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Pâle rapport du Haut Conseil à l'Intégration

Une lecture du rapport « Diversité culturelle et culture commune dans l'audiovisuel » du Haut Conseil à l'Intégration qui ouvre la voie à la discrimination positive pour favoriser la représentation des « minorités visibles » dans les émissions de télévision.



Blandine Kriegel et Jean-Pierre Raffarin (droits réservés)
Blandine Kriegel et Jean-Pierre Raffarin (droits réservés)
En publiant dans Le Monde (1) une tribune dénonçant « la quasi-absence des Français blacks ou beurs dans la présentation des émissions de télévisions », Zaïr Kedadouche, un membre du Haut Conseil à l'Intégration (HCI) proche de l'UMP, n'imaginait sans doute pas combien son texte allait émouvoir les plus hautes instances de la République. Après voir lu cet article, le premier ministre a pris la chose très au sérieux et a demandé au HCI de lui remettre un rapport sur cette question essentielle. L'avis du HCI est paru sous le titre Diversité culturelle et culture commune dans l'audiovisuel en mars 2005. Il s'appuie essentiellement sur les actes du colloque « Ecrans Pâles ? Diversité culturelle et culture commune dans l'audiovisuel » qui a rassemblé des professionnels des médias, des sociologues et des représentants des institutions le 26 avril 2004 pour analyser la situation décrite par Zaïr Kedadouche (2).

L'étude du rapport du HCI est un bon exemple de la discrimination positive attitude qui s'est emparée des institutions républicaines malgré les dénégations de principe exprimées par le président de la République (3).

Le rapport du HCI aborde en premier lieu « la représentation inégale des minorités ethniques à la télé ». Mais, si le rapport souligne le caractère inadmissible de cette situation (« les écrans sont pâles, désespérément pâles »), celle-ci constitue néanmoins une affirmation gratuite : nulle part dans son document le HCI ne prend la peine de définir ces catégories ethniques qui seraient défavorisés ni ne présente le paradigme au regard duquel il conclut à une « représentation inégale » qui n'est d'ailleurs pas mesurée. Au lieu d'une analyse rigoureuse procédant d'une méthodologie précise, le rapport enchaîne ainsi des concepts aussi flous que « les origines et cultures les plus variées », « une bonne représentativité de la diversité » ou encore « les minorités visibles»… On comprend seulement à la lecture de ce rapport qui fait surtout appel au ressenti et à l'intuition que les présentateurs et, plus généralement, les visages montrés à la télévision, seraient trop « pâles ». De même, sans s'interroger sur la légitimité de la revendication assénée par Zaïr Kedadouche dans son article, le rapport du HCI valide l'idée selon laquelle il existerait, au nom de l'égalité, un droit à l'accès aux caméras de télévision qu'il conviendrait de faire appliquer par les institutions.

Après avoir observé -sans le mesurer- « le retard indiscutable » pris par la France au regard des rares pays anglo-saxons (Etats-Unis, Royaume Uni, Canada) qui appliquent la discrimination positive, le HCI salue l'évolution récente des chaînes de télévision françaises en ce qui concerne la « représentation des minorités à l'antenne ». On apprend ainsi dans le rapport (p. 27) que France Télévisions applique déjà pour les personnes du public invitées sur ses plateaux un quota de 10% pour les « invités d'origine étrangère », catégorie dont les contours sont des plus obscurs. Les chaînes privées préfèrent parler d'une « approche volontariste » plutôt que de quotas. Ainsi, TF1 se félicite de ses « résultats probants » dans les jeux télévisés, et notamment ses émissions de télé-réalité qui étaient pourtant qualifiées de « télé-poubelle » il n'y a pas si longtemps. Pas un mot dans le rapport du HCI pour critiquer la représentation stéréotypée des candidats dans les émissions de télé-réalité qui reposent sur l'identification avec le public dans le but de lui faire acheter des produits dérivés ou envoyer des SMS surtaxés.

Le rapport du HCI ne dit en revanche rien sur le fonctionnement des médias qui n'est peut-être pas pour rien dans la « pâleur » des écrans. Lorsque le rapport cite les propos du vice-président de TF1, Etienne Mougeotte, vantant la place faite aux minorités visibles dans les programmes de fiction de sa chaîne et annonçant son intention de la renforcer (4), il faut peut-être se réjouir d'un tel engagement. Mais la place qui sera assurée à Mouss Diouf parce qu'il est noir va-t-elle remettre en cause le fait que la cooptation qui prévaut dans le show-biz (les fameux « fils de ») bloque l'accès de nombreux jeunes talents à l'exercice des métiers du spectacle ? De même, lorsque l'auteur du rapport écrit « nous aimerions que, globalement, sans phrase et sans débat, on puisse retrouver dans les rendez-vous biquotidiens de l'information non seulement Patrick, Arlette et David, mais aussi Malik, Fatima et Chang, qui ne sont pas encore sur les écrans français comme dans de nombreux JT étrangers », il oublie juste de préciser que le fait que « Patrick » occupe le même poste depuis 1987 n'a guère joué en faveur du renouvellement des visages à l'antenne…

Le rapport du HCI se conclut par une liste de recommandations qui ont de quoi faire sourire ceux qui regardent souvent la télévision. Le HCI énonce ainsi le principe selon lequel « les chaînes de télévision veillent à ce que leurs programmes donnent une image la plus réaliste et équilibrée possible de la société française dans sa réalité et une vision plurielle de sa réalité ». Encore faudrait-il que la télévision se penche un peu plus souvent sur la « réalité » d'une société française qu'elle semble largement méconnaître ! Le HCI affirme aussi que les chaînes « doivent promouvoir les valeurs d'une culture et d'une civilité partagées ». Auteur en 2002 d'un rapport sur la violence à la télévision, la présidente du HCI (5), Blandine Kriegel, est pourtant bien placée pour savoir que la télé est loin de promouvoir la culture et la civilité. Le HCI se contredit d'ailleurs dans ses recommandations puisque son rapport réclamant une meilleure prise en compte de la diversité des origines à l'écran aboutit notamment à demander aux chaînes de « ne pas désigner l'origine des personnes ou à ne pas jouer sur l'exotisme ». Comprenne qui pourra… Enfin, le HCI demande que « les différentes composantes de la société française soient présentes dans toutes les fonctions et les métiers de l'audiovisuel » mais se garde bien d'indiquer quelles sont ces fameuses composantes.

Ce rapport du HCI sur un constat d'un de ses membres (Zaïr Kedadouche) ne fait pas honneur à cette institution. Sans s'interroger sur l'objet même de son étude, il accrédite l'idée que les médias seraient devenus le saint des saints de la promotion sociale et fait semblant de croire à la vocation civique des chaînes de télé. Plus inquiétant, le HCI manipule de façon bien légère les principes les plus élémentaires de la République en admettant des concepts jusqu'alors étrangers à la tradition constitutionnelle française comme celui de « minorités ». Le rapport est d'ailleurs assez lâche car, après avoir vanté les résultats de la discrimination positive à l'étranger, il se garde de recommander son adoption mais invite à imposer aux chaînes une contrainte de résultat en matière de représentation de la « diversité ». Le message adressé aux chaînes est donc : on ne veut pas savoir comment vous vous y prenez mais débrouillez-vous pour montrer plus de noirs et de beurs.


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(1) Zaïr Kedadouche, Ecrans pâles, Le Monde, 4 septembre 2003. Cette tribune est reproduite en annexes du rapport du HCI ci-dessous.
(2) Voir à ce sujet sur le site de l'Observatoire du Communautarisme : Minorités à la télévision : colloque « Ecrans pâles ? » d'avril 2004
et Diversité culturelle et culture commune dans l'audovisuel, avis au premier ministre, Haut conseil à l'intégration, mars 2005 : Lire le rapport au format PDF
(3) Répondant à la proposition de Nicolas Sarkozy d'adopter en France la discrimination positive, Jacques Chirac avait rejeté cette idée le 5 décembre 2003 en affirmant qu'elle n'était « pas convenable ».
(4) « Comment peut-on, dans les castings de fictions à venir, dans les rôles qui vont être distribués, donner une place plus importante et plus positive aux représentants des minorités visibles, c'est-à-dire des filles et des garçons blacks, beurs, venant d'Afrique, des Antilles et d'ailleurs ? Nous sommes au début d'un processus. Nous avons commencé avec Smaïn et Commissariat Bastille, le rôle de Mouss Diouf dans Julie Lescaut va grandir dans les épisodes à venir ».
5)La violence à la télévision : rapport de Mme Blandine Kriegel à M. Jean-Jacques Aillagon ministre de la culture et de la communication, Mission d'évaluation, d'analyse et de propositions relatives aux représentations violentes à la télévision, 2002. Lire en ligne sur le site de la documentation française

Dimanche 03 Avril 2005
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