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Tribunes

Nations concurrentes en France

par Olivier Amiel, Docteur en droit public, chargé d'enseignement à l'Université de Perpignan-Via Domitia, président de l'Association de Défense pour les Pyrénées-Orientales dans la République (ADPOR)



A propos de la manifestation des indépendantistes catalans du 3 novembre, qui illustre le phénomène des « nations concurrentes » avec une régression de l'espace type solidaire.

Chaque année, aux alentours du 7 novembre (le samedi 3 pour 2007), des centaines de personnes défilent dans les rues de Perpignan afin de défendre la langue et les traditions locales, mais aussi pour revendiquer leur appartenance à une « nation catalane ».

Le 7 novembre 1659 marque la signature du Traité des Pyrénées entre l'Espagne et la France, qui permit à cette dernière d'annexer les comtés regroupés dans une large partie de l'actuel département des Pyrénées-Orientales. Les indépendantistes (catalanistes) défilent au nom d'une « colonisation par la France », d'une « coupure entre catalans », de la mise à l'écart des « catalans du nord » du « miracle économique » du sud… en fait, rejettent le passé et l'avenir français de ce territoire.

C'est une illustration des « nations concurrentes » qui revendiquent une reconnaissance officielle, face à un rejet de la nation française. On refuse le vouloir vivre ensemble « général » pour un vouloir vivre ensemble « particulier », ou pour un vouloir « revivre » ensemble.

Il s'agit en premier lieu d'un reniement du passé commun, que révèle le cortège de ces centaines de personnes gonflé par des cohortes de barcelonais qui transforme chaque année le 7 novembre en une procession funéraire marquant la brutale occupation française… une demande de repentance assez banale dans notre société contemporaine. Certes, une nation ne doit pas uniquement s'honorer de ses gloires passées, il s'agirait d'une amnésie cocardière déviant vers un nationalisme xénophobe, mais comme l'écrivait Camus en 1958 : « Il est bon qu'une nation soit assez forte de tradition et d'honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons qu'elle peut avoir encore de s'estimer elle-même. Il est dangereux, en tout cas, de lui demander de s'avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle ».

En second lieu, on constate un rejet pragmatique de l'avenir national. Cette « France qui tombe » entraînerait sa population dans la chute, il serait plus intéressant, par exemple, de faire partie de la nation catalane en devenir et de s'approprier une part du « miracle économique barcelonais ». Il y a beaucoup d'hypocrisie dans cette critique, car ces procureurs prennent seulement en compte l'aspect économique et masquent la part très importante (pour le moment) des dépenses sociales du pays au nom de principes fraternels. Les refuser en reniant la nation française, c'est défendre la loi du plus fort, et c'est prôner un individualisme post-moderne, par lequel le citoyen a pour priorité la défense de ses seuls intérêts sans se préoccuper des devoirs qui lui incombent dans la sphère publique.

La société humaine n'aimant pas le vide, l'abandon de la nation française appellerait à son remplacement par une « nation concurrente », par un nouveau « vouloir vivre ensemble ».

L'exemple catalan représente la forme la plus aboutie de ce nouveau nationalisme. En effet, le mouvement catalaniste s'appuie sur le rattachement avec une nation (quasi) existante. Le 18 juin 2006, la communauté espagnole de Catalogne a adopté par référendum un nouveau statut qui la qualifie dans son préambule de nation (disposition qui à défaut d'une réelle force juridique pour le moment, détient une indéniable force politique). Le mouvement indépendantiste catalan en France peut ainsi s'appuyer sur la force de son alter ego séculaire en Espagne. Il s'agit d'une sorte d'irrédentisme affirmé des deux côtés de la frontière. Le Pays-Basque, une fois le problème du terrorisme résolu devrait pouvoir prendre la même voie, mais de manière générale, les autres « nations concurrentes » en France ne connaissent pas le soutien d'une nation assimilatrice et doivent agir seules, ce qui complique leur tache.

De toute manière, la majorité des habitants de ces régions refuse le séparatisme, les « cris » entendus sont dirigés à l'encontre d'une France actuelle et malheureusement en devenir, qui s'éloigne de certaines valeurs à redécouvrir : l'assomption de son passé, l'égalité en droit des citoyens, la laïcité, et la fraternité nationale. Ce qui doit faire la nation française.

Renan qualifiait la nation de « grande solidarité ». Son avènement, a permis d'élargir l'espace type à l'intérieur duquel s'organise l'interdépendance sociale. Pourtant, la nation n'est pas une chose éternelle, et la solidarité entre les individus devra probablement trouver une nouvelle structure, afin de toujours « mieux » vivre ensemble. Notre esprit progressiste ne peut que condamner la régression vers une solidarité plus réduite, face à une solidarité européenne, voire universelle.

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le site de l'association Adpor

Mercredi 07 Novembre 2007
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