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Les signataires de la pétition « Liberté pour l'histoire » s'opposent à la proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien

Communiqué de l’Association Liberté pour l’histoire, 6 mai 2006

Réagissant à la présentation le 18 mai prochain de la proposition de loi du groupe socialiste de l'Assemblée nationale visant à pénaliser la négation du génocide arménien (et à la proposition de loi équivalente du député UMP Eric Raoult), les signataires de la pétition « Liberté pour l'histoire » signifient leur opposition à une nouvelle loi mémorielle : «Pareille disposition aggraverait les atteintes à la liberté d'expression. Elle prendrait une nouvelle fois les enseignants en otages. C'est affligeant ». La pétition « Liberté pour l'histoire » avait été signée en décembre 2005 par Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock.



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Texte du communiqué :
Les signataires de la pétition "Liberté pour l'Histoire", qui avaient rencontré, en décembre 2005, des responsables de groupes parlementaires de l'Assemblée nationale qui leur avaient assuré à demi-mot qu'aucune nouvelle disposition ne viendrait aggraver les lois mémorielles, sont profondément choqués par la proposition de loi déposée par le groupe socialiste, qui devrait venir en discussion devant l'assemblée nationale le 18 mai. La proposition entend "compléter" la loi du 29 janvier 2001 stipulant que "La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915". Nous avions naguère mis en garde contre la proclamation de vérités officielles indignes d'un régime démocratique. L'exposé des motifs de la nouvelle proposition de loi inclut "la nécessité" de "sanctionner pénalement...la négation du génocide arménien", cette négation serait "punie des mêmes peines que la négation de la Shoah". Pareille disposition aggraverait les atteintes à la liberté d'expression. Elle prendrait une nouvelle fois les enseignants en otages. C'est affligeant.

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Contacter l'association "Liberté pour l'histoire" : libertepourlhistoire@wanadoo.fr

Liberté pour l'histoire

Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.

L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.

L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.

L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.

C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ­ notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ­ ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.

Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.

Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock

Pétition parue dans Libération le 13 décembre 2005


Dimanche 7 Mai 2006
Julien Landfried
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