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Brèves

Mais qu'est-ce qui fait courir Elie ?

Quand les cinéastes mettent leur talent au service de leur engagement, peut-on encore parler de « documentaire » ? Retour sur une polémique récente.



Le réalisateur Elie Chouraqui (droits réservés)
Le réalisateur Elie Chouraqui (droits réservés)
Le documentaire sous forme de « carte blanche » confiée par France 2 à Elie Chouraqui et Yves Azéroual, intitulé « Antisémitisme, la parole libérée » et diffusé le 15 avril dernier – dans une version semble-t-il édulcorée (1) – par l'émission Envoyé Spécial aura échappé aux vigies de l'Observatoire du Communautarisme.

A l'issue d'une « enquête de deux mois », l'auteur de « Paroles et Musiques » nous y livre une vision très personnelle de « l'antisémitisme des banlieues » dans une chronique de l'hostilité ordinaire entre élèves d'un établissement public (le collège Paul Eluard) et d'un lycée confessionnel juif (ORT) dans un Montreuil-sous-Bois dépeint en « Gaza-sur-Seine ».

Il eut fallu cependant être sourds au dernier degré pour méconnaître les très vives polémiques suscitées par cette diffusion.

Dès le lendemain, c'est en effet une avalanche de protestations qui s'est abattue sur nos gazettes et nos étranges lucarnes, de la part d'habitants du lieu – à commencer par les directrices respectives des deux établissements scolaires concernés (2) – qui éprouvaient une grande peine à se reconnaître dans la vision alarmiste développée par le reportage.

Le député-maire local ira même jusqu'à accuser le cinéaste d'avoir manipulé les élèves (3) afin de leur faire tenir des propos propres à alimenter sa démonstration. Au risque d'encourir les foudres procédurales du réalisateur, qui annonce à qui veut l'entendre son intention d'en découdre dans les prétoires avec l'impudent (4). Il est vrai que le procès en diffamation a de nos jours remplacé le « jeter de gant » en usage au début du siècle dernier. Sans doute faut-il considérer cette évolution comme un progrès de civilisation.

Il est bien difficile d'y voir clair dans ce déchaînement des passions, même si certains témoignages recueillis par la presse (5) semblent apporter quelque crédit aux interrogations de l'élu local. A tel point que le nouveau ministre de l'éducation nationale accouru sur les lieux fit preuve d'une liberté de ton assez inhabituelle en pareille circonstance (6), en prenant ses distances avec le propos du film alors même que son réalisateur, de son propre aveu, était par ailleurs sollicité par le premier ministre pour apporter son expertise au prochain « comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme »(7).

L'affaire n'est pas sans rappeler la polémique qui accompagna une autre diffusion, celle du reportage de Cyril Denvers sur les tensions entre « communautés » juives et musulmanes au lycée Turgot à Paris. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son auteur ne sortit pas indemne du décryptage organisé par l'émission « Arrêt sur Images » (8).

Quoi qu'il en soit, nul ne conteste à M. Chouraqui le droit de soutenir par ses oeuvres les causes qu'il estime dignes d'intérêt, fut-ce au prix d'une certaine partialité. Et à chacun de se faire une opinion.

Plus surprenante est l'attitude de France 2. Non seulement les deux rédactrices en chef de l'émission, Ghislaine Chenu et Françoise Joly, n'ont manifesté que peu de distance critique vis à vis d'une oeuvre perçue par beaucoup comme ne donnant pas une vision fidèle de la réalité, mais la direction de la chaîne a déclaré « se réserve(r)le droit de poursuivre en justice tous ceux qui mettent en cause l'intégrité des auteurs de ce travail ».

On est fondé à s'interroger dans quelle catégorie classer les déclarations d'un François Fillon, qui se dit « choqué » par un reportage qui « ne montre qu'un aspect des choses » (9).

Mais peut-être la nécessaire objectivité de l'information sur le service public d'Etat naîtra-t-elle d'une multiplication, sur le même sujet, d'angles de vues différents au gré des opinions prêtées à telle ou telle « communauté » ?

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- (1) : Voir l'article de Rapahël GARRIGOS dans Libération du 17 avril
- (2) : Voir l'article de Virginie MALINGRE dans le Monde du 15 avril
- (3) : Voir l'article de Martine LARONCHE dans le Monde du 18 avril
- (4) : ibid. (1)
- (5) : Voir l'article du Monde en date du 16 avril
- (6) : Voir (3) et (5)
- (7) : Voir l'article d'Olivier COSTEMALLE et Raphaël GARRIGOS dans Libération du 16 avril
- (8) : « Un lycée trahi par la télé ? »« Arrêt sur images » su 5 avril sur www.france5.fr
- (9) : Voir (5)

Dimanche 25 Avril 2004
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