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Colloques

La discrimination « positive » : un instrument contre la République.

Par André Bellon, ancien Président de la Commission des Affaires Étrangères de l'Assemblée nationale

Intervention d'André Bellon lors du colloque « La République face aux communautarismes » organisé au Sénat le 24 novembre 2006.



André Bellon
André Bellon
La discrimination dite positive est une des plaies caractéristiques de notre époque confuse. D'abord parce qu'elle fait partie de la nouvelle novlangue qui dit tout et surtout son contraire. Une discrimination n'est pas positive ou négative : elle discrimine, c'est tout. Décider qu'elle est positive, c'est légitimer la discrimination. C'est aussi tenter de masquer la crise sociale par des artifices.
On peut avoir, en la matière, les meilleures intentions du monde ; le résultat n'en est pas moins là. On discrimine, on oppose les catégories entre elles. J'écoutais ce matin France Info : un statisticien expliquait que les catégories les plus discriminées à l'embauche étaient les hommes de plus de 38 ans et les mères de famille magrébines. Puis un commentaire revenait en boucle toute la journée ne parlant plus des hommes de plus de 38 ans, mais seulement des mères de famille magrébines. Voila une discrimination positive ; mais comment est-elle perçue ?

Au fond, que veut-on traiter lorsqu'on veut utiliser de telles méthodes ? Un problème social ? Est-ce à dire que tout descendant d'immigré est en situation difficile ? Que le statut social des autres est bon ? Doit-on traiter sa situation sociale en considérant le descendant d'immigré comme un être à part ? En fait, la discrimination dite positive tend à globaliser le problème non pas dans ses caractéristiques sociales, mais dans sa particularité communautaire.

En elle-même, la discrimination dite positive n'est qu'une mauvaise traduction de l'« affirmative action » qui, aux Etats-Unis, avait pour but de favoriser la promotion sociale de personnes défavorisées et aida à l'apparition de couches moyennes d'origine noire. Elle peut, en la matière, être comparée aux aides sociales telles que les bourses d'éducation en France. En revanche, son évolution aux Etats-Unis, sous la présidence de Nixon, vers une forme de quota en direction des groupes ethniques se heurta d'ailleurs à une résistance des communautés elles-mêmes.

Evidemment, être choisi en tant que et non pas pour ses mérites propres n'est pas valorisant. Une telle situation défavorise autant qu'elle favorise. Je m'étonne d'ailleurs, par exemple, que la parité n'ait pas suscité plus de réactions indignées.

Qui plus est, de telles méthodes tendent à dire que les catégories ethniques, religieuses ou sexistes, ont des intérêts différents entre elles. Le corps social n'existe alors plus ; l'intérêt général disparaît. La collectivité nationale s'émiette en catégories relevant de traitements différents : par exemple, la substitution du principe de parité au principe d'égalité signifie l'égalité de deux « groupes » et non plus l'égalité des individus ; ces deux catégories (hommes/femmes) auraient donc par nature des intérêts différents qui nécessitent qu'on les représente « en tant que ».

Nicolas Sarkozy, lorsqu'il parla de nommer un « préfet musulman », procède de la même logique ; un préfet, au regard des institutions, n'est pas autre chose qu'un préfet. Et pourquoi le qualifierait-on lorsqu'il est musulman et non lorsqu'il est blond, lorsqu'il est homosexuel et non lorsqu'il est petit,…Ce faisant, on oublie que de nombreux individus d'origine arabe ont déjà réussi leur présence dans la société. En mettant l'accent sur ce qui distingue, on pousse aux oppositions, aux fractures.

Mais regardons où est concrètement appliquée cette idée. Par exemple à Sciences politiques où se manifestait une grave crise du recrutement, une reproduction sociale morne, on introduit artificiellement des éléments sociaux dits défavorisés (le sont-ils vraiment d'ailleurs ?). Mais on ne cherche pas à comprendre pourquoi un ascenseur social encore vivace il y a tente ans est soudain tombé en panne, quelles ont été les insuffisances en matière d'éducation comme en matière de services publics. On masque les faillites des politiques menées contrairement aux principes républicains par des artifices. On cherche à religitimer un instrument en déshérence –Sciences Po- sans remettre en cause son rôle social conservateur.

De même la parité à l'Assemblée nationale et au Sénat a-t-elle aussi pour objectif de masquer la dégradation scandaleuse du rôle du Parlement. En mettant en avant la composition du Parlement sur des bases communautaires, on fait oublier sa composition de classe.

Ces évolutions ne sont, en fait, que le reflet des incapacités de notre société, de l'absence de vrai politique sociale ; la discrimination dite positive n'est pas un progrès, mais l'alibi cherchant à masquer les échecs, en particulier celui d'une politique syncrétique. Elle n'est, finalement, que la conséquence naturelle de l'oubli des principes républicains. Loin de vouloir les sauver, on crée des faux semblants.

Bien sur, nul ne prétendra être antirépublicain ou antilaïque ; les tenants de la discrimination positive s'affirmeront républicains déconcentrés ou laïques pluriels, accusant leurs opposants d'être des intégristes archaïques de la République et de la laïcité : se définir comme modéré en présentant les opposants comme extrémistes est une vieille ficelle politique.

Bien pire, en émiettant la société, en divisant le combat social, de telles méthodes favorisent les intérêts dominants. Le titre de ce colloque est « La République face aux communautarismes ». On aurait pu tout aussi bien l'intituler « Les communautarismes, arme de guerre de la classe dirigeante contre la République ».

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Voir aussi le dossier discrimination positive de l'Observatoire du communautarisme