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Mon prénom est PersonnePourquoi les journalistes ne désignent-ils souvent les personnes homosexuelles que par leur prénom ?
(Droits réservés)
En écoutant ou en lisant les récits journalistiques relatifs à l'homosexualité sous un jour réputé bienveillant, voire complaisant, on est souvent pris d'un malaise. Le sentiment d'une proximité distante. Quelque chose d'étrange...
En y regardant de plus près, en tendant un peu l'oreille, on se rend compte de ce qui cloche. Et c'est très curieux. En effet, les journalistes ont souvent l'habitude d'appeler les homosexuels par leur prénom. Et seulement leur prénom! Ainsi, dans le cadre de la couverture journalistique de l'affaire de Noeux-les-Mines, la victime de l'agression, Sébastien Nouchet (photo), est devenu seulement "Sébastien", non seulement dans Libération, mais aussi dans plusieurs reportages diffusés lors des journaux télévisés. De même, les deux hommes que Noël Mamère s'est engagé à marier le 5 juin à Bègles ont, dès leur identité révélée, été désignés comme "Stéphane et Bertrand", en particulier dans le journal Le Monde pourtant fameux pour son usage systématique de "M." ou "Mme" devant les patronymes de ceux qui font l'actualité. Comme souvent d'ailleurs les français d'origine immigrée (par exemple les détenus de la base de Guantanamo appelés "Nizar", "Mourad", "Brahim"...), les homosexuels sont ainsi désignés par leur prénom. Comme des enfants. C'est d'autant plus curieux que, dans les cas cités, Sébastien Nouchet a largement dépasé l'âge de raison -il a 35 ans- tout comme les mariés de Bègles, Bertrand Charpentier (31 ans) et Stéphane Chapin (33 ans). Certes, on pourrait voir dans cette infantilisation inconsciente une marque d'affection, une profonde empathie de la part des journalistes qui prénomment ceux qu'ils désignent comme des victimes. C'est l'explication optimiste. Car cette assimilation des homosexuels aux enfants pourrait tout aussi bien manifester un refus inconscient de les considérer comme des personnes majeures, des adultes responsables. C'est d'autant plus surprenant que ce traitement "différent" est souvent le fait de journalistes cherchant à illustrer le fait que les homosexuels sont "comme tout le monde". Et l'on pourrait alors s'interroger à nouveau sur ce paradoxe qui fait que l'homophilie rejoint l'homophobie, l'une et l'autre ayant en commun de voir l'homosexuel avant l'individu. C'est justement de ce regard "différent" qui voit une caractéristique de la personne avant la personne elle-même que se nourrit le communautarisme. A l'heure où il est beaucoup question d'homophobie et d'égalité des droits pour les homosexuels, il est sans doute temps de le reconnaître ce droit élémentaire dont on les prive souvent dans les médias : celui de les considérer comme des adultes et de les appeler par leur nom. Vendredi 28 Mai 2004
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