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La sardine du port de Marseille, version gay

Le journal Libération a fait voler en éclats le récit d'une agression homophobe à Marseille qui fleurissait depuis plusieurs jours sur des sites communautaires gay. Une bombe désamorcée qui, quelques semaines après l'affaire du RER D, rappelle combien il est essentiel de garder son sang-froid face aux cabales orchestrées par les mouvements communautaires prêts à exploiter n'importe quel fait divers pour faire pression sur le pouvoir politique.



Le quartier du Panier, à Marseille (droits réservés)
Le quartier du Panier, à Marseille (droits réservés)
Le 30 juillet, le site internet gay tetu.com publie une information relative à une "violente agression homophobe" survenue à Marseille le 24 juillet. Alors qu'il recevait à son domicile "quatre amies lesbiennes et un ami gay", Rémi Régis, 24 ans, voit "la porte d'entrée voler en éclats" et surgir chez lui son "voisin en furie". Celui-ci aurait roué de coups son invité en le traitant de "vieille tapette" et de "sale enculé" avant de se retourner contre Rémi Régis et de le battre violemment. Selon un récit publié le 3 août sur e-llico.com, le site du magazine gay Illico, "la compagne de l'agresseur participe aux violences et tous deux passent à tabac Rémi pendant une demi-heure".

La suite est relatée en détail par la victime sur le site d'Illico :
"Du coup, la police est venue. Mes parents sont arrivés entre temps et doivent faire face à des insultes. Une vingtaine d'habitants du quartier hurlent en bas de mon immeuble des insultes homophobes et même racistes. Comme mon père est d'origine vietnamienne, on nous a traité de faces de pamplemousse, de citrons jaunes et moi de sale PD bon qu'à se faire enculer. Mon père avait les larmes aux yeux."

Comme l'a fait remarquer un autre article d'e-llico, l'affaire a pris un tour politique lorsqu'il est apparu que la compagne de l'agresseur était aussi conseiller UMP du IIème arrondissement de Marseille.

Une plainte est déposée au commissariat du quartier tandis que Rémi Régis contacte le Collectif contre l'homophobie et le sexisme "qui s'est immédiatement mobilisé (Têtu). Ce fameux collectif s'est en effet empressé d'aller recueillir le soutien d'élus locaux du PS et d'ameuter le presse sur cette affaire qui, dans un contexte de revendication d'une législation spécifique contre l'homophobie, tombait à point nommé : "Là, il n'y a personne et c'est difficile de bouger les gens. Mais à la rentrée, on va reprendre et cela va faire autant de bruit que l'affaire de Sébastien Nouchet" (le responsable du collectif, cité par Libération). E-llico enfonce le clou en donnant son analyse de ce fait divers : "Bien qu'insulté parce qu'homosexuel, il ne peut pas porter plainte sur ce motif. Car la loi sur les propos homophobes qui le lui permettrait n'est toujours pas votée".

Coup de théâtre, le 13 août, Libération, qui avait été averti par le Collectif contre l'homophobie et le sexisme, publie un article relayant le scepticisme des enquêteurs quant aux circonstances et au motif de cette agression.

Les témoins interrogés par la police n'ont en effet confirmé ni l'agression ni le rassemblement d'homophobes vociférants. L'élue UMP accusée de violence réfute la version de la victime et justifie sa colère contre son voisin par des "exhibitions sexuelles" auxquelles il se serait livré; elle a porté plainte à son tour.

Libération cite le parquet pour qui "tout a été maximisé" : les violences, bien réelles, seraient cependant "légères" (quelques gifles), la porte n'aurait pas été défoncée mais aurait juste vu son verrou "un peu enfoncé" et les agresseurs seraient en réalité entrés chez Rémi Régis pour lui demander le numéro de téléphone de ses parents afin de se plaindre auprès d'eux de son comportement. Les auditions des principaux protagonistes ont définitivement sonné le glas de la version dramatique relayée par les sites d'information communautaire. Libération cite le parquet de Marseille : "Lors de la confrontation, le principal plaignant a dit avoir un "très grand respect" pour celui qui l'a frappé. Du jamais vu. En plus, l'agresseur assure la sécurité de la Gay Pride à Marseille. L'acolyte de la victime paraît en rajouter des tonnes." Le 5 août, le père de Rémi Régis, entendu par les enquêteurs, a confirmé que le fameux rassemblement n'avait en réalité réuni que quatre personnes du voisinage et qu'il n'avait pas entendu de propos homophobe de leur part. Libération précise que le Collectif contre l'homophobie et le sexisme est tombé des nues en apprenant ce revirement et que Rémi Régis ne répond plus à son téléphone...

Libération n'a pas tardé à faire un rapprochement entre cette affaire et un précédent fameux comme le montre le sous-titre de son article : "Un mois après la fausse attaque antisémite dans le RER D, un jeune homosexuel affirme avoir été l'objet de violences homophobes. Retour sur un début d'emballement". Le journal a tiré les leçons de l'épisode du RER D et se félicite d'avoir pris le temps de vérifier la version qui lui avait amenée sur un plateau par le Collectif contre l'homophobie et le sexisme. Des précautions d'usage que n'ont pas observé les organes communautaires comme E-llico (qui n'a jamais aussi bien porté son nom...) qui a publié le 10 août le récit pittoresque de l'agression de Rémi Régis alors que son père l'avait contredit cinq jours plus tôt en donnant sa version aux enquêteurs.

A Marseille, Marie-Léonie s'appelle Rémi. Mais on ignore encore si Rémi Régis sera lui aussi poursuivi pour dénonciation de délit imaginaire.

Cette affaire démontre en tout cas combien peut être néfaste pour la vérité et la justice le rôle des associations communautaires qui n'ont de cesse de réclamer des mesures répressives et des législations spécifiques en exploitant sans vergogne le moindre fait divers pour donner corps à leur discours irréel (ici, des quartiers où les homosexuels seraient roués de coup par des voisins homophobes, là, des transports en commun sous la coupe des nazis de banlieue...).

Un incident qui en dit long sur la terreur que le Collectif contre l'homophobie et ses nombreux clones partout en France, si prompts à orchestrer des lynchages sans prendre le temps de procéder aux vérifications élémentaires, feront régner dans le pays lorsqu'ils auront obtenu du gouvernement le vote d'une loi anti-homophobie taillée sur mesure.

Il est encore temps d'y réfléchir.

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Sources :
- "A Marseille, agression, émotion... et tout est bidon", Didier Arnaud, Libération, 13 août 2004.
- "Violente agression homophobe à Marseille", Frédéric Praï, tetu.com, 30 juillet 2004.
- "Marseille : agression homophobe dans la quartier du Panier", E-llico, 3 août 2004.
- "Agression de Marseille : une élue impliquée", E-llico, 4 août 2004.
- "Marseille : Rémi raconte son agression ", Jean-François Laforgerie, E-llico, 10 août 2004.
- "Marseille : Libération met en cause le caractère homophobe de l'agression", E-llico, 13 août 2004.
- "Prudence est (Bonne) mère de sûreté", citegay.fr, 13 août 2004.


Voir aussi sur le site de l'Observatoire du Communautarisme :
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Samedi 14 Août 2004
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