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Les passions autour de La PassionPar François Devoucoux du BuyssonAccusé à tort d'antisémitisme, La Passion du Christ de Mel Gibson soulève bien des débats.
L'affiche de La Passion du Christ (droits réservés)
Il faut sans doute remonter loin pour trouver un film ayant suscité autant de polémiques que le film de Mel Gibson, La Passion du Christ. La controverse fut si violente qu'on a pu croire un moment que ce film ne serait pas diffusé en France.
Relayant les débats passionnés qui déchiraient les Etats-Unis, de nombreuses voix dénonçaient l'oeuvre de Mel Gibson, pourtant auréolé en Europe du succès de l'excellent Braveheart, comme un film antisémite et sanglant. Ainsi, Marin Karmitz, le magnat du cinéma d'auteur subversif et transgressif qui a fait la fortune de son réseau MK2 (avec l'aide de Télérama), refusait de programmer La Passion du Christ qu'il jugeait "fasciste", "antisémite" et "d'une violence inouïe" : "voir un homme torturé pendant deux heures avec un pot de pop corn à la main est quelque chose qui me révulse". Personne ne l'obligeait à vendre du pop-corn... Toujours est-il que ces propos avaient de quoi surprendre dans la bouche de celui qui avait diffusé le film Baise-moi qui comportait entre autres sévices des scènes de torture d'une cruauté rare. Dans un éditorial du Point, Bernard-Henri Lévy a quant à lui qualifié ce film de "révisionniste" pour avoir montré un Ponce Pilate en proie au doute et peu enclin à céder à la rue qui, excitée par les prêtres, exigeait que Jésus fût crucifié, même au prix de la libération de l'assassin Barabbas. C'est pourtant ce qui est écrit dans les Evangiles qui constituent la trame du scénario du film de Mel Gibson. Rien d'autre que ce qui est lu tous les ans à la messe de Pâques... Plus drôle fut cette requête devant le tribunal de grande instance de Paris de trois pieds-nickelés, les frères Benlolo, afin de faire interdire le film au motif de l'incitation à la haine "car il résulte d'une présentation erronée de la Bible, en présentant les Juifs comme déicides". Cette demande fut rejetée le 29 mars par le juge : "Le film contesté ne peut être considéré comme une incitation à la haine et à la violence contre les personnes de confession juive ou comme portant atteinte à la dignité et à la sécurité de celles-ci, dès lors qu'il n'apparaît pas qu'il y ait eu une manipulation grossière des textes bibliques ni que le film ait été réalisé dans le but évident de porter atteinte à cette communauté". La polémique, quant à elle, a cessé dès que le film est sorti en salle, grâce à Taraq Ben Amar, un producteur tunisien. Les spectateurs ont en effet pu juger par eux-mêmes que le film de Mel Gibson n'avait rien d'antisémite. Ceux qui ont l'habitude d'aller à la messe ont pu alors constater à quel point ce film collait de près au Nouveau Testament. Comme le disait récemment l'écrivain Dominique Jamet pour clore la polémique sur les responsables de la mort du Christ : "que je sache, le Christ n'a pas été tué par les Suédois". Ce n'est pas être antisémite que de dire que Jésus de Nazareth a été mis a mort par la volonté des autorités religieuses de la Palestine occupée qui voyaient d'un mauvais oeil son influence grandissante sur les foules et ses critiques à leur égard. Il est d'ailleurs curieux d'avoir donné le sentiment que les juifs du XXIème siècle devaient se sentir solidaires des prêtres juifs du Sanhédrin de Jérusalem sous le règne de l'empereur romain Tibère. Les chrétiens doivent-ils manifester contre les livres et les films qui relatent les exactions des croisés ou de l'Inquisition avec lesquels ils n'ont plus grand chose de commun? Les Italiens auraient alors quelque motif d'en vouloir à Mel Gibson qui a montré les soldats romains sous un jour particulièrement brutal et cruel. Au-delà de cette affaire, les spectateurs français ont pu voir un film qui, évitant la tentation hollywoodienne des effets spéciaux, s'était attaché à souligner l'humanité de Jésus, en particulier dans sa relation avec Marie, sa mère. On peut certes discuter de la violence de La Passion du Christ. Il s'agit d'un parti-pris de Mel Gibson qui peut se justifier au regard du récit des Evangiles. On peut ainsi trouver excessive la scène interminable de la flagellation, la plus violente du film, qui ôte au point de vue réaliste du cinéaste une part de sa crédibilité. La Passion du Christ est avant tout le film d'un croyant s'affirmant comme tel et qui se montre souvent inspiré (en choisissant par exemple de faire parler les acteurs en araméen et en latin, pari risqué qui s'avère judicieux). Un film qui, à ce titre, suscite des réactions diverses et a été ressenti par chaque spectateur d'une manière très personnelle et très différente. Un film dont il aurait été dommage de priver le public. Lundi 19 Avril 2004
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