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La France éclatéeRégionalisme, autonomisme, indépendantisme, par Erwan Chartier et Ronan Larvor, Coop Breizh, 2004Un panorama complet des mouvements régionalistes, autonomistes et indépendantistes en France, par deux journalistes engagés dans le mouvement breton.
(droits réservés)
Véritable who's who des milieux "régionalistes, autonomistes et indépendantistes", cette enquête éditée par la Coop Breizh, maison d'édition connue pour être le fer de lance du mouvement nationaliste breton, foisonne d'entretiens et de portraits de militants, de chronologies synthétiques qui permettent de comprendre, en Corse, Pays Basque, Bretagne, Catalogne, Savoie, Alsace, Normandie, Occitanie et Flandre, les racines de la mythologie "régionaliste, autonomiste ou indépendantiste".
L'histoire locale souffre partout d'une conception paranoïaque d'une prétendue occupation française, qui, d'un Paris maléfique et malfaisant, fomente extinction de la pratique de la langue locale, sous-développement aggravé par des conditions géographiques toujours exceptionnelles et mépris pour les pratiques culturelles. La France "jacobine", associée à la ringardise, la lourdeur, l'archaïsme, se voit opposée la modernité de mouvements régionaux, tous autoproclamés uniques détenteurs de la légitimité de l'héritage du passé, à protéger et transmettre jalousement. La stratégie de ces mouvements régionaux ? Elle est simple. Dans un premier temps, affaiblir "Paris" (comprendre la France) et organiser un lobbying efficace des institutions européennes, en premier lieu de la Commission de Bruxelles, connue comme plus poreuse aux idéologies régionalistes et favorables à l'affaissement des Etats-Nations et à leurs cortèges de droits sociaux. Ensuite, investir le terrain culturel local et créer un folklore sympathique (drapeaux, hymne "régional", manifestations culturelles, etc.) qui permettra d'accéder à un public plus large que les élections ne le permettaient, le mouvement "régionaliste, autonomiste ou indépendantiste" n'ayant jamais cultivé le goût du suffrage universel mais plutôt celui de l'avant-garde éclairée... Les institutions culturelles ne fournissant pas seulement de l'image mais aussi des emplois à des militants politiques, c'est en réclamant à la fois un effort accru de "Paris" et la disparition du modèle de l'Etat républicain français, que ces mouvements espèrent voir leurs revendications progresser. L'ethnicisme de ces mouvements ? Les auteurs n'en disent mot, se contentant de quelques pages sur l'extrème-droite régionaliste alsacienne et bretonne. Le continuum idéologique partant de la réaction du début du siècle, sur fond d'anti-dreyfusisme, et passant par la collaboration avec les nazis puis la déchéance de l'après-guerre pour de nombreux mouvements (en Bretagne et Alsace en particulier) et enfin l'idéologie culturaliste des années 60-70 est ainsi le spectre qui hante cette "enquête". C'est que les militants "régionalistes, autonomistes et indépendantistes" ne manquent pas de certitudes et ont le goût du paradoxe. La "corsisation des emplois" ? Mal comprise par les "continentaux", dotés de cerveux reptilo-républicains pétris d'universalisme abstrait donc factice quand il n'est pas simple mensonge, on nous expliquerait presque qu'elle est ouverte aux "sans-papiers" ! Outil intéressant pour comprendre la psychologie des militants de la "question régionale", La France éclatée ? a finalement pour principal défaut d'avancer masqué... Car, en toute honnêté, n'eut-il pas mieux fallu l'appeler Eclater la France ? L'engagement personnel des auteurs dans la "cause nationaliste bretonne" n'y est de toute évidence pas étranger. Vendredi 20 Août 2004
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