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Le mariage gay : un débat surréaliste

Alors que Noël Mamère annonce qu'il célèbrera bientôt un mariage homosexuel, le débat s'enlise dans le n'importe quoi.



Noël Mamère, l'apôtre du mariage gay (droits réservés)
Noël Mamère, l'apôtre du mariage gay (droits réservés)
Noël Mamère a annoncé qu'il entendait célébrer un mariage homosexuel dans sa mairie de Bègles (Gironde) le 5 juin prochain.

On ignore si les invités seront nombreux à se serrer dans la salle des mariages, mais il est en revanche certain que les photographes et les caméras se bousculeront autour des "mariés". Piètre défenseur de l'environnement, petit politicien entré en politique sous le double parrainage de Brice Lalonde et de Bernard Tapie et terne candidat écologiste à l'élection présidentielle de 2002 (à peine 5% des voix), Noël Mamère pourrait ainsi entrer dans l'histoire à la faveur de sa croisade pour le mariage gay. Trajectoire surprenante pour celui qui, jusqu'à présent, s'était plutôt essayé à la dépénalisation de toutes les drogues et à l'exaltation des free-parties. Qui aurait cru que les héritiers de mai 68, ceux-là mêmes qui ont fait la promotion, depuis plus de trente ans, de l'union libre et de la libération sexuelle, allaient un jour se battre pour le droit au mariage?

Flairant que ce paradoxe plutôt comique était de nature à affaiblir la portée de leur nouveau combat, deux élus parisiens, Christophe Girard, militant homosexuel de longue date, et Clémentine Autain, néo-féministe s'affichant gay-friendly, ont trouvé une astuce pour justifier leur engouement récent pour le mariage. Dans un texte publié le 14 avril (1) dans Libération -un journal qui s'est lui aussi curieusement recyclé dans l'exaltation du mariage et des valeurs conjugales-, Christophe Girard et Clémentine Autain expliquent que, s'ils sont pour le mariage, c'est parce que celui-ci ne sera plus cette institution archaïque qui "porte historiquement les valeurs hétéro-patriarcales et familialistes" dès lors qu'il unira des personnes de même sexe. Parce qu'il véhiculera des valeurs homo-matriarcales et anti-familialistes? Non, mais parce que le mariage homosexuel, par son "caractère profondément subversif" serait "un pied de nez à la conception traditionnelle du mariage".

Ainsi, Christophe Girard et Clémentine Autain affirment qu'ils sont favorables au mariage homo pour les mêmes raisons qu'ils ont toujours pourfendu le mariage hétéro. Parce que, paraît-il, le mariage a toujours opprimé les femmes. Peut-être faut-il signaler à Christophe Girard et Clémentine Autain que, dans un couple, il est rare que ce soit l'homme qui mette le premier le sujet du mariage sur le tapis... Ca heurte sans doute le féminisme à l'américaine, mais c'est ainsi.

Autre argument surréaliste, nos deux conseillers matrimoniaux avancent l'idée que le mariage homosexuel permettrait d'en finir avec la vieille lune ringarde de la fidélité dans le couple :
"Ne faut-il pas s'orienter vers une individualisation des droits, notamment en matière de fiscalité ? L'obligation de fidélité, inscrite dans la loi, a-t-elle encore un sens ? Ainsi, les modifications entraînées par l'ouverture aux couples de même sexe doivent être l'occasion de repenser l'union légale et profiter, de ce fait, à l'ensemble des couples."

Les homosexuels qui sont ainsi taxés de libertinage sexuel et d'instabilité -à peu près les arguments de Christine Boutin lors du débat sur le PACS- apprécieront... Les autres se réjouiront sans doute qu'on leur promette de renoncer à leur routine conjugale pour aller frissonner dans les back-rooms.

D'un côté le mariage des gentils -les homosexuels qui transforment en eau-de-rose tout ce qu'ils touchent et qui incarnent à eux-seuls les valeurs humanistes et la tolérance-, de l'autre le méchant mariage hétérosexuel -institution archaïque et aliénante. Le mariage deviendrait bon en s'ouvrant aux homosexuels.

Tout ceci n'est quand même pas très sérieux.

Nul doute que la poussée de fièvre du mouvement homosexuel sur la question du mariage retomberait comme un soufflet, s'effondrant sous le seul poids des énormités proférés par les leaders communautaires et leurs soutiens, s'il avait du, seul, faire valoir la légitimité de cette revendication inattendue. Heureusement pour eux, Christine Boutin et Philippe de Villiers ne se sont pas faits prier pour aller leur opposer leurs arguments traditionalistes. Philippe de Villiers a ainsi dénoncé une "provocation libertaire typique de la gauche qui cherche à déstructurer la société et qui vise à casser les cadres traditionnels et les institutions" essayant de convaincre l'opinion que c'est un affrontement droite-gauche qui se jouerait autour du mariage homosexuel. C'est justement ce qu'attendaient Noël Mamère et ses amis, sûrs de leur hégémonie dans les élites et les relais d'opinion, et sans doute ravis de trouver un bretteur prêt à se substituer aux moulins sur lesquels ils fondaient sabre au clair sous le regard empreint de lassitude de l'opinion publique.

Avec le mariage homosexuel, Oscar Wilde doit se retourner dans sa tombe. Les candidats au mariage gay devraient peut-être méditer cette pensée de leur idole d'hier : "Les hommes se marient par lassitude, les femmes par curiosité... Les deux sont déçus."

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(1) voir "Un mariage d'un nouveau genre", Clémentine Autain et Christophe Girard, Libération, 14 avril 2004 :
www.liberation.com/page.php?Article=196224

Lire aussi, sur le site de l'Observatoire du Communautarisme, l'article de François Devoucoux du Buysson, Le mariage, nouvel avatar de la surenchère permanente du mouvement homosexuel, publié en janvier 2005 dans la revue Res Publica.

Samedi 24 Avril 2004
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