En avançant, dans un entretien à Philosophie Magazine, l'idée que la pédophilie serait un comportement inné et que le suicide des jeunes trouverait aussi son origine dans des fragilités structurelles de certains individus, Nicolas Sarkozy a suscité un véritable tollé dans la sphère médiatico-politique.
"Sarkozy eugéniste" entend-on ici et là, dans un concert unanime de réprobation.
Le candidat UMP a sans doute fait preuve de légèreté en mettant le pied sur un terrain où, manifestement, ses lacunes sont plus profondes que ses convictions. Sur des sujets aussi graves, c'est incontestablement une faute de la part d'un homme politique qui prétend aux plus hautes responsabilités. On ne peut en revanche lui dénier une certaine continuité en la matière.
Déjà, en 2005, Nicolas Sarkozy avait affirmé que son changement d'attitude à l'égard du pacs -qu'il venait de mettre sur le même plan que le mariage en termes d'avantages fiscaux après en avoir combattu le principe en 1999- s'expliquait par sa prise de conscience que "la sexualité d'un individu n'est pas une question de choix mais d'identité". Une affirmation catégorique qui faisait fi de la perplexité de la science et de la psychanalyse quant à l'explication des ressorts de l'orientation sexuelle mais qui fut alors saluée par la presse et les militants gay comme une avancée progressiste.
Plus récemment, en février 2007, au cours de l'émission "J'ai une question à vous poser" dont il était l'invité, Nicolas Sarkozy a derechef mis en avant sa vision du caractère inné des préférences sexuelles : "l’homosexualité comme l’hétérosexualité, c’est une part d’identité, je n’ai pas fait le choix de l’hétérosexualité, je suis né hétérosexuel, vous faites le choix de révéler votre homosexualité, mais je ne pense pas que vous l’ayez décidé…" Personne, alors, ne s'était étonné de l'absence de conditionnel dans ces propos et les commentateurs politiques avaient simplement retenu le refus du mariage homosexuel par le candidat de l'UMP.
Outre le fait qu'il a de quoi surprendre dans la bouche d'un homme politique qui claironne volontiers son refus de la fatalité, ce recours à l'inné, c'est-à-dire en effet aux gènes, pour expliquer la sexualité (hétérosexualité ou homosexualité), des problèmes de société (le suicide des jeunes) et des comportements criminels (la pédophilie) marque en effet un spectaculaire retour en arrière. Cette vision rappelle en effet les thèses de Cesare Lombroso, un médecin italien du XIXème sicècle, qui soutenait l'idée que la criminalité était innée et que l'analyse de la forme du crâne des criminels avérés permettait de le démontrer. Dans une époque très inégalitaire où les tenants de l'ordre bourgeois parlaient de "classes dangereuses" pour désigner les secteurs marginalisés de la société, les thèses de Lombroso avaient connu un certain succès. L'idée que l'on était "né" marginal ou criminel rassurait en effet le plus grand nombre et déculpabilisait les élites qui étaient accusées par les marxistes d'engendrer des inégalités favorisant le développement de la pauvreté et de la criminalité.
Généalogie du sarkozysme
Le recours aux gènes comme principal facteur d'explication des faits sociaux manifeste la part la plus réactionnaire de la vision de Nicolas Sakozy, mais il faut néanmoins admettre qu'il a trouvé un terreau favorable au retour de ces thèses dans une France où le thème de "l'identité", porté non seulement par l'extrême-droite mais aussi par le différentialisme social-démocrate et les mouvements communautaires de tous poils, est revenu de façon spectaculaire au coeur des discours politiques et des chroniques journalistiques.