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Pas de mariage mais un enterrement

Rejeté par les juges, le mariage homosexuel a surtout souffert du peu d'enthousiasme des homosexuels pour la croisade de Noël Mamère.



Le fossoyeur du mariage gay (droits réservés)
Le fossoyeur du mariage gay (droits réservés)
Le 27 juillet, le tribunal de grande instance de Bordeaux a annulé le mariage de deux hommes célébré le 5 juin dernier à Bègles par Noël Mamère sous l'oeil gourmand des médias.

Les juges ont en effet rappelé que ce mariage n'était pas conforme au droit français dans la mesure où, "à de multiples endroits, le code civil parle du mari et de la femme" et parce que "la différence de sexe n'était pas respectée". Il a beau s'agir d'un mariage civil, on ne peut cependant s'empêcher de penser que la messe est dite.

Les avocats de Stéphane Chapin et de Bertrand Charpentier ont immédiatement fait appel, suspendant ainsi le jugement, afin de prolonger encore un peu ce mariage mort-né et Noël Mamère a annoncé qu'il était prêt à poursuivre le combat jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme.

Malgré ces ultimes rodomontades, on sent pourtant que le coeur n'y est plus...

Pour s'en convaincre, il suffit d'observer le changement qui s'est opéré dans l'argumentation des partisans du mariage homosexuel et qui apparaît notamment dans la proposition de loi que Noël Mamère et ses collègues Verts à l'Assemblée nationale, Martine Billard et Yves Cochet, ont récemment déposé (1). On se souvient que la revendication en faveur du mariage gay s'appuyait sur un soi-disant vide juridique constitué par l'absence d'interdiction explicite d'unir des personnes de même sexe, discours tenu avec un tel aplomb par les avocats de la cause gay que même le gouvernement avait semblé douter avant de faire connaître sa réprobation. Ce positionnement offensif a fait place dans la proposition de loi des députés Verts à onze articles tendant à modifier les articles du Code civil qui font obstacle à la théorie du vide juridique, séduisante mais fausse. En effet, cette proposition de loi énumère minutieusement les articles du code civil qui font référence au "mari" et à "la femme", montrant au passage qu'ils sont suffisamment nombreux pour ne pas laisser la moindre place au doute : l'article 75, bien sûr, mais aussi les articles 108, 144, 162, 163, 164, 371, 412, 980 et 2254. Rien que ça !

De la même façon, Alain Piriou, le porte-parole de l'Inter-LGBT, une association qui s'était aussi enflammée pour la cause du mariage homosexuel, a reconnu à demi-mots que le discours prétendant que rien n'interdisait de marier des couples de même sexe était fallacieux. Au cours d'un débat organisé par l'UMP (2), il a admis que "pour que le mariage soit possible entre deux personnes du même sexe, il faut changer les articles 75 et 144, entre autres du Code civil : ceux où il est question d'un homme et d'une femme". C'est aussi ce que prétendaient, non seulement les juristes sérieux, mais aussi Philippe de Villiers et Christine Boutin...

Mais ce n'est pas l'obstacle juridique qui a porté le coup fatal au débat sur le mariage gay. Non, ce qui a tué les espoirs de ceux qui voyaient dans cette affaire un débat d'une ampleur équivalente à celui sur l'avortement et qui se rêvaient déjà en Gisèle Halimi ou en Simone Veil du XXIème siècle, à l'instar de Noël Mamère avec ses larmes de crocodile, c'est le flop du mariage dans la population homosexuelle.

En effet, comme l'avait expliqué l'Observatoire du Communautarisme (3), la revendication du mariage n'a guère trouvé d'écho chez les homosexuels. Le Parisien a d'ailleurs récemment relaté la surprise des élus parisiens devant cet état de fait (4). Contrairement à ce qu'ils escomptaient, les maires d'arrondissement n'ont en effet reçu que très peu de demandes de mariage de la part de couples homosexuels : trois seulement, dans les 15ème, 16ème et 19ème arrondissements. Aucune dans le 4ème où s'étend pourtant le quartier du Marais, pas davantage dans le 3ème dont le maire, Pierre Aidenbaum, avait anticipé de nombreuses demandes de la part de ses électeurs homosexuels. Ceux qui rêvaient de voir, comme à San Francisco, des files d'attente devant la salle des mariages en sont pour leurs frais...

La désillusion est telle que Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture, envisage de payer de sa personne en convolant avec son compagnon : "Nous aurons le choix entre le 3ème et le 4ème où habite mon copain. Je n'écarte pas ce choix qui est aussi un moyen de faire vivre cette revendication". Quand on en est réduit "à faire vivre une revendication" (5), c'est qu'elle est déjà morte... En agissant ainsi, Christophe Girard ferait sienne la vision la plus traditionnelle du mariage qui veut que les époux ne cohabitent pas avant d'être formellement mariés. C'est plutôt comique. En tout cas, Bertrand Delanoë a été bien inspiré de laisser son bouillant adjoint monter au créneau sur ce sujet et de s'en tenir prudemment à une attitude légaliste.

En s'époumonant dans un débat factice qu'ils avaient créé de toutes pièces avec l'aide des médias et de la faiblesse du gouvernement, les partisans du mariage gay ont jeté les homosexuels dans une véritable nasse. En effet, ceux qui n'ont eu de cesse de proclamer pendant des mois qu'ils luttaient pour l'égalité des sexualités ont contribué à montrer que les homosexuels n'étaient guère enthousiastes à l'idée de signer un contrat les engageant I[ad vitam]i et de s'inscrire dans un cadre juridique bien plus contraignant que le pacs. Ils ont ainsi donné des arguments à leurs contradicteurs qui affirment que, sans remettre en cause le droit de chaque individu au respect de sa vie privée, l'hétérosexualité et l'homosexualité ne sauraient être placées sur le même plan au regard de l'ordre social et du droit. Belle réussite !

Ceux qui voulaient imposer le mariage homosexuel, à la faveur d'un débat virtuel qui aura duré ce que durent les amours de vacances, ont surtout réussi à l'enterrer.

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(1) Proposition de loi n° 1650 clarifiant l’accès au mariage des couples de personnes de même sexe, enregistrée à la Présidence de l'Assemblée nationale le 8 juin 2004.
(2) "Pacs, mariage et homoparentalité : ouvrir le débat", Rencontres de l'union, débat organisé au siège parisien de l'UMP le 7 juillet 2004.
(3) Voir notamment Du mariage homosexuel en France (2). Confronté le 7 juin 2004 à Caroline Mécary, l'avocate de Noël Mamère, dans l'émission de France 5 C Dans l'Air, François Devoucoux du Buysson, co-fondateur de l'Observatoire du Communautarisme avait soutenu l'idée que "le mariage homosexuel (intéressait) surtout les journalistes hétéros".
(4) "Le mariage gay fait douter la gauche", Nathalie Segaunes, Le Parisien du 7 juillet 2004.
(5) Cité par Illico, 29 juillet 2004.

Voir aussi, sur le site de Claude Courouve, les réflexions intitulées Vers un mariage bisexuel en France ?





Lundi 2 Août 2004
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