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Tribunes

Paroles, paroles. Toujours des maux, rien que des mots

Par Jean-Paul Pouliquen, initiateur de la loi sur le PACS

Pour Jean-Paul Pouliquen, les dispositifs répressifs adoptés jusqu'à ce jour ne sont pas efficaces pour lutter contre les maux dont souffrent nos sociétés. En revanche, se gargarisant de mots, ils restreignent la liberté d'expression. Ainsi en était-il du projet de loi relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe que le gouvernement vient de retirer.



Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
On vit une époque formidable. Les aveugles ont fait place aux non-voyants, les balayeurs aux techniciens de surface, les services du personnel aux bureaux des Ressources Humaines et les cimetières en jardins du souvenir, l'expression "aire de repos" ayant été préemptée par les sociétés d'autoroutes.

Les homosexuels, dans les années 75-80, avaient pris l'habitude de traiter les homophobes par l'auto-dérision. Ainsi se nommèrent-ils eux-mêmes "pédés" ou "gouines". Les gays se parlaient au féminin. Les beurs défilèrent sous une banderole sur laquelle ils affirmaient : "Nous sommes toutes des enculées". Affronter ainsi le langage par derrière fût suffisamment astucieux pour que la situation des homophiles de France et d'Yves Navarre fût progressivement prise en compte par la population et ses représentants politiques. Nous avons obtenu l'abrogation de l'article 331-2 du Code pénal qui pénalisait l'homosexualité, la disparition de la notion de "bon père de famille", l'adoption de l'amendement "Jean-Pierre Michel" relatif aux discriminations à l'embauche, les certificats de vie commune dans de nombreuses mairies, la "carte couple" à la S.N.C.F., le pacs, l'amendement "Lellouche" aggravant les peines encourues par ceux qui agressent physiquement les gays... Un sénateur devint Maire de Paris après avoir parlé de sa sexualité sur une chaîne TV. Celui qui deviendra son conseiller aux affaires homosexuelles mais sobrement intitulé "Chargé de mission" n'hésita pas à déclarer, le soir même de la consultation électorale que le résultat de celle-ci était due au "vote gay". L'homosexualité déclarée de monsieur Cluzel, parrain d'une fille de monsieur Juppé, n'a pas empêché la nomination de celui-ci à la tête de R.F.I. et celle de monsieur Roméro lui a valu la sienne au poste de Secrétaire national de l'U.M.P. Le Conseiller régional se fait assister par une star du porno pour promouvoir son nouveau Mouvement, le responsable des questions gays du P.S. ayant quant à lui donné de sa personne en la matière. En quelque sorte, la réponse du berger à la bergère, voire de la passive (outée) à l'actif (revendiqué). Dans le même temps, on peut niquer sa mère sans problèmes sur les lecteurs de CD, se gausser d'une prétendue pingrerie des Auvergnats, chanter "la tête de bons" des Bretons, rire des Provençaux et de leur sardine qui bouche le port de Marseille. L'Etat, lui, n'estime pas nécessaire de défendre ses personnels quotidiennement qualifiés de feignants. Bref, en France, nous pouvons encore rire. Jaune ou franchement. Le soutien de Jack Lang à Bill Clinton, au moment où les turluttes présidentielles de ce dernier qui lui firent presque perdre la Présidence des Etats-Unis valu à l'ancien ministre socialiste le sobriquet de "Clintoridien". L'actuel député de Boulogne-sur-mer (où l'on peut encore pêcher la morue) s'est intelligemment amusé de l'histoire. En revanche, il est, paraît-il, totalement inadmissible d'imaginer que "Notre-Dame de Paris" siégerait place de Grèves, à quelques encablures de la statue de Dalida. Que Bernadette Chirac puisse être greffée d'un sac à main ou Christine Boutin soit "marionnettée" en truie ne heurte visiblement pas la bien-pensance.

Mais la mariée n'étant pas assez belle, gauche et droite, Christine Boutin en tête, s'apprêtaient à légiférer contre les propos tenus en raison de l'orientation sexuelle d'une personne ou d'un groupe de personne. Que la passonaria anti-pacs ait tenté sa réhabilitation ne devrait pas surprendre puisque ce n'est pas elle qui souhaitait faire stériliser les homosexuels ou que l'on enregistre leur pacs dans un service vétérinaire. Madame Bachelot avait bien compris, quand elle dénonçait l'homophobie sournoise, ce qui empoisonnait le quotidien de certains : les propos de Sainte Nitouche et autres gourmandes de commisération.
Les tapettes ayant décidément toujours attiré les souris, c'est à une autre femme que le gouvernement a laissé le soin d'auditionner celles et ceux qui auraient quelque chose à dire sur le sujet qui ne saurait attendre. En ce qui me concerne, j'ai fait part de mon étonnement en apprenant que le législateur envisageait sérieusement de condamner à une peine de prison un citoyen qui se serait énervé au volant et qui aurait adressé un "Alors t'avances, pédé". Madame Barèges, consciente de l'énormité, me précisa que la loi pénaliserait bien ce genre de propos mais que "les lois sont faîtes pour ne pas être appliquées" ! Face à mes yeux écarquillés, mon interlocutrice précisa alors qu'elle s'exprimait là en qualité d'ancienne avocate et non comme rapporteure du projet... L'honneur du Parlement est sauf.

Il faut cependant constater que les associations d'homosexuels et de lesbiennes ne sont pas les premières à vouloir défendre leurs libertés aux dépends de celles des autres, et, ce faisant, à s'en prendre à la liberté républicaine et constitutionnelle. En effet, des Chrétiens n'hésitent pas à ester contre la diffusion d'une affiche de prévention contre le sida sur laquelle une pseudo religieuse invite la population à fêter la "Sainte capote". On peut aussi comprendre que les gays s'appuie sur la loi Gayssot pour établir un comparatif, par ailleurs contestable, entre les juifs, les arabes et les homosexuels. Mais les faits sont là : casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la température. Depuis le vote de la loi Gayssot, à l'époque où la profanation de sépultures est devenue un sport national, deux ans après que monsieur Le Pen a obtenu un meilleur score que monsieur Jospin aux élections présidentielles, qui osera dire que les faits et propos racistes ont régressé ? Il faut, quand on s'est trompé (et je suis de ceux qui étaient favorables à la loi Gayssot), le reconnaître. La réalité se présente à nous : les dispositifs répressifs adoptés jusqu'à ce jour ne sont pas efficaces pour lutter contre les maux dont souffrent nos sociétés. En revanche, se gargarisant de mots, ils restreignent la liberté d'expression.

Il semble qu'il est donc plus sage d'abroger l'ensemble de ces textes que d'en ajouter un énième qui, bien entendu, en appellera d'autres.

Chacun sait que comparaison n'est pas raison. Cependant, logique de dynamique et fascination pour le mimétisme font bon ménage et il ne faut pas être surpris que les femmes ont enfin fait part de leur légitime incompréhension face à un texte qui pénaliserait plus les propos homophobes que les propos sexistes. Demain, les nains et les obèses se réveilleront. Après demain, les blondes voudront prendre leur revanche sur les brunes. En réalité, nous arriverons, après moult contorsions inutiles, à constater que ce sont tous les citoyens qui ont droit au respect et à la dignité et que la haine n'est jamais acceptable. Pour personne. Mais le rire étant le propre de l'homme, ne nous mettons pas plus à envisager, un jour ou l'autre, d'interdire la profession de chansonnier et de n'accorder le droit de s'installer devant les comptoirs de nos chers cafés du commerce qu'aux seuls sourds et muets. Et, de grâce, monsieur le Premier Ministre : faîtes en sorte de ne pas laisser la possibilité à l'Etat de nous priver de la scène de la biscotte dans La cage aux folles.

Mais revenons sur ce projet de la bien-pensance visant à satisfaire des associations d'homosexuels et quelques parlementaires persuadés qu'ils s'attirent l'électorat gay qui, pourtant et heureusement, n'existe peut-être pas encore, contrairement à celui des employés et des ouvriers qui balancent de plus en plus souvent entre l'abstention, le vote nul et le vote Le Pen. Selon ces associations guère représentatives, Il faudrait donc empêcher l'expression de propos homophobes. Mais où sont tenus les pires de ses propos ?
- A l'Assemblée nationale : "Il faut stériliser les homosexuels" (Pierre Lellouche) ; "Le pacs devrait être signés dans les services vétérinaires" (Dominique Dord).
La loi que proposait le gouvernement aurait été inapplicable en ces occasions puisque l'immunité parlementaire autorise tous propos dans les hémicycles républicains.
- Dans les courriers reçus par Noël Mamère en juin 2004 ou de Roselyne Bachelot en 1998.
La loi que proposait le gouvernement aurait été en ce cas puisqu'elle condamnerait des propos tenus "en raison de l'orientation sexuelle de la personne visée". Or chacun sait que ce n'est pas la sexualité du député Vert ou de l'ancienne ministre du Gouvernement Raffarin qui est mise à mal mais leurs prises de position (attention : pas de jeux de mots).
- Dans les cours de récréation.
La loi que proposait le gouvernement aurait été inapplicable, les enfants n'étant pas soumis à la loi pénale.
- et enfin dans la rue avec la seule et unique banderole sur "les pédés au bûcher" qui, pourtant, a bien été utile pour faire comprendre aux Français qui ne savaient trop que penser du pacs que les opposants à ce texte étaient bien souvent de gros bœufs extrémistes. Que les défenseurs des animaux ne m'en veuillent pas pour cette discrimination à l'égard des bovins. A propos de cette fameuse banderole que certains ont cru voir mille fois, rappelons que l'incitation au meurtre est déjà parfaitement illégale. Et, heureusement, ceci est également valable quand il ne s'agit pas d'homosexuels ! La loi existante n'a pas été appliquée car on sait bien que c'est très difficile à faire dans le cadre d'une manifestation de cent mille personnes. Les extrémistes pro-israéliens qui s'incrustent dans des manifestations anti-racistes le savent très bien. N'est-ce pas, Noël Mamère ?

Mais la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme a pris une sage décision en demandant le retrait du texte fort contesté. Aussi, le Président de la République, le premier Ministre et le Garde des Sceaux, réunis en urgence et en conclave à l'Elysée ce dimanche 21 novembre ont-ils finalement renoncé à leur liberticide projet.

Cependant, de crainte que les Français constatent une fois de plus que ce gouvernement travaille à l'aveuglette, décision a été prise de sauver les meubles. Ainsi, des amendements viseraient à pénaliser les seuls propos discriminatoires dans des domaines tels que l'emploi et le logement. C'est bien connu, les murs de nos villes sont recouverts d'affiches mentionnant : "Pas de logements pour les pédés". Le sommet du ridicule n'ayant pas été atteint, le législateur s'apprête donc à inventer des faits. Pour donner des idées aux homophobes qui n'en manquent pourtant pas, on ne s'y prendrait pas mieux.

Mais ce qui est fâcheux, c'est non seulement que ce nouveau gadget législatif ne changera rien à la situation des gays mais le gouvernement aura finalement renoncé clairement et nettement à dire NON au communautarisme.

Quant aux associations d'homosexuels dont on se demande si, un jour, elles ne vont pas demander l'exonération de la T.V.A. sur les établissements spécialisés, nous ne pouvons que leur souhaiter qu'elles se remettent un peu en cause après un tel échec. Les anciens militants demandaient bien la nationalisation des usines de paillettes et hurlaient, en 1981 : "Union, action, programme coquin". Mais il est désormais incroyable de constater qu'il est impératif de préciser qu'ils s'amusaient.

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-"dura lex sed lex" : "la loi est dure, mais c'est la loi"
Voir aussi le dossier de l'Observatoire du communautarisme consacré au projet de loi relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe

Mardi 23 Novembre 2004
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