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Le PS, territoire occupépar Frédéric BeckQuand les positions sur le conflit au Proche-Orient deviennent pour certains candidats une variable primordiale dans les choix d'investiture, voire un facteur central de lien ou de césure dans un parti politique français, c'est que ce dernier est devenu un « territoire occupé » par les côteries communautaires. Invraisemblable ? Avec les affaires Aounit et Zimeray qui secouent depuis quelques semaines le Parti socialiste, en voici pourtant deux édifiantes illustrations.La place d'Aounit
Mouloud Aounit (droits réservés)
Il y a à peine quelques semaines, on sentait l'exultation chez certains mouvements communautaires juifs : l'innommable Mouloud Aounit était écarté de la vice-présidence du Conseil régional d'Île-de-France. Accusé d'antisionisme acharné - et donc nécessairement d'antisémitisme larvé -, Mouloud Aounit ne pouvait avoir l'heur de plaire à certains médias communautaires ou manifestant une empathie particulière à l'égard d'Israël. Pression du lobby pro-israélien ? Il est interdit de le dire mais on ne peut en revanche nier qu'une campagne intense ait été menée par des journalistes connus pour leurs engagements pro-israéliens, ainsi que par des organisations laïques, de gauche ou apparemment de gauche, reprochant à M. Aounit sa position pour le moins ambiguë sur la question du voile à l'école et, dit-on, ses mauvaises fréquentations « barbues ». Ici, tous les arguments se mélangent, toutes les « causes » se connectent et s'entremêlent via des réseaux qui échappent au commun des citoyens mais une évidence s'impose : d'un côté, des énergies disparates se sont conjuguées pour évincer la tête de liste « Gauche populaire et citoyenne » en Seine-Saint-Denis, malgré le remarquable score qu'il a obtenu dans sa circonscription ; de l'autre, autant d'énergies se sont coagulées pour soutenir ce candidat emblématique des Français d'origine maghrébine, jusqu'à des appels à pétitionner auprès de François Hollande et à manifester, un mois après la bataille, devant l'hôtel de région. Sans être le diable, notre basané-rouge est-il pour autant blanc-bleu ? Mouloud Aounit ne paye-t-il pas certaines positions effectivement discutables ? Au fil de ses discours, au fil aussi des communiqués du MRAP, dont Aounit est président depuis 1989, se dégage un engagement proche de l'unilatéralisme en faveur de la Palestine et manifestement moins préoccupé par l'antisémitisme que par l'« islamophobie ». Quelles que soient ses convictions profondes, le positionnement est trouble et s'accorde en tout cas à merveille, comme par hasard, avec une partie non négligeable de l'électorat de la Seine-Saint-Denis, où l'individu a quelques ambitions politiques. Alors discours calculé ? Le Monde s'interrogeait justement, le 19 avril dernier, sur l'hypothèse d'un « vote musulman » [1]. Xavier Ternisien, auteur de l'article, conclut qu'il n'existe pas, sans véritablement le démontrer mais quand Mouloud Aounit réalise 14,3 % des suffrages exprimés aux régionales deux ans après que Robert Hue, à la présidentielle, a obtenu 6,27 % dans la même circonscription, on peut pourtant demander l'explication d'un tel écart. Quand un obscur Collectif des musulmans d'Île-de-France, proche de Tariq Ramadan, cité par Ternisien dans son texte, diffuse peu avant le premier tour une liste de personnalités politiques en affirmant « Nous ne voterons pas pour eux ! », quand l'Union des Kabyles de France, le 19 mars, émet un communiqué subliminal où il est écrit : « L'Union des Kabyles de France appelle les citoyens français d'origine kabyle à manifester leur soutien, dans le respect de leurs options politiques, pour les candidats qui ont pris publiquement des engagements en faveur de notre communauté », sans parler des mobilisations plus souterraines, on est malheureusement tenté de croire que le facteur communautaire n'est pas totalement étranger au succès de Mouloud Aounit. Mais les stratégies communautaristes, si elles s'avèrent gagnantes au premier tour, sont immanquablement perdantes au second. Propres à rassembler de solides minorités (sans mauvais jeu de mot), elles disqualifient ensuite tout prétendant à la majorité. Et cela non seulement sur un plan purement électoral, parce que la majorité englobe par construction des minorités diverses, mais aussi et surtout parce qu'une majorité devient, en démocratie, l'exécutif de tous et non celle de telle ou telle fraction du peuple. L'affaire Aounit illustre parfaitement cette limite des stratégies communautaristes et offre ainsi, a posteriori, un salutaire exemple de ce qu'il faut éviter... Il faut sauver le soldat Zimeray !
François Zimeray (droits réservés)
Les élections régionales terminées et soldées par un succès retentissant pour le PS, François Hollande peut-il souffler et profiter de son succès ? Nenni : les exécutifs régionaux sont à peine désignés que s'entament les tractations pour la formation des listes qui seront présentées aux élections européennes de juin et, dans cette période délicate, les organisations communautaires, intensément actives depuis plusieurs semaines, n'ont pas besoin d'échauffement pour donner immédiatement leur pleine mesure. Là encore, un cas d'école vient de nous être offert. Sorti du néant il y a quinze ans par Laurent Fabius, avocat brillant de 42 ans, président (PS) de la communauté d'agglomération de Rouen, François Zimeray affiche un beau parcours professionnel et d'élu local. Mais il a une autre histoire. Cofondateur du Cercle Léon-Blum [2], parmi les premiers à monter au créneau contre la fameuse note de Pascal Boniface relative au positionnement du Parti socialiste sur la question israélo-palestinienne [3], l'individu s'est surtout illustré au Parlement européen, où il siège depuis 1999 à la Commission des affaires étrangères et de la défense. Selon Colette Grabli, « il est, très souvent, le seul des 170 (sic) députés socialistes français au Parlement européen, à prendre la parole pour s'opposer à toute initiative discriminatoire envers l'État d'Israël » [4]. Grand pourfendeur des malversations de fonds européens dont est soupçonnée l'Autorité palestinienne, l'eurodéputé bataille pendant trois ans pour obtenir le nombre de signatures nécessaire à la création d'une commission d'enquête parlementaire et forcer la main à Chris Patten, hostile au lancement de telles investigations. À force de ténacité, Zimeray a pourtant gain de cause, pour un résultat qui fleure bon le discrédit, mais moins pour l'Autorité palestinienne que pour ce parlementaire trop zélé [5]... Président du très influent groupe de pression Med Bridge [6], il a également organisé dans ce cadre la visite historique de 160 de ses collègues au Proche-Orient, belle opération de relations publiques du gouvernement Sharon. En novembre 2003, il s'était également situé en première ligne pour dénoncer l'outrage que constituait le contenu d'un manuel scolaire français qui exploitait plus que maladroitement un sujet d'exercice situé en Cisjordanie. On pourra noter, pour compléter le portrait, que sa signature côtoie celle d'Alexandre Del Valle, alias Marc d'Anna, islamophobe acharné et compagnon de route de la nouvelle droite, dans une édition de l'ouvrage de Moïse Rahmani, L'Exode oublié. Juifs des pays arabes (Paris, éd. Raphaël, 2003). Ainsi, pour résumer, François Zimeray, également membre du comité directeur de la très-engagée association France-Israël, se caractérise par un soutien inconditionnel à l'État hébreu - un « engagement équilibré » dans le jargon de la presse communautaire - qui, assorti d'une compassion contenue pour le sort des Palestiniens, lui vaut un statut d'icône dans les médias hyper-sionistes. Un profil un peu lourd à assumer pour le Parti socialiste. La section PS de Rouen a d'ailleurs demandé à la direction nationale du parti d'exclure l'encombrant élu, sans suite chez François Hollande... jusqu'à ce qu'arrive le moment de la formation des listes aux européennes. Le couperet tombe le 17 avril : Zimeray est écarté de la liste Nord-Ouest, conduite par le fabiusien Henri Weber. Certains s'empressent d'y voir « un affront à toute la communauté juive qui voyait dans les initiatives de ce député européen courageux l'expression des valeurs défendues par Jaurès et Léon Blum » [7]. On parle de « purge », on s'excite, on évoque naturellement le « syndrome Boniface ». Toute la presse communautaire se mobilise. Certains appellent à la pétition pour, si l'on extrapole à peine, « rétablir François Zimeray dans ses droits » à figurer sur la liste. Mais au nom de quoi ? Quelques jours avant la décision du Conseil national du PS, on pouvait lire sur le site Desinfos.com (pro-israélien) cet avertissement : « Dans quelques jours, le Parti socialiste prendra sa décision. Gageons que les électeurs proches du candidat, d'Israël et de la recherche d'une Paix digne de ce nom y seront très attentifs, et pèseront de tout leur poids lors des prochaines élections, notamment la présidentielle de 2007. En 2002, il manqua à Lionel Jospin un peu plus de 2 % pour se qualifier pour la finale. Que Laurent Fabius, membre du Bureau national, principal élu de la région Nord-Ouest et candidat (presque) auto-déclaré à cette élection, ne fasse pas la même faute que son prédécesseur. » Le ton était déjà donné. Et cela ne fait que commencer. Conclusion
(droits réservés)
En définitive, ces deux exemples apportent hélas la preuve que les partis politiques ne sont décidément pas à l'abri des offensives communautaires et que, notamment, l'antagonisme entre « Juifs » et « Arabes » (pardon pour cette grossière simplification terminologique), pourtant largement surestimé quand on considère la totalité de la population, y devient prépondérant. Résultat : le conflit israélo-palestinien, dont la classe politique semblait à tout prix vouloir éviter l'importation dans notre pays, s'est bel et bien invité comme prétexte au cœur des plus petites querelles de pouvoir. Dans ce contexte tendu, le Parti socialiste, parce qu'il est idéologiquement plus que d'autres attaché à la notion de pluralité et parce qu'il occupe, pour des raisons structurelles (historiques, sociologiques, politiques) une position ambivalente dans ses rapports à Israël et au monde arabe, a trop longtemps laissé s'épanouir des François Zimeray - mais aussi des Frédérique Sprang [8] - qui forment, entre les courants, des petits tourbillons où les esprits les moins oxygénés viennent se noyer. Article publié parallèlement sur Revue-republicaine.org ______
[1] Xavier Ternisien, « Existe-t-il un vote musulman ? », Le Monde, 19 avril 2004. À ce sujet, on peut signaler l'édifiante initiative du Congrès islamique du Canada, qui vient de publier, sous forme de guide à large diffusion, une évaluation serrée de chacun des 301 parlementaires fédéraux, en fonction de critères soigneusement « choisis » relatifs au soutien aux États-Unis, à la situation au Proche-Orient, à la place de la religion dans la société canadienne, etc. Le document est consultable à l'adresse suivante :
www.canadianislamiccongress.com/election2004/Election2004.pdf. Si les journalistes ne croient pas au vote musulman, les musulmans, eux, veulent manifestement y croire... [2] Association de militants socialistes d'origine juive. Voir à ce sujet : « Un étonnant Cercle Léon-Blum », Observatoire du communautarisme, 29 septembre 2003. Site Internet : www.cercle-leon-blum.org [3] Cf. « L'affaire Boniface : un procès stalinien », Observatoire du communautarisme, 5 octobre 2003 [4] Colette Grabli, « François Zimeray », Cahiers Bernard Lazare, n°241, décembre 2003 : www.col.fr/lazare/publications.htm [5] Il se trouve que le rapport provisoire de l'Olaf (Office de lutte anti-fraude), communiqué en février dernier, après plusieurs mois de travaux et deux séjours d'enquêteurs sur place, constate qu'en effet trop d'argent circule sans contrôle hors du budget de l'Autorité palestinienne mais ne peut en revanche faire état de la moindre preuve de détournement des subventions de l'Union européenne pour le financement du terrorisme. Cf. Jean Quatremer, « L'Europe clarifie ses relations financières avec la Palestine », Libération, 18 février 2004. [6] Voir le site Internet : www.medbridge.org [7] Alain Rajchman, contributeur régulier du site Desinfos.com, 18 avril 2004 [8] Militante du Parti socialiste initiatrice de l'appel lancé le 15 décembre 2003 « Pour une Paix juste et durable au Proche-Orient ». Cette pétition très partiale en faveur de la Palestine, a provoqué une vive polémique. Le texte de la pétition est disponible à cette adresse : http://pagesperso.laposte.net/paixjuste/article.php3?id_article=3 Voir aussi : • « Mouloud Aounit : Un militant des droits de l'homme se présente aux régionales », Kabyle.com, mars 2004 www.kabyle.com/article.php3?id_article=8602 •Discours de François Zimmeray, député européen, à l'occasion des « Douze heures pour l'amitié entre la France et Israël », 24 juin 2003 www.crif.org/index.php?menu=5&dossier=29&id_doss=1253&PHPSESSID=438f999a1f656cf91a2e7b4f6d057565 • François Zimeray (entretien avec), Primo Europe, 23 avril 2004 www.primo-europe.org/interview.php?numdoc=In-611819714 Vendredi 23 Avril 2004
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