|
Abonnement à la lettre d'information
Menu
Rubriques
Cap Vivre Ensemble | Recherches sur le nationalisme basque
GRIB (Groupe Information Bretagne) | Recherches sur le nationalisme breton
L'école en débat : le blog de Sophie Ernst
Les sites dédiés de l'Observatoire
|
Contradictions
Lutte anti-communautariste: attention à ne pas s'enfermer dans des enjeux partisansPar Olivier Pierret, membre du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) de Meurthe-et-MoselleCe texte est un point de vue extérieur à l'Observatoire du communautarisme. Il est publié dans la rubrique "Contradictions" qui est ouverte aux tribunes libres et aux critiques du travail et de la production de l'Observatoire.
En réponse au texte "Un Sentiment de trahison" de Michèle Tribalat (1) :
Sous les airs patelins d'une vertueuse républicaine en colère contre l'incurie des politiques, la marchandise idéologique que nous refile Michèle Tribalat dans son article "Un Sentiment de trahison" laisse plus d'une fois songeur. En substance, nous explique-t-elle, "les Français se sentent trahis", eux qui ont consenti, après moult "sacrifices" et force "brutalité", au "retrait de l'Eglise des affaires civiles" et voient arriver un nouveau venu, l'Islam, que des hommes politiques démissionnaires –et au premier chef un certain… Lionel Jospin, ministre de l'Education Nationale en 1989- laissent se déployer à l'école publique. Au mépris de la laïcité invoquée en son temps pour contrer l'Eglise. Bien qu'il ne s'agisse pas ici de critiquer le refus du voile islamique à l'école (du moins en dessous d'un certain âge, puisque, à mon humble avis, il devient proprement ridicule de légiférer sur la tenue vestimentaire d'un(e) étudiant(e) de 19 ans…), des ambiguïtés d'importance transparaissent de l'article évoqué ci-dessus. On se demande en effet pourquoi –et sur quelle base, historique et historiographique- la laïcisation du début du XXe siècle est évoquée avec une débauche d'expressions violentes (elle aurait eu lieu dans "une grande brutalité", au prix de "grandes douleurs", l'Eglise fut "battue par K.O", "écrasée", "le religieux éradiqué"…) évoquant plus la révolution bolchevique que les luttes politiques, certes rudes, voire sanglantes, de la IIIe République. De qui parle l'auteur en évoquant "les Français à qui on a demandé tant de sacrifices" pour imposer une neutralité religieuse… dont elle démontrerait par ailleurs "la valeur irremplaçable" et "l'originalité scintillante" dans son livre La République et l'Islam (commentaire élogieux dudit livre paru dans l'hebdomadaire Marianne, n° 281 p62) ? Au demeurant, le citoyen français de 2003 peut fort bien se sentir "trahi" par les abandons face au voile sans pour autant évoquer les outrages, réels ou fantasmés, infligés à l'Eglise en 1905. "Les Français" contemporains, pour l'auteur, semblent plutôt des Français catholiques pratiquants (ou "judéo-chrétiens", comme nous le verrons) que des Français athées, agnostiques, voire catholiques et laïques! Ce qui est fâcheux, pour un apôtre de "la cohésion nationale" et de la laïcité… Le risque est donc de voir enfermé l'idéal laïque et républicain dans des querelles politiciennes droite-gauche, alors que cette question dépasse de loin ces clivages. Cette tentation étant d'ailleurs fort perceptible chez l'auteur, qui se plaît à stigmatiser Lionel Jospin et ses "démissions", Jean-Pierre Chevènement et sa Consultation [de l'Islam de France]. Alors que le gouvernement raffarino-chiraquien et ses "experts" en sont encore, 14 ans plus tard, à "réfléchir" intensément sur la possibilité, ou non, de faire une loi interdisant le port de signes religieux et politiques à l'école. Et que, bonne ou mauvaise solution [ce n'est pas moi qui ai la réponse], la volonté très napoléonienne de dégager une instance représentative de l'Islam de France face à l'Etat fut une constante chez les ministres de l'intérieur depuis Pierre Joxe et les crises algérienne de 1988. Il est d'ailleurs étrange de voir Mme Tribalat stigmatiser les dérives possibles d'un Conseil du Culte musulman qui pourrait se muer en représentant communautaire des musulmans culturels… tout en donnant des interviews au CRIF, organe politico-communautaire mué en annexe de l'ambassade d'Israël en France. Les Français républicains auraient, là aussi, le droit de se sentir trahi par cette noble institution. Mais peut-être le communautarisme se réclamant des juifs est-il moins blâmable que le communautarisme musulman, pour quelqu'un qui voit "les Français" avant tout comme des catholiques pratiquants… Bien que sur le fond, un républicain ne peut qu'être favorable à l'interdiction de tout signe religieux et politique à l'école défendue par Mme Tribalat, constatons que sa démonstration est très critiquable. Et de toute manière, seul un processus législatif peut clore cette (trop) longue polémique de plus en plus lamentable. Puisque, si le "vide politique" est le terreau sur lequel se développe le pouvoir de l'expert et du Conseiller d'Etat que personne n'élit, rappelons que le débonnaire militant syndical "altermondialiste" ou l'intellectuel médiatique ancré dans le réel et les querelles scolaires sont aussi les principaux bénéficiaires (médiatiques) de la situation. Avec tous les risques que cela comporte puisque, eux aussi, ne sont pas soumis à un quelconque suffrage universel. Qui reste encore ce que l'on a trouvé de mieux en matière de légitimité, malgré ses défauts... ----------------------------------- 1)"Un Sentiment de trahison", Michèle Tribalat, Le Figaro, 24 septembre 2003 Pour envoyer un texte publiable dans la rubrique "Contradictions", envoyez un courriel à contact@communautarisme.net Lundi 20 Octobre 2003
Lu 3673 fois
Express | Humour | Brèves | Bientôt ici ? | Portraits | Bons points | Contradictions |
|
|
Observatoire du communautarisme - Depuis juillet 2003 - Nous écrire : 66 rue de l'arbre sec 75001 Paris et courriel : contact@communautarisme.net
|
||

Présentation de l'observatoire
Express