatifs, qualifiés de « terroriste » et accusés de commettre des « attentats contre la démocratie »". A vrai dire, outre le fait qu'il n'y a pas là de quoi fouetter un chat, l'honnêteté intellectuelle exige de procéder à quelques rappels :
1) La notion de
"sexualité désordonnée" provient directement du catéchisme de l'église catholique, une référence qui n'est pas rare chez les élus provinciaux de droite comme Christian Vanneste.
2) L'évocation du caractère
"trouble" de l'homosexualité ne date pas d'hier : on la trouve notamment sous la plume d'icônes de la gauche comme Marguerite Duras (dans sa pièce intitulée
"La maladie de la mort") ou encore Jean Genet que l'on ne saurait soupçonner d'homophobie...
3) La référence au
"terrorisme" a été tronquée par l'Inter-LGBT dans la mesure où Christian Vanneste a parlé de
"terrorisme intellectuel".
4) Le vote de la loi anti-homophobie (en vertu de laquelle a été condamné Christian Vanneste) a en effet procédé d'un
"attentat contre la démocratie" dans la mesure où il a été arraché aux députés par le mouvement gay alors même que la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) avait donné un avis défavorable à ce texte en raison de la menace qu'il faisait peser sur la liberté d'expression tandis que l'association Reporters Sans Frontières s'inquiétait du rétablissement, à la faveur de cette loi, de peines d'emprisonnement pour des délits de presse.
Recourant à la bonne vieille technique de l'amalgame, l'Inter-LGBT n'hésite pas à relier les propos critiques du député à des actes de violence commis sur des homosexuels :
"ces propos contribuent à relativiser la gravité de récents crimes homophobes, ils encouragent même de telles violences".
Mais la deuxième moitié du communiqué de l'UMP révèle le propos véritable de l'Inter-LGBT :
"En s'accommodant de la présence dans ses rangs d'un tel agitateur haineux, Nicolas Sarkozy accepte qu'au nom du parti qu'il préside, des millions de nos concitoyens soient régulièrement injuriés sur les ondes. (...) En ce premier semestre 2006, d'autres épisodes sont venus dégrader les relations entre l'UMP et le monde associatif LGBT : attaques mensongères de la candidate UMP à la Mairie de Paris contre les subventions reçues par les associations, pétition de parlementaires contre l'homoparentalité, etc. Pour l'Inter-LGBT, il y a urgence à clarification. L'Inter-LGBT demande donc, une fois encore, de rencontrer dans les meilleurs délais Nicolas Sarkozy, afin qu'il précise enfin la position officielle de l'UMP sur toutes ces questions, et qu'il indique la façon dont il entend la rendre publique".
Il est assez piquant de constater l'importance qu'accorde une association aussi proche du PS et des Verts que l'Inter-LGBT (qui organise chaque année la Gay Pride où elle réserve la tête du cortège à Bertrand Delanoë et Noël Mamère et qui est soutenue matériellement par la municipalité de gauche à Paris) aux rapports entre Nicolas Sarkozy et les élus de son parti. Il faut probablement y voir une volonté de la gauche, très en pointe sur les revendications des communautaristes gay, de placer le président de l'UMP (qui a notamment soutenu le vote des mesures répressives contre l'homophobie et aligné les avantages fiscaux du pacs sur ceux du mariage) devant ses contradictions.
Cette polémique, destinée à intimider les personnalités qui osent encore émettre des critiques à l'encontre des communautaristes gay et à empêcher la droite d'être
"de droite" a tout de la tempête dans un verre d'eau. Elle en dit long néanmoins sur l'état du débat public en France où les contradicteurs ne prennent plus la peine de discuter mais se menacent respectivement du tribunal.
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(1) Lire les propos qui ont valu une condamnation à Chritian Vanneste :
cliquer ici
(2) Lire l'article, directement inspiré du communiqué de l'Inter-LGBT, qu'a publié le site Permanent Obs :
cliquer ici
Lire le communiqué de l'Inter-LGBT
Lire le point de vue de Christian Vanneste sur son blog