Observatoire du communautarisme | Informations sur la laïcité, les discriminations et le racisme

Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme


Abonnement à la lettre d'information
 




Recherche
Site Google






Home  >  Réflexion  >  Tribunes


AccueilAccueil    Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    Version imprimableVersion imprimable    Augmenter la taille du texteAugmenter la taille du texte    Diminuer la taille du texteDiminuer la taille du texte

Tribunes

La liberté de débattre

Pétition publiée par Marianne, le 24 décembre 2005

Réunis à l'initiative du philosophe Paul Thibaud, des intellectuels, parmi lesquels Rony Brauman, Jean Daniel, Marcel Gauchet, Jean-Claude Guillebaud, Anne-Marie Le Pourhiet, Pierre Nora, et Philippe Raynaud demandent l'abrogation des lois d'exception que sont les lois Gayssot, Taubira, Accoyer ou la loi du 23 février 2005.



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
La France, du moins ceux qui la dirigent ou la régente, succombe à un singulier idéalisme, non plus celui qui se satisfait de proclamer des principes, mais celui de la contrition et de l'épuration. On veut croire qu'en interdisant l'expression des mauvaises idées et en légalisant la vérité on assainira les mentalités et on se mettra à l'abri du pire. On imagine qu'en remplaçant l'idée d'une France inventant la liberté moderne par la commémoration de nos fautes, on dégagera un avenir. En fait nous voyons que la liberté, le civisme, la vérité sont ensemble perdants quand on essaie de gouverner la pensée, de pasteuriser la démocratie.

Les lois contre le négationnisme, pour la reconnaissance du génocide arménien, de l'esclavage et de la traite, aussi bien que sur les mérites de la colonisation française, débordent le domaine de la loi tel que défini par l'article 34 de notre constitution. Plus généralement, le devoir des politiques est d'assurer l'avenir de la nation, non de fixer en dogmes son histoire. Certes, pour gouverner un peuple il faut connaître son passé et en tenir compte, il faut s'appuyer sur une conscience historique commune tout autant que sur une moralité commune. Mais le pouvoir ne saurait régler, encore moins arrêter, les perpétuels réaménagements de la conscience collective, le travail de la mémoire, le dialogue continué avec le passé qui est indissociable de l'exercice des libertés publiques, dans la vie politique, dans la littérature, dans l'historiographie. L'incitation au crime relève des tribunaux, il n'en va pas de même des opinions aberrantes. Celles-ci on les réfute ou on les dénonce. Quand on ne fait pas confiance à la liberté de débattre, le mot de république perd tout sens. C'est pourquoi nous demandons l'abrogation de toutes les lois (Gayssot, Taubira, Accoyer…) qui ont pour objet de limiter la liberté d'expression ou de qualifier des événements historiques.

Quelles qu'aient pu être leurs justifications particulières, leurs vertus immédiates, ces interventions ont produit un enchaînement dangereux. Par moralisme et désir de se mettre à l'abri de tout reproche, nos politiques ont ouvert la voie à des demandes successives de pénalisation et à la sanctuarisation des mémoires particulières. Le morcellement qui en résulte de la mémoire nationale favorise des durcissements et des affrontements dont nous voyons les prodromes. C'est au contraire d'un travail de vérité et de compréhension qui porte sur toute notre histoire que nous avons besoin. Ceci exige que la liberté de débattre soit pleinement rétablie.

Signataires :
Elie Barnavi
Alain Besançon
Rony Brauman
Jean Daniel
Philippe De Lara
Vincent Descombes
Jacques Donzelot
Michel Fichant
Elisabeth de Fontenay
Max Gallo
Marcel Gauchet
Pierre Grémion
Jean-Claude Guillebaud
Anne-Marie Le Pourhiet
Jean-Pierre Le Goff
Elisabeth Lévy
Pierre Manent
Michel Marian
Abdelwahab Meddeb
Edgar Morin
Krzystof Pomian
Pierre Nora
Philippe Raynaud
Paul Thibaud

Vendredi 23 Décembre 2005
Lu 7736 fois

Articles | Ouvrages | Entretiens | Références | Tribunes


Dans ce dossier

Eric Keslassy et Alexis Rosenbaum : « l'usage politique du passé doit être considéré comme un instrument majeur dans la conquête de droits, de pouvoir ou de biens socio-économiques »


Lettre ouverte à M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale

La République éclatée


Qui veut pénaliser la négation du génocide arménien et qui s'y oppose ?

Supplique à Monsieur le président de la République pour le transfert au Panthéon de Marc Bloch

La SNCF n'est pas responsable de la déportation des Juifs

La confrontation mémoire-histoire en France depuis un an (2006)

L’histoire immédiate de la relation franco-algérienne : vers un traité d’amitié franco-algérien ?

Historiens, causez toujours !

Liberté pour l'histoire à propos de la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien : « Nous persistons à considérer cette initiative comme injustifiée et pernicieuse »

L'examen de la proposition de loi socialiste interdisant la négation du génocide arménien de 1915 a été reporté sine die

Cessez de jouer avec les mémoires


Les signataires de la pétition « Liberté pour l'histoire » s'opposent à la proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien


Note sur les lois historiennes et sur la pénalisation des opinions aberrantes

Table ronde « les lois de mémoire : contestations, justifications. Arguments pour un débat de fond »

Colonisation, loi, mémoire, histoire, un nouveau site : www.hermes.jussieu.fr

Esther Benbassa : « Mon souci constant est de faire entrer les mémoires victimaires dans une mémoire collective commune »

Le fait colonial, les lois de mémoire et l’enseignement

Les 600 signataires de l’appel « Liberté pour l’histoire » prennent note avec satisfaction du retrait de la plainte du collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais contre Olivier Pétré-Grenouilleau

La connaissance historique est une exigence démocratique

Paul Thibaud : « Nous sommes inquiets des effets de la concurrence mémorielle qui tend à déchirer le corps politique et à dresser des groupes de victimes de l'histoire les uns contre les autres »

Chirac perd-il la mémoire ?

Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), la Convention abolit l'esclavage

Journée de commémoration de l’esclavage : pour le choix du 4 février

A propos des lois mémorielles

La liberté de débattre

Une polémique qui n'a pas fait débat...

Les historiens se rebiffent

« Trop de mémoire, trop d’oubli… » : entretien avec Claude Liauzu

La mémoire qui flanche

La France mérite-t-elle vraiment notre haine ?

A propos du débat sur la loi du 23 février 2005

Quand Dieudonné joue de la dialectique, Pierre Tévanian, l’un des animateurs de la contestation « anti-colonialiste », s’emmêle les pinceaux

L'histoire en otage

L'histoire en otage - 18/04/2005


Vichy et les homosexuels

Les Juifs, la traite des esclaves et l’histoire des États-Unis

Dieudonné : rappel des principaux faits entourant la polémique

Auschwitz dans la salle de classe. Enseigner l’histoire ou le devoir de mémoire ?

Manipulations autour de la déportation homosexuelle

Du culte des héros à la concurrence des victimes

La faillite de la République des victimes

Mémoire et gros sous

Mémoire et gros sous - 08/04/2004


L'enseignement de l'Histoire : un métier à risques !

La mémoire s'arrête-t-elle aux portes du régionalisme ?

Une nomination et des questions