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Le communautarisme et la lutte des classesPhénomène social, le communautarisme a des causes et une logique. Mais il a aussi des acteurs. Ceux-ci sont-ils réellement des dominés ? Ou comment un pseudo-discours marxisant produit des effets de domination sociale.
(droits réservés)
Tout discours condamnant le communautarisme se voit sempiternellement adjoint la nécessité de "casser les ghettos" et de lutter contre les inégalités.
"C'est parce que l'Etat a abandonné ces populations qu'elles se réfugient dans le communautarisme", entend-on dire souvent. Les acteurs du communautarisme seraient ainsi des laissés pour compte, des défavorisés, qui n'ayant d'autres ressources que les solidarités communautaires, les utiliseraient par défaut, c'est-à-dire à cause de l'absence de politique véritable d'accès à la citoyenneté et de réelle égalité républicaine. Ce discours contient une part de vérité : l'abandon par l'Etat de quartiers entiers, laissés en jachère économique, soumis à la délinquance ordinaire, a évidemment entraîné -quand il ne l'organise pas (1)- une réaction communautariste de la part d'une frange des populations d'origine immigrée (et en particulier des musulmans du fait de leur nombre). Les islamistes ont su appliquer leur recette (2): reprendre une partie des missions de service public que l'Etat n'assumait plus, idéologie libérale oblige. Avec, parfois, la lâche complicité des élus locaux comme à Strasbourg où le maire, Fabienne Keller, conditionne la construction d’une mosquée à la participation des autorités musulmanes à la restauration de l’ordre public ! Pourtant, si l'on voit bien en quoi le communautarisme musulman peut être une affaire de relégation sociale -en s’appuyant sur le fait incontournable que les maghrébins constituent aujourd’hui une large frange du prolétariat français-, peut-on dire que les autres formes de communautarisme répondent à cette définition ? Non à n'en pas douter : ni le communautarisme chrétien (3), ni le communautarisme juif, ni le communautarisme homosexuel, ni le communautarisme corse, pour prendre les plus significatifs dans la société française, ne satisfont, par la sociologie de leurs protagonistes, cette grille de lecture. S'ils ne sont pas nécessairement des symboles du "grand capital", il n'en demeure pas moins que les acteurs de ces communautarismes ne se recrutent pas dans les catégories défavorisées. L'effet du discours "progressiste" sur le communautarisme aboutit ainsi au résultat de réduire le communautarisme aux manifestations issues de sa forme la plus prolétarisée (le communautarisme musulman). Sont donc exclus les communautarismes plus "bourgeois". La lutte entre les "élites communautaires" peut donc prendre des formes inattendues. Et la focalisation dans le discours médiatique et politique sur le communautarisme musulman n'est pas étranger de la "stratégie de détournement" des autres communautarismes, qui procèdent pourtant tous de la même matrice idéologique (4)... Remettre à l'ordre du jour la question sociale, terme neutralisant la charge historique et polémique de la "lutte des classes", implique de décrypter les discours et leurs prétendues bonnes intentions. Et de rappeler que cette question sociale est, pour l'essentiel, fondée sur des rapports de production et n’a pas grand chose à voir avec des facteurs tels que la confession ou l'orientation sexuelle. ----------------------------------- 1)"L'école formate au communautarisme", Observatoire du communautarisme, septembre 2003 2)"L'UOIF, ou l'islamisme tentaculaire", Observatoire du communautarisme, août 2003 3)"L’Opus Dei : les soldats du communautarisme chrétien", Observatoire du communautarisme, septembre 2003 4)"À propos de la rhétorique communautariste", Observatoire du communautarisme, août 2003 Samedi 29 Novembre 2003
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