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Tribunes
Le «Congrès mondial ukrainien» accuse l'historienne Annie Lacroix-Riz de «révisionnisme»Lettre adressée par Yvonne Bollmann au Président de la République Jacques Chirac, le 20 mars 2006Yvonne Bollmann prend ici la défense de l'historienne Annie Lacroix-Riz, dont les travaux sont attaqués par le « Congrès mondial ukrainien » et des associations de la « diaspora ukrainienne » en France, qui auraient réussi à obtenir une audience d'un collaborateur de la Présidence de la République pour lui demander de désavouer publiquement les travaux de l'historienne.
Logo du « Congrès mondial ukrainien »
Lettre adressée par Yvonne Bollmann au Président de la République Jacques Chirac, le 20 mars 2006 :
Le 23 février 2006, Monsieur Askold S. Lozynskyj, président du Congrès mondial ukrainien, a adressé au Président de la République une lettre relative à ce qu’il appelle « l’affaire Lacroix-Riz ». Il y accuse Madame Annie Lacroix-Riz, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris VII, de « révisionnisme historique » dans ses travaux sur l’Ukraine. En y écrivant que « les propos de Madame Lacroix-Riz sont empreints d’une hostilité contre une ethnie », Monsieur Lozynskyj lui prête de surcroît sa propre conception de la nationalité. Monsieur Lozynskyj définit en effet le Congrès mondial ukrainien, basé aux Etats-Unis, et qui a un statut officiel d’observateur aux Nations Unies, comme « organisation représentative de citoyens et de résidents d’origine ethnique ukrainienne ». Il parle également de « communauté franco-ukrainienne ». Cela montre qu’il ne partage pas la conception française de la nationalité, qui ne fait pas référence à une communauté ethnique préexistante, et qui ne reconnaît qu’une seule catégorie de citoyens, conformément aux principes d’indivisibilité de la République, d’égalité de tous devant la loi sans distinction d’origine, de race et de religion, et d’unité du peuple français énoncés dans la Constitution du 4 octobre 1958. Monsieur Lozynskyj s’en prend donc non seulement à Madame Lacroix-Riz, mais à la France elle-même, dans ce qui fait la spécificité de son histoire et de sa culture politique. A l’heure actuelle, ce déni de réalité quant à l’essence de la nationalité française n’est pas un phénomène isolé. Il se manifeste par exemple dans l’intervention « pour les droits des minorités en France » de l’Association pour les peuples menacés (Göttingen), qui a demandé en avril 2004 à la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies de « la soutenir afin de faire adopter » dans notre pays, entre autres mesures, l’ « annulation de l’article 2 de la Constitution ». Il se manifeste également dans le rapport du 15 février 2006 de Monsieur Alvaro Gil-Robles sur le respect effectif des Droits de l’homme en France, où notre pays est invité à signer et ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, et à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, alors même qu’il ne s’y trouve pas de « minorités nationales ». Monsieur Lozynskyj participe à sa manière au travail de sape d’inspiration ethniste ainsi mené de toutes parts contre la France. Ardent défenseur de l’ « ethnie ukrainienne », Monsieur Lozynskyj en mène à l’occasion moins large avec l’ « ethnie juive », comme le montre sa lettre du 18 juillet 2002 au New York Times. Là, évoquant « l’occupation soviétique de l’Ukraine occidentale », il accuse « des communistes locaux, principalement d’ethnie juive », d’avoir massacré des prisonniers ukrainiens en juin 1941. Il y désigne également « un juif, Lazar Kaganovitch » comme principal responsable de l’assassinat « d’environ 7 millions d’hommes, femmes et enfants ukrainiens » en 1932-33, « au moyen d’une famine génocidaire ». Par cette attaque en règle contre « les juifs », Monsieur Lozynskyj renoue avec les campagnes de l’entre-deux-guerres sur les « judéo-bolcheviques ». Le 27 février 2006, Monsieur Laurent Bili, conseiller technique à la Présidence de la République, a reçu une délégation composée de représentants de trois associations ukrainiennes basées en France, qui accusent eux aussi Madame Lacroix-Riz de « démarche révisionniste ». L’un d’entre eux s’est référé à la lettre de Monsieur Lozynskyj au Président de la République, et au Congrès mondial ukrainien « fédérant l’ensemble de la diaspora sur tous les continents ». Un autre, qui adopte le même langage ethniste que Monsieur Lozynskyj, a parlé au nom de « 75 000 Français d’origine ukrainienne ». D’après le compte rendu de cette audience fait par les représentants des trois associations, Monsieur Bili a déclaré que « les citoyens français de souche ukrainienne ont droit au respect au même titre que les autres composantes, visibles ou non visibles, de la société française ». S’il a bien tenu ces propos, il a préféré faire sienne la conception ethniste exprimée par ses interlocuteurs, plutôt que d’affirmer le caractère un et indivisible du peuple français. Une telle complaisance, au cœur de l’Elysée, envers les ennemis de nos principes républicains, est des plus funestes, à l’heure où diverses « communautés » tentent d’imposer leurs intérêts particuliers. Le harcèlement dont est victime une historienne française internationalement reconnue s’inscrit dans une entreprise de destruction plus vaste, dont la cible est la France elle-même. Il faut que Madame Lacroix-Riz puisse poursuivre ses travaux librement, dans un pays qui restera celui de la liberté.
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