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Les procureurs de l'arc-en-ciel

Afin d'atténuer l'inquiétude que suscite le projet de loi contre l'homophobie, Alain Piriou, porte-parole de l'Inter-LGBT, met en avant "l'esprit de responsabilité" des associations homosexuelles. En occultant les surenchères répressives martelées par le mouvement gay...



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dans un article favorable à la pénalisation de "l'homophobie" publié par Libération (1), le porte-parole de l'"Inter-LGBT", Alain Piriou, s'efforce de rassurer ceux qui craignent que cette mesure ne réduise considérablement la liberté d'expression.

Ce texte, qui montre que les leaders du mouvement gay ont senti que leurs revendications butent là sur une question sensible liée aux valeurs fondamentales de la République, mérite que l'on évalue ses arguments.

L'émotion que l'on sent poindre notamment chez les professionnels de la presse et de l'édition s'explique par le fait que le projet de loi contre l'homophobie élaboré par le gouvernement avec l'aide des associations homosexuelles repose essentiellement sur une restriction de la loi sur la liberté de la presse. Il est d'ailleurs amusant de relever qu'Alain Piriou désigne la loi de 1881 comme celle "qui détermine les limites de la liberté d'expression en France". Il devrait la relire... Cela lui permettrait de constater qu'il s'agit au contraire de la loi qui, historiquement, a consacré le principe de la liberté de la presse à travers son article 1er disant que "la presse et l'imprimerie sont libres". Les nombreuses restrictions qui truffent aujourd'hui ce texte ne datent pas de la IIIème République mais ont été introduites par les législations récentes sur le racisme et l'antisémitisme dont s'inspire la loi sur l'homophobie. Les auteurs de ce texte fondateur de la liberté, modèle pour bien des nations, avaient pour leur part établi pour seules limites la diffamation et l'incitation aux crimes et délits.

A ceux qui s'inquiètent de voir cette loi se transformer en instrument d'intimidation aux mains des mouvements communautaires, Alain Piriou répond que c'est "méconnaître l'esprit de responsabilité" des associations homosexuelles qui, selon lui, "n'ont pas à engager des procédures au moindre propos de travers tenu dans la presse". A la bonne heure! Néanmoins, c'est méconnaître les prises de positions récentes des associations gay que de prétendre qu'elles manifestent de la retenue dans leur volonté de punition et leurs appels à la répression.

Ainsi, l'association SOS Homophobie n'hésite pas à dresser des listes d'"homophobes", donc coupables d'un délit selon la législation qui sera prochainement votée. On y trouve notamment Françoise de Panafieu, coupable d'avoir exprimé son opinion selon laquelle "la place du maire de Paris n'est pas de défiler à la Gay Pride". Plus drôle encore, SOS Homophobie a promis à la lettre d'information parisienne Le Perroquet Libéré, coupable d'avoir critiqué le soutien zélé de Bertrand Delanoë aux associations homosexuelles de la capitale, des poursuites une fois la loi votée : "en France, encore aujourd'hui, les propos homophobes tels que ceux tenus par Le Perroquet Libéré ne sont toujours pas punissables par la loi à l'instar de ce qui existe pour lutter contre le racisme. Nous réitérons donc notre demande auprès du gouvernement français pour qu'un projet de loi soit déposé à l'Assemblée Nationale dans les plus brefs délais. D'ici là, nous restons vigilants." (2)

C'est l'usage immodéré de l'adjectif "homophobe" jeté à la tête de quiconque émet un jugement critique sur les revendications du mouvement homosexuel qui fait craindre que la loi présentée par le gouvernement Raffarin ne soit utilisée comme un instrument d'interdiction. Il est bon de rappeler que, parmi les auteurs du "Manifeste pour l'égalité des droits" auquel souscrit l'Inter-LGBT figure l'écrivain Didier Eribon, théoricien de l'homophobie et inventeur de la notion terrifiante d'"injure potentielle" : "Des mots dont je peux redouter le choc, la violence, sans qu'ils aient besoin d'être prononcés puisque je sais qu'ils peuvent l'être et que leur menace est toujours présente. Ainsi, l'injure exerce ses effets même quand elle n'est pas proférée" (3).

Comment s'étonner dès lors que la loi Raffarin-InterLGBT ait donné une définition très vague de l'homophobie qui laisse une large part à l'appréciation subjective : "provoquer à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de son ou de leur orientation sexuelle". Contrairement aux dénégations d'Alain Piriou, qui a bien senti combien l'accusation d'homophobie à l'encontre de Lionel Jospin au motif de son opposition au mariage homosexuel a choqué l'opinion, force est de constater que la loi proposée permettrait de faire condamner l'ancien premier ministre. Dans le jargon communautaire, refuser le mariage homosexuel, c'est en effet "provoquer à la discrimination d'un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle". "Etre contre le mariage, c'est être homophobe" comme l'a redit récemment le président de SOS Homophobie, Ronan Rosec (4).

Alain Piriou affirme que la loi anti-homophobie sera utilisée avec discernement et parcimonie par les associations et que les associations homosexuelles "(gagneront) au contraire par le débat contradictoire, pas par le terrorisme intellectuel.(...) Avec l'assentiment de l'opinion, pas en lui mettant le couteau sous la gorge.". Il faut malheureusement craindre qu'il s'agisse à la fin d'un débat sans contradicteurs dès lors que les plus hardis sont systématiquement menacés de poursuites ruineuses, de lourdes amendes, voire même de prison.


NB : Invité par l'Observatoire du Communautarisme à s'exprimer sur ce texte, le porte-parole de l'Inter-LGBT, Alain Piriou, a préféré s'abstenir.

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(1) Alain Piriou, "Homos: l'égalité démocratique", Libération, 28 juin 2004.
(2) Communiqué de presse du 16 juillet 2003.
(3) Didier Eribon, Papiers d'identité, Fayard, page 58.
(4) "L'homophobie se radicalise", entretien avec Ronan Rosec, Zurban, n°200, 23-29 juin 2004.

Voir aussi :
L'article d'Alain Piriou :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=219001
Le site de l'Inter-LGBT :
http://www.inter-lgbt.org
Le site de SOS Homophobie :
www.sos-homophobie.org
Le site du Perroquet Libéré

Voir le dossier de l'Observatoire consacré au projet de loi pénalisant les propos homophobes ou sexistes

Sur la question de l'homophobie, voir les réflexions riches et pertinentes disponibles sur le site de Claude Courouve.

Lundi 28 Juin 2004
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