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Tribunes

Les 600 signataires de l’appel « Liberté pour l’histoire » prennent note avec satisfaction du retrait de la plainte du collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais contre Olivier Pétré-Grenouilleau

Communiqué de « Liberté pour l'histoire », 4 février 2006

Après le retrait de la plainte visant l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, les signataires de l’appel « Liberté pour l’histoire » n’entendent pas relâcher leur vigilance face aux lois mémorielles qui comportent toujours des articles représentant une menace pour le libre exercice de la recherche et de l’enseignement de l’histoire à tous les niveaux et la libre expression scientifique de l’histoire.



René Remond
René Remond
Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais vient d’annoncer qu’il retirait sa plainte « pour révisionnisme » déposée contre Olivier Pétré-Grenouilleau, historien et universitaire, auteur des « Traites négrières ». Cette plainte, qui prenait appui sur la loi du 19 mai 2001, aurait, de façon tout à fait inadmissible, transformé un historien reconnu par ses pairs, sur le plan national comme international, pour l’excellence de son travail scientifique, en otage « politico-mémoriel ». Les 600 signataires de l’appel « Liberté pour l’histoire » prennent note avec satisfaction de cette sage décision, déplorant les préjudices de toute nature subis durant sept mois par Olivier Pétré-Grenouilleau.

Reste que les lois mémorielles comportent toujours des articles qui continuent à représenter une menace pour le libre exercice de la recherche et de l’enseignement de l’histoire à tous les niveaux et la libre expression scientifique de l’histoire. C’est pourquoi les signataires de l’appel n’entendent pas relâcher leur vigilance. L’acquis constitué par le retrait de la plainte en question les incite, au contraire, à poursuivre leur action et à l’inscrire dans la durée. C’est le sens donné à l’association « Liberté pour l’histoire » qu’il viennent de créer et qui est présidée par le professeur René Rémond. Cette association s’appliquera à défendre les chercheurs et enseignants d’histoire qui sont ou seraient poursuivis au titre des lois mémorielles ; lois qui, en tout état de cause, devraient être révisées. A ce propos, elle tient à dire fermement qu’elle prendra garde à éviter les pièges tendus par ceux qui, travestissant l’histoire, nient la réalité de la Shoah.

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Contacter l'association "Liberté pour l'histoire" : libertepourlhistoire@wanadoo.fr

Liberté pour l'histoire

Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.

L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.

L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.

L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.

C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ­ notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ­ ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.

Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.

Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock

Pétition parue dans Libération le 13 décembre 2005



Dimanche 5 Février 2006
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