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Liberté pour l'histoire à propos de la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien : « Nous persistons à considérer cette initiative comme injustifiée et pernicieuse »

Communiqué de René Rémond et du bureau de l'association « Liberté pour l'histoire », 21 mai 2006

Après le report de l'examen de la proposition de loi du groupe socialiste à l'Assemblée nationale visant à pénaliser la négation du génocide arménien, les membres de l'association "Liberté pour l'histoire" déclarent à nouveau "considérer cette initiative comme injustifiée et pernicieuse".



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Texte du communiqué :
"Nous prenons acte de l'ajournement du débat sur l'article de la loi de mai 2006 proposant des sanctions dans le cadre de la négation du génocide arménien. La menace n'est cependant pas écartée. Nous persistons à considérer cette initiative comme injustifiée et pernicieuse.

Après toutes les mises en garde venues du président de la République, des présidents des deux assemblées et des groupes parlementaires, pareille initiative prend valeur de provocation, contre laquelle nous nous élevons avec détermination.

Avec l'aide de tous les historiens, chercheurs et enseignants, conscients du danger de pareille dérive, nous sommes résolus à poursuivre notre action collective pour la LIBERTE DE L'HISTOIRE."

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Contacter l'association "Liberté pour l'histoire" : libertepourlhistoire@wanadoo.fr

Liberté pour l'histoire

Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.

L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.

L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.

L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.

C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ­ notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ­ ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.

Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.

Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock

Pétition parue dans Libération le 13 décembre 2005


Mercredi 24 Mai 2006
Julien Landfried
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