Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme


Articles

Peut-on encore être de droite ?

Par François Devoucoux du Buysson, cofondateur de l'Observatoire du Communautarisme

Le député UMP Christian Vanneste a été condamné pour "injures homophobes" par le tribunal correctionnel de Lille. Un jugement qui sanctionne l'opinion sur l'homosexualité de la frange conservatrice et traditionnelle de la société française.
Christian Vanneste est-il coupable d'être de droite?



Christian Vanneste (droits réservés)
Christian Vanneste (droits réservés)
Le 24 janvier, le député UMP Christian Vanneste a été condamné par le tribunal correctionnel de Lille. Il a écopé d'une amende de 3.000 euros pour "injures homophobes" et s'est vu par ailleurs condamné à verser 2.000 euros de dommages et intérêts aux associations qui s'étaient constituées parties civiles : Act-Up, SOS Homophobie et le SNEG (syndicat national des entreprises gaies).

Mais qu'avait-il dit exactement ?

Christian Vanneste s'était attiré les foudres des associations homosexuelles par les propos qu'il avait tenus à l'Assemblée nationale, le 7 décembre 2004 (1). Ce jour-là, les députés discutaient de la création d'une haute autorité contre les discriminations, chargée notamment de la lutte contre l'homophobie. Très remonté, Christian Vanneste est intervenu à plusieurs reprises dans le débat.

Il a tout d'abord dit ce qu'il pensait de la pratique homosexuelle : "En quoi un comportement qui peut être jugé critiquable serait-il privilégié par rapport à d'autres ? Et celui que vous visez peut légitimement faire l'objet de critiques, non seulement au nom de l'intérêt social, mais aussi au nom de l'universalité ! Un jugement de valeur est universel s'il est fondé sur l'impératif catégorique de Kant : agis toujours selon une maxime qui peut être érigée en principe universel. Manifestement, l'homosexualité ne le peut pas, à moins de vouloir le suicide de l'humanité !". Une opinion qu'il n'a pas hésité à réitérer, malgré les exclamations des députés socialistes : "C'est simplement logique ! Vous êtes en train, pour lutter contre la discrimination, de défendre une séparation entre les sexes ! C'est complètement absurde ! L'idée même d'homophobie tend à accréditer l'idée que le comportement homosexuel a la même valeur que d'autres comportements, alors qu'il est évidemment une menace pour la survie de l'humanité".

Les déclarations de Christian Vanneste ont provoqué un tollé dans le milieu des associations gay et la plupart des médias. Mais, plus malin qu'on ne l'a dit -il est professeur de philosophie-, Christian Vanneste s'est gardé de s'attaquer aux personnes, ce qui aurait fait automatiquement tomber ses propos sous le coup de la loi. En effet, la loi punit "l'injure commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap" (article 21 de la loi du 30 décembre 2004) (2).

Se défendant d'avoir commis l'un de ces délits, Christian Vanneste s'est par la suite expliqué dans la presse : "Je n’ai pas dit que l’homosexualité était dangereuse. J’ai dit qu’elle était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel. Ce serait dangereux pour l’humanité. (...) Pour moi, leur comportement est un comportement sectaire. (...) Je critique les comportements, je dis qu’ils sont inférieurs moralement" (3). C'est cette tentative de justification qui a valu à Christian Vanneste de se voir traîner devant les tribunaux car un député ne peut être poursuivi pour des propos tenus dans l'hémicycle.

Christian Vanneste a été condamné. Pour avoir exprimé son opinion. Il l'a dit lui-même : "Je reconnais bien volontiers que je défends une conception politique et sociale conservatrice". Et c'est vrai. Christian Vanneste n'a fait que soutenir sur le sujet de l'homosexualité la position qui est celle de la droite traditionnelle. Une conception qui refuse de mettre sur le plan la sexualité hétérosexuelle, envisagée comme le fondement de la famille, et la sexualité homosexuelle considérée comme désordonnée. C’est ce que le tribunal de Lille a considéré comme une "injure". Une jurisprudence qui, si elle était confirmée, pourrait envoyer devant les tribunaux bon nombres de religieux et d’élus conservateurs. C’est justement cette crainte qui avait conduit le 18 novembre 2004 la Commission nationale consultative des droits de l'homme à rendre un avis négatif contre le projet de loi anti-homophobie au motif qu’il était dangereux pour la liberté d’expression (4).

Car on peut se demander si Christian Vanneste n'a pas tout simplement été condamné pour ses opinions droitières, qui ne sont pas extravagantes venant d'un député UMP. Quoi que l'on pense des opinions de Christian Vanneste, ou de la manière -volontiers provocatrice- avec laquelle il les exprime, force est de constater qu'elles ne sont pas si iconoclastes et qu'elles sont à la fois conformes à une tradition, celle d'un conservatisme d'inspiration catholique, et à un courant de pensée qui est loin d'être marginal dans l'opinion publique. C'est cette vision conservatrice de la société, cette vision "de droite", qui avait aussi conduit le député Vanneste à proposer à ses collègues -qui l'ont voté- un amendement au projet de loi sur les rapatriés visant à faire reconnaître "le rôle positif" de la colonisation. Une prise de position elle aussi controversée mais conforme à la vision "de droite" de la présence française dans ses anciennes colonies.

A la lecture de la condamnation de Christian Vanneste, on peut se poser la question de savoir s'il est encore permis d'exprimer dans le débat public des positions conservatrices opposées à l'esprit libertaire dominant.

Un député UMP peut-il encore être de droite ?

-------------------------------------
(1) Lire le compte-rendu de la séance : cliquer ici
(2) Lire le texte de la loi du 30 décembre 2004 : cliquer ici
(3) Entretien publié par La Voix du Nord le 26 janvier 2005.
(4) Lire l'avis de la CNCDH : cliquer ici

Lire aussi :
- Le dossier de l'Observatoire du Communautarisme sur l'homophobie
- Programme commun pour l'homosexualité, tribune de François Devoucoux du Buysson parue dans Le Monde du 1er juillet 2003
- Le livre de François Devoucoux du Buysson : Les Khmers roses, essai sur l'idéologie homosexuelle

Les Khmers roses