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Tribunes

Lettre ouverte à M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale

L'Observatoire du communautarisme publie ici en exclusivité un appel d'intellectuels au président de l'Assemblée nationale. Paul Thibaud, Rony Brauman, Jean Daniel, Marcel Gauchet, Jean-Claude Guillebaud, Anne-Marie Le Pourhiet, Pierre Nora, Philippe Raynaud et d'autres intellectuels demandent à Jean-Louis Debré de saisir le Conseil constitutionnel afin de ne pas laisser entrer en application la loi pénalisant la contestation du génocide arménien.



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Lettre ouverte à M. Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale

Paris, le 19 octobre 2006

Monsieur le président,

L'assemblée parlementaire que vous présidez vient d'adopter en première lecture, le jeudi 12 octobre, une proposition de loi tendant à réprimer pénalement la contestation du génocide arménien. Cette initiative de députés français est condamnée par des intellectuels arméniens eux-mêmes, inquiets de voir la France emprunter les méthodes qu'ils dénoncent en Turquie.

Vous avez à plusieurs reprises estimé qu'il n'appartient pas au parlement de légiférer sur l'histoire et donc manifesté votre opposition à ce qu'il est convenu d'appeler les « lois mémorielles », aussi contraires à l'article 34 de la Constitution définissant la compétence du législateur qu'à l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui sacralise les libertés d'opinion et d'expression. Les signataires de cette lettre partagent votre point de vue et l'ont exprimé dans une pétition intitulée «La liberté de débattre», publiée dans le journal Marianne fin décembre 2005, réclamant l'abrogation de toutes les lois instituant des vérités officielles et/ou des délits d'opinion.

Même si le Sénat ne se rallie pas à la position des députés, le gouvernement a la possibilité, en vertu de l'article 45 de la Constitution, de donner le dernier mot à votre assemblée. Au cas où cette malheureuse hypothèse viendrait à se réaliser, nous vous demandons de bien vouloir faire usage des pouvoirs que vous tenez de l'article 61§2 de la Constitution en déférant la loi ainsi adoptée au Conseil constitutionnel, gardien de l'ordre normatif et de nos libertés fondamentales.

En vous remerciant par avance de bien vouloir nous aider à garantir les droits de l'homme et à protéger le rôle du parlement français, qui est de représenter la nation tout entière et de légiférer dans l'intérêt général et non pour le compte de « fractions du peuple », nous vous prions de croire, Monsieur le président, à l'assurance de notre respectueuse considération.


Signataires :
Pierre Avril, professeur de droit public émérite à l'Université Paris 2 - Panthéon-Assas
Elie Barnavi, historien
Alain Boyer, professeur de philosophie à l'Université Paris IV-Sorbonne
Rony Brauman, médecin
Jean Daniel, écrivain
Vincent Descombes, directeur d'études à l'EHESS
Michel Fichant, professeur de philosophie à l'Université Paris IV- Sorbonne
Max Gallo, historien
Marcel Gauchet, rédacteur en chef de la revue Le Débat
Jean-Claude Guillebaud, essayiste
Philippe de Lara, maître de conférences à l'ENPC
Jean-Pierre Le Goff, sociologue
Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l'Université Rennes 1
Pierre Manent, directeur d'études à l'EHESS
Abdelwahab Meddedb, écrivain
Pierre Nora, historien, directeur de la revue Le Débat
Krzysztof Pomian, historien
Philippe Raynaud, professeur de science politique à l'Université Paris 2- Panthéon-Assas
Paul Thibaud, essayiste
Paul Valadier, professeur émérite aux Facultés jésuites de Paris

Jeudi 19 Octobre 2006
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