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La discrimination positive, une proposition élitiste inadaptéepar Valérie Laupies, professeur des écolesProfesseur des écoles dans les Bouches-du-Rhône, Valérie Laupiès ne croit pas que la discrimination positive, prônée notamment par l'économiste Thomas Piketty, soit la réponse adaptée aux carences de de l'égalité républicaine. Réfutant l'idée d'une politique essentiellement orientée par la question de l'accès aux grandes écoles, et donc aux cercles de pouvoir, elle défend plutôt l'idée d'une égalité en droit permettant à chacun d'acquérir dans le système scolaire des connaissances nécessaires à la réalisation d'un projet personnel fondé sur le travail.
Réponse à l'article de Thomas PIKETTY « Education : les promesses de la discrimination positive », publié par Le Monde, 21 février 2006
Thomas Piketty affirme que "tout le monde en convient : la société française doit inventer de nouvelles politiques permettant de faire progresser concrètement l'égalité des chances...". Pour ma part, professeur des écoles en ZEP et fille d'ouvrier, je n'en conviens pas. Je pense que la République française dotée de sa Constitution, des Droits de l'Homme et du citoyen, du code de l'Education est le meilleur système pour obtenir "l'égalité des chances". Evidemment, je parle d'égalité des droits et non d'égalité de fait. En revanche, je pense que la discrimination positive elle-même est un principe élitiste qui sape l'égalité d'accès à certaines grandes écoles. En effet, elle considère que seuls ceux qui font de hautes études prestigieuses comme Sciences po réussissent leur vie et qu'il faut laisser entrer les jeunes de milieu socio-culturel défavorisé par une autre porte que celle du concours républicain qui sélectionne sur les compétences. Or, dans un pays démocratique et républicain, réussir sa vie c'est, je crois, essentiellement trouver sa place dans la société : c'est-à-dire pouvoir être responsable (avoir un emploi, pouvoir construire une famille, participer à la vie civique) et non pas forcément accéder à des postes de pouvoir. Mon expérience d'enseignante depuis 13 ans en ZEP me fait considérer que la responsabilité de l'exclusion de certains enfants à l'issue de leur parcours scolaire est plutôt celle de notre Education Nationale (depuis environ 20 ans) plutôt qu'une défaillance de nos principes républicains... Le projet d'insertion de l'enfant dans la société se construit dans sa famille. Il est nécessaire que les parents soient partenaires de l'enseignant pour accompagner l'élève dans sa scolarité. Or, on a supprimé les devoirs qui étaient un lien constructif entre l'école et la famille. A l'IUFM, "la construction du savoir par l'élève" a remplacé indirectement l'autorité du maître qui doit transmettre un savoir. Avec ce principe, les enfants de milieu socio-culturel favorisé c'est-à-dire soutenus par leur famille peuvent réellement construire leur savoir, mais ceux qui n'ont pas l'accompagnement culturel à la maison s'excluent du système d'apprentissage scolaire. Lorsque j'ai débuté mon métier, j'étais très intéressée par cette "non-directivité" de l'enseignant mais au bout de quelques années, je me suis rendu compte que mes élèves obtenaient de meilleurs résultats en exigeant d'eux un apprentissage rigoureux des outils de base en mathématiques et en français plutôt qu'en me lançant directement dans les problèmes et l'expression écrite qui sont la finalité. L'Ecole doit être le lieu du Savoir et de la formation du citoyen. Alors, en partenariat avec les parents elle peut aider l'élève à construire son projet d'insertion dans le monde du travail. Les deux partenaires sont nécessaires dès l'école primaire. Muni de bases solides, d'une méthode de travail, accompagné par ses parents, l'enfant peut se diriger vers un BEP, un bac professionnel ou de longues études selon son projet peu à peu défini en fonction de sa personnalité et de ses compétences. Ainsi, j'ai eu un élève avec de grandes difficultés d'apprentissage qui est maintenant compagnon du devoir en plomberie, tout à fait autonome et épanoui. Il n'aurait absolument pas souhaité que les enseignants le poussent vers une filière de hautes études Thomas Piketty dit : "d'autres politiques restent à inventer" pour résoudre les inégalités. Pour ma part, je pense avant tout (outre à une nouvelle politique de l'Education)à la politique de l'emploi qui assureraient l'insertion de tous dans la société, insertion garante de la cohésion sociale. En conclusion, je crois que la loi sur la discrimination positive valoriserait certaines filières et dévaloriserait les autres, porterait atteinte à la République qui garantit l'accès de tous aux Ecoles d'Etat. Ceci alimenterait le sentiment d'injustice et d'inégalité, c'est-à-dire le ressentiment de certaines catégories socio-culturelles vis-à-vis d'autres. Le but des politiques devrait être d'aider les jeunes à s'insérer dans la société et non pas de chercher à gommer les inégalités de fait. Pour cela, il serait plus juste de rétablir une Ecole républicaine où le savoir et la formation du citoyen soient au coeur du système éducatif, en partenariat avec la famille . La valeur du travail doit rester une valeur fondamentale dans une République; il faut donc que parallèlement, la politique économique ait pour objectif le plein-emploi. Or, cet objectif est-il compatible dans un système économique libéral qui privilégie l'actionnariat au détriment du travail ? En proposant la discrimination positive on contourne le problème fondamental du plein emploi. Je crois par conséquent qu'elle participe à l'existence du libéralisme économique.
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Contribuez au débat sur la discrimination positive en envoyant votre témoignage à l'adresse contact@communautarisme.net Dimanche 12 Mars 2006
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