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Papon maudit jusqu'à la troisième générationL'éviction de la petite-fille de Maurice Papon du cabinet du ministre des anciens combattants rétablit l'infamie qui frappait autrefois la famille des condamnés.
Patricia Vigne (droits réservés)
Le 21 janvier 1790, l’Assemblée Constituante votait un décret proposé par un député, l’abbé Papin, affirmant que le crime est personnel et ne peut rejaillir sur la famille des condamnés. La Révolution française mettait ainsi fin à la peine d’infamie qui, sous l’Ancien Régime, excluait de certains emplois les proches parents des criminels.
C’était le temps où la raison étendait peu à peu son empire et abattait un à un les préjugés. Le temps où les élus du peuple modernisaient la France en dépoussiérant les institutions de leurs marques d’obscurantisme. Un temps hélas révolu. Car l’infamie a été rétablie dans notre pays le 22 septembre 2005. Ce jour-là, le journal Le Parisien a révélé une information sans doute obtenue par le biais d’un courageux anonyme : la petite-fille de Maurice Papon était employée au cabinet du ministre délégué aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera. Le jour-même, le ministre Mekachera signait un arrêté -publié au Journal Officiel daté du lendemain (1)- portant cessation des fonctions de cette personne : « Il est mis fin, sur sa demande, aux fonctions de Mlle Patricia Vigne, conseillère technique au cabinet du ministre délégué, à compter de ce jour ». Le moins que l’on puisse dire est que l’affaire n’a pas traîné. La simple révélation de la filiation de Patricia Vigne a fait d’elle une chômeuse en l’espace de quelques heures. Apparemment, des associations de déportés –l’histoire ne dit pas lesquelles- avaient immédiatement protesté auprès du gouvernement après avoir lu l’article du Parisien. C’est ce qu’a laissé entendre le directeur de cabinet d’Hamlaoui Mekachera, Gilles de Lacaussade, en déclarant à l’AFP que certains avaient vu comme « une provocation » la présence de la petite-fille de Maurice Papon dans ce « ministère de la mémoire » : « nous sommes arrivés tous ensemble à la conclusion qu'en raison de la spécificité du ministère et de l'action du ministre, cette situation ne pouvait pas durer » (2). Le 22 septembre dernier, le « ministère de la mémoire » est devenu le ministère de la lâcheté. Le plus stupéfiant dans le récit de cette injustice, c’est l’indifférence avec laquelle elle a été a accueillie par la classe politique. Alors que Patricia Vigne avait travaillé pendant plus de vingt ans dans les cabinets ministériels des gouvernements de droite, seul le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, s’est insurgé devant l’éviction brutale de la petite-fille de Maurice Papon. Celui-ci connaissait bien Patricia Vigne qu’il avait employé à son cabinet lorsqu’il était ministre de la fonction publique de Jean-Pierre Raffarin. Jean-Paul Delevoye s’est en effet empressé d’écrire à Hamlaoui Mekachera pour protester contre sa décision. Un courage que n’a pas eu par exemple le dernier a avoir fait travailler Patricia Vigne dans son cabinet au secrétariat d’Etat à l’aménagement du territoire de 2003 à 2004, Frédéric de Saint-Sernin,… Maurice Papon a été condamné par la justice française à dix ans de réclusion pour complicité de crime contre l’humanité en raison de son rôle comme secrétaire général de la préfecture de Bordeaux sous le régime de Vichy. Malade, il a été libéré par anticipation en 2002 en application d’une loi dûment votée par le Parlement après un avis favorable d’une commission médicale. Sa descendance doit-elle payer pour lui ? Jusqu’à quelle génération l’imprescriptibilité du crime contre l’humanité doit-elle courir ? Ce sont les questions posées par ce rétablissement de l'infamie par voie de presse. Des questions qui étaient sous-entendues dans l'article du Parisien qui n'a pas fait honneur à la presse. Il est très inquiétant que seules quelques voix (3) se soient émues du sort de Patricia Vigne, coupable d’être née dans sa famille. L’air, en France, devient vraiment vicié. ----------------------------------------------------- (1) Journal Officiel, 23 septembre 2005, Arrêté du 22 septembre 2005 portant cessation de fonctions au cabinet du ministre délégué aux anciens combattants (cliquer ici. (2) Dépêche du 24 septembre 2005. (3) On peut notamment citer Christine Clerc, dans Marianne, et Ivan Rioufol, dans Le Figaro. Mardi 4 Octobre 2005
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