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La discrimination positive, une aberrationTribune de François Devoucoux du Buysson, essayiste, membre fondateur de l'Observatoire du communautarisme, parue dans Libération, 8 janvier 2004*Face aux inégalités économiques, appliquer strictement la loi est préférable à l'instauration de quotas.
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Inutile de se voiler la face... la France ne coupera plus longtemps à la discrimination positive ! Les appels répétés de Nicolas Sarkozy en faveur de la discrimination positive trouvent en effet des échos de plus en plus nombreux dans les médias malgré les réserves politiques qu'elles ont suscitées. En outre, il est bon de rappeler que la discrimination positive a été gravée dans le marbre de la Constitution, dans une belle unanimité parlementaire, à travers le vote du principe de la parité hommes-femmes dans le cadre électoral. C'est d'ailleurs ce qui pousse le ministre de l'Intérieur à revenir à la charge : «Quand on crée des quotas pour les personnes handicapées, quand on légifère pour que 50 % de femmes se trouvent sur les listes aux élections, quand on crée des zones franches ou des zones d'éducation prioritaire, qu'est-ce que c'est, si ce n'est de la discrimination positive ?»
C'est parfaitement vrai... Mais, devant de mauvaises mesures, doit-on appeler à leur généralisation ou s'engager pour que l'on revienne sur leur principe funeste ? On peut s'émouvoir de cette conception du droit qui veut que l'on n'agisse en faveur d'individus ou de groupes sociaux qu'à partir du moment où on les considère comme des victimes. Les handicapés ? Victimes ! Les femmes ? Victimes ! Les Beurs ? Victimes ! Leur a-t-on seulement demandé leur avis ? On peut aussi objecter que ces mesures ne sont pas nécessairement mises en application dès lors qu'elles ont force de loi. Tout le monde sait que la majeure partie des entreprises ne se conforment pas à l'obligation légale d'embaucher 6 % de handicapés. De même, lors des dernières législatives, les grands partis de gouvernement, y compris le PS, qui a pourtant fait voter la parité, n'ont pas respecté l'obligation de présenter 50 % de candidates et ont préféré s'exposer à des pénalités financières alors que, pour des raisons liées au financement électoral, même le MNR de Bruno Mégret s'y est conformé... Admettons que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin suive l'avis de Nicolas Sarkozy et adopte des mesures de discriminations positives en faveur des jeunes français d'origine africaine qui, en effet, souffrent d'inégalités criantes sur le marché du travail ou dans la quête d'un logement. Comment soupèsera-t-on le poids de leur «handicap» ? Samia, qui a le visage blanc comme sa mère mais porte le patronyme algérien que lui a donné son père, sera-t-elle considérée comme ayant le même désavantage que Malik, qui est basané comme ses deux parents ? Pierre, qui a les cheveux crépus comme sa mère marocaine, mais qui porte le nom bien français de son père originaire du Cher, aura-t-il le même traitement qu'Omar, dont les deux parents sont nés au Sénégal ? Pourtant, l'un des deux ne porte pas son «handicap» sur son CV et risque de souffrir de sa différence ethnique uniquement en arrivant au stade de l'entretien. Un jeune d'origine cambodgienne sera-t-il logé à la même enseigne qu'un autre dont les parents sont algériens ? Devra-t-on faire établir des cartes d'identité ethniques précisant le pourcentage de sang «indigène» de chaque individu ? Ces mesures de rétribution des «victimes» encouragées à réclamer leur dû dans une société française que Bernard Kouchner décrit comme «raciste» ne seront-elles pas un frein puissant à la mixité des mariages et des couples, qui, dans la réalité, apporte un sérieux démenti à tous ceux qui ne croient pas à l'assimilation d'immigrés d'origine africaine ? Et ces fameux quotas, pourquoi ne les appliquerait-on pas dans tous les cas ? Après tout, dans les usines françaises aujourd'hui, les ouvriers arabes représentent sur les chaînes de montage une proportion bien supérieure à la part des Français d'origine maghrébine dans la société. Pourquoi ne pas leur substituer des chômeurs blancs comme le propose avec constance un parti politique d'extrême droite depuis plus de vingt ans ? Les inégalités existent. Nul ne le nie sérieusement. Mais elles sont avant tout économiques. Elles touchent en priorité les couches sociales les plus fragilisées par l'insécurité sociale et les distorsions d'acquisition du savoir et de la culture, qui, c'est un fait, frappent en priorité les étrangers et leurs enfants. Et redonner à l'école son rôle dans la réduction de ces injustices criantes, obliger les entreprises à appliquer la loi dans le strict respect de l'égalité des chances, demandent à la fois des moyens considérables, une volonté de fer et un courage politique hors du commun. C'est peut-être pour ça qu'on leur préfère les quotas... --------------------------------------------- "Voir la tribune sur le site de Libération" Voir le dossier de l'Observatoire du communautarisme consacré au débat sur la discrimination positive Mardi 06 Janvier 2004
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