|
Abonnement à la lettre d'information
Menu
Rubriques
Recherche
Cap Vivre Ensemble | Recherches sur le nationalisme basque
GRIB (Groupe Information Bretagne) | Recherches sur le nationalisme breton
L'école en débat : le blog de Sophie Ernst
Les sites dédiés de l'Observatoire
|
Tribunes
La Catalogne prend le largePierre Hillard, Docteur en science politiqueLe nouveau statut de la Catalogne a été approuvé par 73,9% des votants, mais avec une abstention relativement décevante de 50,59%. Les Catalans se hissent ainsi à un niveau qui frôle l'indépendance, selon le chercheur Pierre Hillard. En ce début de XXIè siècle, l'Espagne est engagée dans une spirale politique qui ne peut aboutir qu'à un éclatement complet du pays. Les dirigeants catalans ont su s'imprégner des mesures ethno-régionalistes développées à Bruxelles pour les appliquer au niveau de la Generalitat. En effet, pour bien comprendre les bouleversements qui touchent la péninsule ibérique mais aussi toute l'Europe, il faut rappeler le travail étroit des indépendantistes catalans, mais aussi basques ou galiciens, pour ne citer qu'eux, en liaison étroite avec les Allemands au sein des instances européennes pour insuffler un modèle politique d'inspiration germanique. C'est en particulier la mission du Comité des Régions.
La décomposition des nations Européennes : de l'union euro-atlantique à l'Etat mondial, Pierre Hillard, éditions Francois-Xavier De Guibert, 2005
Le 18 juin est une grande date dans l'histoire de France. Désormais, ce chiffre fétiche est aussi espagnol. En effet, la Catalogne a obtenu le renforcement de ses compétences avec l'adoption d'un nouveau statut. Approuvé par 73,9% des votants, mais avec une abstention relativement décevante de 50,59%, les Catalans se hissent à un niveau qui frôle l'indépendance. En ce début de XXIè siècle, l'Espagne est engagée dans une spirale politique qui ne peut aboutir qu'à un éclatement complet du pays. Au sortir du franquisme, la reconnaissance des 17 régions autonomes engageait le pays dans une voie obligeant le pouvoir central à tenir compte des prérogatives régionales. Le premier statut catalan post-franquiste avait été adopté par 88% des votants et 53% des inscrits, mais Madrid gardait la haute main sur les prérogatives qui font un Etat : les pouvoirs régaliens (la monnaie, …).
Cependant, la montée en puissance de l'Etat européen en devenir et la reconnaissance de prérogatives politiques, économiques et culturelles aux régions vident peu à peu l'Etat castillan de sa substance. Ce phénomène se retrouve partout en Europe à différentes vitesses (par exemple en Belgique). Le processus de parcellisation des Etats est général sur le vieux continent. Les dirigeants catalans ont su s'imprégner des mesures ethno-régionalistes développées à Bruxelles pour les appliquer au niveau de la Generalitat. En effet, pour bien comprendre les bouleversements qui touchent la péninsule ibérique mais aussi toute l'Europe, il faut rappeler le travail étroit des indépendantistes catalans, mais aussi basques ou galiciens, pour ne citer qu'eux, en liaison étroite avec les Allemands au sein des instances européennes pour insuffler un modèle politique d'inspiration germanique. C'est en particulier la mission du Comité des Régions (le CdR). Or cet institut a été créé par le Traité de Maastricht en raison de l'appui décisif du chancelier Helmut Kohl. La volonté de renforcer les prérogatives des régions avait été soutenue dès octobre 1987 par une résolution adoptée lors de la Conférence des ministres-présidents allemands à Munich. L'objectif fixé était une « Europe aux structures fédérales ». Deux ans plus tard, ces ministres-présidents en liaison avec Berlin élaborèrent « un rapport sur la position des Länder et des régions face aux développements futurs de l'Union européenne » comme l'a rappelé le professeur en science politique Rudolf Hrbek (1). Tous ces travaux ont rejailli dans le Traité de Maastricht en faveur du renforcement des autonomies régionales. Ce rappel est nécessaire puisque le Comité des Régions s'inspirant directement des principes régissant les structures politiques allemandes a eu comme dirigeant de 1996 à 1998 l'actuel président de la Catalogne, Pasqual Maragall. Ce dernier s'est engagé, au sein de cette nouvelle structure européenne, à favoriser tous les éléments permettant la promotion des régions et de l'ethnicisme. Il a pu « s'imprégner », au sens défini par le fondateur de l'éthologie Konrad Lorenz, du système de pensée ethno-régionaliste consubstantiel à l'Allemagne. Connaissant les travaux et les arcanes en cours au sein du CdR comme de l'ensemble des instituts européistes, Pasqual Maragall a su réinjecter avec assurance ces mêmes principes au niveau de sa région. Son action a été renforcée par l'élaboration de la charte de l'autonomie régionale (recommandation 34 - 1997) du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d'Europe (le CPLRE). Son rapporteur allemand, le député socialiste Peter Rabe, a présenté la première ébauche du rapport favorisant la régionalisation complète de l'Europe le 22 mars 1996 suite à l'initiative du gouvernement du Land de Basse-Saxe. A cette époque, son ministre-président s'appelait Gerhard Schröder. Cependant, fait révélateur, le président du groupe chargé d'élaborer les principes régionalistes était présidé par Llibert Cuatrecasas, ministre délégué aux relations extérieures de Catalogne dirigée par Jordi Pujol, farouche défenseur de la « catalanité ». C'est donc tout un travail de fond qui a été fait permettant à Pasqual Maragall de lancer avec bonheur ce nouveau statut approuvé à 90% par les parlementaires catalans en septembre 2005. Certes, des modifications ont été apportées par le gouvernement Zapatero. Alors que la première mouture reconnaissait la « nation » catalane dans son article 1, la nouvelle formulation reconnaît dans son préambule que « Le Parlement de la Catalogne, recueillant le sentiment et la volonté des citoyens de la Catalogne, a défini à une ample majorité la Catalogne comme nation ». Affiché uniquement dans le préambule, cette affirmation n'a pas de valeur juridique. Cependant, l'homme de la rue catalan ne s'embarrasse guère de subtilités juridiques. A partir du moment où le mot « nation » catalane est inscrit que cela soit dans le préambule ou dans le corps du texte, c'est du pareil au même. Ce nouveau statut permet à la Catalogne de garder 50% de l'impôt sur le revenu contre 33% auparavant, 50% de la TVA (contre 33%) et 58% des taxes sur les alcools, les carburants et le tabac (contre 40%). En outre, les nouvelles dispositions du statut renforcent les prérogatives en matière d'éducation, de justice, d'immigration, d'utilisation de la langue catalane et des droits de la région dans les relations internationales. Enfin, la Catalogne dispose de symboles typiquement nationaux comme le drapeau, l'hymne et la fête nationale. Tous ces éléments ne feront que renforcer le particularisme catalan au dépens de l'unité espagnole. De telles mesures ne font qu'encourager les revendications des autres communautés autonomes espagnoles. Ainsi, le Parlement andalou a adopté le 2 mai 2006 un statut d'autonomie à 61,5% qui proclame la « réalité nationale » andalouse. Comme l'affirme avec force son président, Manuel Chaves : « L'Andalousie n'acceptera jamais une situation d'infériorité par rapport à aucune autre région ! » (2). Finalement, nous assistons à une surenchère permanente entre les communautés autonomes espagnoles refusant d'être reléguées en « régions de seconde classe » par rapport à d'autres. Le phénomène n'est pas prêt de s'arrêter car le terreau bruxellois, nourri des principes politiques germaniques, attise les revendications qui touchent tous les pays européens. Le principe se présente de la même manière en Belgique où les parlementaires flamands ont présenté fin janvier 2006 une constitution flamande reconnaissant l'existence de la « nation flamande ». Le 1er juin, à l'initiative du Vlams Belang, une résolution « relative au démembrement de l'Etat belge en vue d'accorder l'indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverain » (3) a été adoptée à l'unanimité par tous les partis politiques flamands moins une abstention tandis que les partis francophones votaient tous contre. Le phénomène ne fera que se généraliser en Europe d'autant plus que l'Union européenne a donné le ton en organisant et en approuvant l'indépendance du Monténégro le 21 mai 2006. La boîte de Pandore est ouverte. Donnant des idées aux sécessionnistes du Kosovo, d'Ossétie, d'Abkhazie ou encore de Transnistrie, les revendications tribales ne font que commencer. Le mauvais exemple a toujours un effet contaminant. Nous sommes de retour à « La guerre du feu ». ------------------- 1)Documents, revue des questions allemandes, Paris, Editions Documents, janvier-février-mars 1998, p. 15. 2)Les Echos, 4 mai 2006. 3)Chambre des représentants de Belgique, 18 mai 2006, DOC 51 2494/001, rapporteurs : MM. Bart Laeremans et Gerolf Annemans. |
Dans ce dossier
|
|
Observatoire du communautarisme - Depuis juillet 2003 - Nous écrire : 66 rue de l'arbre sec 75001 Paris et courriel : contact@communautarisme.net
|
||

Présentation de l'observatoire
Express