Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme


Brèves

La France mérite-t-elle vraiment notre haine ?

Si Alain Finkielkraut a -heureusement- pu se défendre des accusations qui se sont abattues sur lui à la suite de ses déclarations au magazine Haaretz, nul n'a songé à lui demander s'il était juste d'affirmer comme il l'a fait que la France "mérite notre haine".



Décret d'abolition de l'esclavage, 1794 (droits réservés)
Décret d'abolition de l'esclavage, 1794 (droits réservés)
Après le tollé suscité par le contenu de l'interview qu'il avait donnée au magazine israélien Haaretz, Alain Finkielkraut est revenu pour ses propos (1). Interrogé par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, il a ainsi admis que le terme de "pogrom républicain" n'était pas très heureux pour qualifier les violences dans les banlieues et s'est défendu d'avoir employé le mot de "sauvages" pour désigner les Africains.

Affirmant non sans raison que la polémique a été amplifiée par un sélection de citations fracassantes publiée dans Le Monde, Alain Finkielkraut se déclare étranger à la vision de lui-même qui en est résultée : "Je déteste le personnage né de ce puzzle, je ne lui serrerais pas la main, je ne pense pas comme lui".

Par les temps qui courent, où les débats télévisés ressemblent à des tribunaux révolutionnaires et l'accusation est devenue un mode d'expression banal, on peut se réjouir qu'Alain Finkielkraut ait eu la possibilité de s'expliquer et de nuancer ce qui pouvait avoir été rendu atrocement simpliste par la réduction journalistique.

On s'étonnera toutefois que ni les accusateurs d'Alain Finkielkraut ni les journalistes qui lui ont demandé des explications ne se soient émus d'un passage qui est à la fois l'un des plus contestables et l'un des plus virulents de son fameux entretien. Revenant sur son histoire familiale tragique (une famille juive venue de Pologne en France et décimée pendant la seconde guerre mondiale), Alain Finkielkraut professe une francophobie qui est l'une des composantes de la "bien-pensance" ambiante et du discours des émeutiers de banlieue qu'il rejette par ailleurs : "Je suis né à Paris mais je suis le fils d'immigrants polonais. Mon père a été déporté de France. Ses parents ont été déportés et ont été assassinés à Auschwitz. Mon père est rentré d'Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine : ce qu'il a fait à mes parents fut bien plus violent que ce qu'il a fait aux Africains. Qu'a fait ce pays aux Africains ? Que du bien. A mon père, il a fait subir cinq ans d'enfer. Pourtant, je n'ai jamais été élevé dans la haine. Et aujourd'hui, cette haine que ressentent les noirs est encore plus grande que celle des arabes".

Et si c'était justement là que réside le problème ? Dans cette vision de l'histoire de France où l'ombre engloutit la lumière. Au nom du "devoir de mémoire", on peut glisser dans l'oubli en mettant l'accent sur le génocide juif décidé par l'Allemagne au point de ne plus voir De Gaulle à Londres ni Jean Moulin à Lyon. De même, l'exégèse contemporaine de l'esclavage et de la colonisation à laquelle se livrent les "indigènes de la République" ignore l'abolition de la traite par deux fois -en 1794, par les "robespierristes" que Finkielkraut abhorre, et en 1848- et ne retient de la colonisation que la sujétion en balayant ses réalisations qui font partie de la même histoire. On oublie les héros pour ne plus voir que les salauds. Une simplification succède à une simplification et un discours officiel à un autre.

La France ne mérite pas notre haine, quelle que soit l'histoire et l'origine de chacun de ses enfants car, à la fin, c'est toujours le bon camp qui l'emporte. Les héros prennent le dessus sur les salauds. L'esclavage, redisons-le, a été aboli deux fois en France et Vichy a succombé aux coups portés par les forces françaises de l'intérieur et basées à l'étranger qui refusaient un ordre inique imposé par une armée d'occupation.

C'est peut-être cela qui manque à l'éducation des casseurs des cités, comme au discours tenu par Alain Finkielkraut.


---------------------------------
(1) Lire les entretiens donnés par Alain Finkielkraut sur Europe 1 et dans Le Monde

Samedi 26 Novembre 2005
Lu 15564 fois


< >

Samedi 18 Octobre 2008 - 10:00 Liberté pour l’histoire !

Jeudi 3 Janvier 2008 - 17:28 France-Algérie : l’impossible travail historique

Express | Humour | Brèves | Bientôt ici ? | Portraits | Bons points | Contradictions | ''Moi aussi, je l'ai lu...''